L'incomparable philosophie[1]

 

 

 

Pas encore!

Pour la troisième fois en un peu plus de 10 ans, ce printemps, nous serons conviés à faire valoir la qualité de notre enseignement en public. On nous a déjà annoncé que c'est tout l'ordre collégial qui sera remis en question. Par ailleurs, certaines rumeurs souvent défavorables circulent déjà concernant l'enseignement de la philosophie. C'est notre discipline, dit-on, qui aurait le plus à perdre.

Quelques-uns ne s'émeuvent guère devant l'éventualité de ce forum. En fait, le contraire semble inquiétant pour certains d'entre eux. Ne pas avoir à nous produire publiquement pour témoigner de la qualité de notre travail correspondrait à une grave inconséquence selon ces gens. Mais pour plusieurs cet état de fait est source d'angoisse et de frustrations, notamment pour ceux qui font figure d'itinérants de l'enseignement, étant contraint d'enseigner un trimestre ici et l'autre là-bas.

Par-delà le souci et l'inconvénient que cela représente, malgré les risques, je pense qu'il ne sert à rien de maugréer devant la nécessité à disputer, à nouveau, en public, de ce que nous considérons être l'essence et la tâche des professeurs de philosophie dans les collèges du Québec. La nature même de notre discipline implique l'idée de remise en question. Nous aurions alors bien mauvaise grâce à vouloir esquiver pour nous-même ce que nous souhaitons voir généralisé pour les autres. Et si l'enseignement de la philosophie est quelque chose d'aussi fondamental que ce que nous croyons, notre société a raison de se montrer exigeante. Quoi qu'il nous en coûte!

Puisque nous ne sommes pas indifférents au sort des garçons et des filles qui fréquentent actuellement les écoles primaires et secondaires du Québec et parce que nous sommes convaincus qu'ils deviendront de meilleures personnes avec de bons cours de philosophie, il m'apparaît essentiel de bien nous préparer à ce forum, ignorant pourtant quelle forme il prendra.

Enseignant moi-même notre vénérable discipline dans un collège québécois depuis plus de 10 ans, je propose ici une réflexion et une série de questions qui témoignent de cet engagement. Mon questionnement et mes remarques tendent à montrer qu'on peut encore améliorer l'enseignement de la philosophie dans les cégeps.

 

Le contexte du débat.

Hélas, le contexte même du débat annoncé est porteur d'équivoque : une organisation politique s'intéressant à l'éducation (notre ministère) va remettre en question l'institution dans laquelle nous travaillons, entre autres sous la pression de déterminants socio-économiques. Bref, que nous soyons en accord ou en désaccord avec le projet de redéfinition socio-économique du Québec par le gouvernement Charest, nous aurons à rendre compte, à nouveau, de la légitimité et de la qualité de notre ouvrage. Tout cela pour dire que nous ne devons pas avoir la candeur de nous limiter à une argumentation de nature pédagogique. Il me paraît pour le moins inconvenant de nous en tenir à des arguments pédagogiques et philosophiques immédiatement tirés de notre expérience dans la discussion qui s'annonce. Bien entendu, il faudra tirer de notre enseignement la part d'arguments qui s'impose. Il est impérieux de répéter souvent à quel point nous estimons nous-même le travail que nous accomplissons!

Mais le débat sera également politique, économique, médiatique. Il ne faut surtout pas l'oublier. Nous devons aussi avoir recours à ceux qui, non spécialisés en philosophie, savent néanmoins apprécier notre contribution à sa juste valeur. Nous devons faire appel à tous ceux qui nous appuient. Ils sont nombreux.

 

Depuis 35 ans.

L'automne dernier, nous avons célébré le trente-cinquième anniversaire de l'enseignement public de la philosophie au Québec. Ce que représentent ces trente-cinq ans? La génération de maîtres qui a mis sur pied le réseau public de collèges en est à transmettre le flambeau à une nouvelle génération. Trente-cinq ans, c'est à la fois beaucoup et peu. En comparaison avec la durée espérée de la vie humaine, c'est beaucoup. Cependant, si on envisage plutôt la naissance et le développement d'une culture nationale, trente-cinq ans c'est très peu. À peine un souffle, si, par exemple, on pense à la civilisation française dont certains font remonter l'avènement au règne de Clovis.

Pour notre part, il faut se souvenir que le Québec actuel a été construit en bonne partie par ceux qui sont passés par le réseau des cégeps et, à ce titre ont participé à quelques cours de philosophie. Ce Québec ne s'est pas effondré. Au contraire, sous divers aspects, c'est une contrée dont on a raison d'être fier.

 

Tout se transforme…

Est-il besoin de le souligner, depuis le célébrissime Rapport Parent, les nécessités qui ont conduit à introduire l'enseignement de la philosophie au niveau collégial ont changé. La société québécoise a connu maintes transformations fondamentales depuis l'apparition des cégeps.

Parallèlement, l'enseignement de la philosophie a également évolué. De même que la formation universitaire des étudiants en philosophie, ceux qui auront, en bout de ligne, à assumer la situation du maître qui rencontre à chaque semaine quelques groupes d'une trentaine de jeunes adultes qui, souvent, mordent déjà à pleines dents dans la vie, qui, parfois, ont déjà renoncé.

Enfin, peu à peu, nous avons vu apparaître un matériel typiquement québécois de plus en plus adapté à notre mandat; divers outils tels recueils, manuels, sites webs, sans oublier des rapports de recherche résultant d'expériences pédagogiques nombreuses. Peut-être une craie et un tableau suffisent-ils pour alimenter une démarche philosophique. Cependant, ceux qui ne le pensent pas peuvent avoir recours à du matériel de plus en plus adéquat.

 

Du bon usage du préjugé.

Bien que nous soyons tous fermement convaincus de la légitimité de notre mission, la perception de notre rôle par la société québécoise se fonde en partie sur un certain nombre de malentendus, d'idées non vérifiées. Tout d'abord, il y a les attentes. À ce sujet, ce qu'on entend dans la rue, au marché, dans les files d'attentes à la banque mais aussi lorsque nous écoutons les professeurs des autres disciplines correspond-il vraiment à ce qui nous est demandé par les devis ministériels? Par ailleurs, dans leur cadre actuel les cours de philosophie remplissent-ils les attentes des citoyens québécois?

D'un autre côté, jusqu'où sommes-nous prêt à aller pour répondre à des attentes avec lesquelles il nous arrive d'être en désaccord?

Puis, en classe, il arrive qu'on en remarque certains qui espèrent qu'on leur livre un savoir définitif, objectif, totalement concret et immédiatement applicable…

Nonobstant toutes les réformes et transformations que notre travail a subies depuis l'origine des cégeps, les médias propagent encore assez souvent une image "soixante-huitarde" du professeur de philosophie. On en vient à se demander à quand une enquête sérieuse pour vérifier les perceptions de nos concitoyens par rapport à la profession. Jusqu'à quel point ces fantômes et préjugés ont-ils joués contre nous ces dix dernières années?

 

La philosophie est l'affaire de tous.

La philosophie est l'affaire de tous. Le simple citoyen (autant que le professionnel du questionnement) est concerné à divers titres par la philosophie. Même celui qui ne remarque pas à quel point les crises de l'existence le confrontent à des problèmes philosophiques qu'il résout alors sans s'en rendre compte, avec une rigueur et un succès variable. Tout cela représente une première ouverture à notre discipline.

 

Ce qui est naturel est facile.

La réflexion philosophique est un acte naturel, qui, paradoxalement, ne plaît pas également à tous. Alors, pour nos gouvernants, la tentation sera probablement toujours grande de laisser au citoyen le soin de décider lui-même s'il a besoin ou non d'une formation en philosophie.

Ira-t-on jusqu'à comparer l'acte de philosopher à l'acte d'aimer? Qui nous apprend à aimer dira-t-on alors! Nous devons, nous professeurs de philosophie, montrer encore une fois que des rudiments de philosophie aident à mieux philosopher (et à mieux aimer). En fait, qui pourrait se montrer défavorable envers l'idée de consolider l'exercice du bon sens auprès de la jeunesse québécoise? Là est notre profit! On peut améliorer l'exercice du bon sens, qui, sans méthode et sans discipline, peut produire une sophistique particulièrement dommageable individuellement et socialement. Comment ne pas songer ici aux systèmes totalitaires du vingtième siècle; on n'a pas toujours vu clairement leurs manques au bon sens…

Puisque l'acte de penser est si naturel, certains tenteront de faire croire que la philosophie devrait être facile. À cette occasion, on nous rappellera peut-être l'aphorisme de Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément… Comme si langage et idées étaient infus. Comme si l'on pouvait tout penser, tout dire, sans effort sans travail. Maintes expériences peuvent être difficile à concevoir, à évaluer, à énoncer… Les cours de philosophie peuvent comporter leur lot de difficultés.

À ce sujet on peut évoquer les professeurs de mathématiques qui pourraient nous dire à quel point il est difficile d'amener les étudiants à produire des dérivées. Quels efforts ils doivent fournir afin d'amener leurs étudiants à réaliser correctement cette opération mathématique! Et nous acceptons que certains n'y parviennent pas. Comme il semble bien plus difficile d'accepter que certains ne progressent guère lorsqu'il est question de l'exercice du bon sens et de l'idéal de rigueur exigé par notre société. Ce n'est certes pas en diminuant l'apport de la philosophie qu'on améliorera la situation.

La seule chose qui ne coûte rien et qui soit facile : abandonner nos jeunes aux aléas de la vie sans soi-même réfléchir, sans tenter de les amener à prendre conscience de l'importance de la réflexion. La facilité, c'est livrer notre jeunesse à la voracité des puissances économiques, sociales et politiques sans les y préparer autrement que par l'apprentissage minutieux d'un métier. Où en les éloignant de ce qui leur permettrait de favoriser le développement de l'esprit critique. Qu'on découvre un jour que tous n'ont pas le talent nécessaire pour rencontrer les exigences de base n'est qu'un problème accessoire.

 

Au bout du compte tout se vaut.

On pourrait croire qu'un même résultat peut être produit par n'importe quelle discipline, par n'importe quelle formation, pourvue qu'elle soit bonne. Selon certains, un bon historien, un bon mathématicien sauront tout autant qu'un professeur de philosophie aider leurs étudiants à développer leur sens critique. Il y a là quelque chose de douteux. L'illusion que n'importe quelle matière pourrait produire le même résultat que l'étude de la philosophie provient en partie du fait qu'on trouve des traces plus ou moins importantes de la philosophie en chaque discipline.

Il me semble nécessaire de convier les étudiants du niveau collégial à une réflexion le plus libre possible de tous préjugés portant sur les principes qui fondent les disciplines dans lesquelles ils apprennent les rudiments d'un métier. Pour des raisons évidentes, je doute, par exemple, qu'un professeur de géographie, fut-il animé de la meilleure volonté du monde, puisse accomplir une telle démarche avec le même succès qu'un professeur de philosophie. Sans remettre en question les compétences de quelque collègue que ce soit, il faut bien admettre que ce professeur de géographie ne souhaitera pas se livrer à une discussion de nature philosophique, un trimestre durant. S'il parvient à mettre à jour l'un ou l'autre des préjugés inhérents à sa discipline, il s'estimera satisfait et s'empressera de revenir à des problématiques propres à l'étude géographique. On offrira alors à l'étudiant l'illusion que le cheminement de la pensée critique a atteint un point culminant, favorisant alors une confiance trop étroite, confinant au préjugé, à l'égard des principes et des outils de sa discipline favorite. Surtout si son cheminement ne le conduit pas vers des études universitaires.

Au sein même de la formation générale, le cours de philosophie occupe une place irremplaçable. Nul besoin d'être grand clerc pour saisir les différences entre l'étude de la littérature et celle de la philosophie.

Qu'on me permette de m'étonner ici que si peu de programmes de niveau collégial proposent un cours de philosophie adapté permettant d'entamer une réflexion critique sur les fondements même du programme en question, pas exclusivement sur les problématiques éthiques. En dépit des contingences économiques, il y aurait là matière à un quatrième cours de philosophie.

Enfin, c'est une erreur d'imaginer que seule la fine fleur de nos étudiants, se destinant à de laborieuses études universitaires mérite de s'attarder dans les classes de philosophie. La pensée et le bon sens concernent-ils uniquement ceux qui se destinent à explorer le monde de la recherche? Ceux qui seraient exclus des classes de philosophie ou qui auraient droit à un cheminement allégé se verraient légitimé d'admettre le préjugé suivant : l'étude de la philosophie, c'est-à-dire l'apprentissage du sens critique et du questionnement au niveau des idées, ne concernerait que ceux qui sont doués, ramenant ainsi la plus appréciable qualité humaine au rang de privilège!

 

Savoir discerner

Savoir discerner, cela n'est pas le simple résultat technique d'une opération logique indiscutable. En outre, on peut mettre un temps infini si, pour découvrir des principes favorisant le discernement, on ne compte que sur l'expérience. C'est pourquoi, l'école existe. Pour apprendre aux étudiants à discerner. Dans leur métier, mais aussi en dehors des limites de leur métier. Pendant longtemps les québécois s'en sont remis aux catégories de la religion catholique pour encadrer leur discernement.

Échappant au dogme, on ne doit pas tomber dans l'excès inverse et abandonner notre jeunesse à la sauvagerie d'un relativisme absolu selon lequel il n'y aurait, de toute façon rien à discerner.

 

Relativisme et liberté

Sans les apports de ses cours de philosophie, l'étudiant risque d'être livré à l'illusion qu'une solution universelle et définitive existe pour tout problème qui se pose au bon sens. Notre expérience quotidienne nous montre la nécessité de trouver des réponses toute philosophiques à des problèmes qui ne le sont pas nécessairement. Le cours de philosophie offre à l'étudiant l'entraînement nécessaire pour aborder ces situations avec un minimum de confiance en ses moyens intellectuels et avec une certaine sérénité.

Par ailleurs, nous vivons dans une société où la conception de la vérité la plus généralisée est profondément marquée au sceau du relativisme. Ici, le professeur de philosophie semble mieux placé que quiconque pour rappeler que si, dans la vie quotidienne on n'est parfois pas en mesure de trancher clairement face à une diversité de solutions ou de réponses, on est généralement en mesure de distinguer une différence de valeur entre plusieurs idées sur un sujet donné. Tout n'a pas la même valeur et c'est notre tâche d'amener les étudiants à intégrer dans leur quotidien l'action difficile de discerner et d'établir une hiérarchie, de discriminer, cela en fonction de principes justifiables rationnellement.

On constate donc que l'imposition de trois cours de philosophie (et même quatre) n'est nullement une entrave à la liberté. Bien au contraire, il s'agit là d'un geste d'une importance fondamentale, eu égards à la liberté de l'étudiant.

 

Le cours de philosophie est un cours de culture

Une autre façon de dévaluer le cours de philosophie au niveau collégial consiste à le confiner à un rôle de transmission de la culture commune. Ce faisant, on le ramène alors au même rang que le cours d'histoire, de géographie et de psychologie, lorsque ceux-ci proposent un survol au lieu de transmettre une méthode et un savoir. Ces cours transmettent alors une vision du monde, fut-elle partielle, qui n'a rien à envier à ce que nous proposerions si nos cours se limitaient à leur aspect culturel. C'est d'ailleurs là précisément le rôle des cours complémentaires dont l'existence semble plus menacée que jamais. Si le cours de philosophie sert à transmettre des éléments de culture, ce qu'il a à proposer est d'une nature bien supérieure. Je crois que dans le débat qui nous occupe, il importera de bien le faire comprendre.

 

La question cruciale de l'adaptation

Le problème qui risque de susciter le plus de discussions entre nous concerne probablement le besoin qu'il y aurait (ou non) d'adapter davantage les cours de philosophie. Jusqu'où adapter les cours de philosophie? Quel principe devrait nous guider ici? En outre, quels sont les besoins réels des étudiants? À quel point devons-nous produire des cours sur mesure pour rencontrer leurs besoins spécifiques?

Si on ne peut adhérer à l'idée d'une adaptation mur à mur, quoi que cela puisse signifier, on ne peut guère opposer une fin de non recevoir radicale au discours adaptatif qu'on entend ça et là. Bien que le niveau collégial soit un niveau de haut savoir, il se trouve une différence fondamentale entre ce qu'on y fait et ce qui doit être exigé à l'université. Dans la mesure où on croit à la nécessité de maintenir cette différence, notre travail auprès des étudiants doit le refléter, ce qui pourrait signifier une certaine adaptation.

 

L'arbitraire et le hasard.

Malgré la difficulté que cela représente, il nous semble inacceptable de demeurer esclaves de nos préjugés. Dans notre civilisation, l'arbitraire représente le monstre le plus effrayant qui soit. Est-il besoin de spécifier que la lutte contre l'arbitraire est une mission fondamentale des cours de philosophie?

La jouissance de la liberté n'est pas une question de hasard, ni, non plus notre capacité de questionner, de découvrir et d'inventer, ni même celle de trouver quelque douceur que ce soit à vivre sur la terre québécoise.

 

Philosophie et démocratie

La capacité universelle de penser a constitué, depuis le dix-huitième siècle, la principale justification de la démocratie. Bref, le fondement de l'égalité entre tous n'est pas métaphysique. Il est bien réel. On peut, certes, par principe, d'un seul acte législatif, fonder une égalité juridique, mais si on ne trouve dans la vie quotidienne quelque chose sur lequel fonder cette égalité juridique, que finira-t-elle par représenter pour les citoyens? On peut bien ironiser à propos du bon partage du sens commun, il demeure un des fondements de notre système politique et juridique. En ce cas, priver les citoyens de l'espace où ils peuvent apprendre à mieux organiser l'usage de la pensée constitue un outrage démocratique capital.

En outre, depuis l'avènement de la Révolution Tranquille, au Québec, plus personne ne remet en question le fait que nous soyons au tout premier chef RESPONSABLES de notre propre destin. Il serait profondément insensé de nous vouloir responsable de notre destinée, tant individuelle que collective, tout en nous privant de ce qui permet de prendre conscience de cette responsabilité et de mieux l'assumer, c'est-à-dire les cours de philosophie.

 

Connais-toi… 

Pour le Socrate des dialogues de Platon, une vie sans examen au moyen de la réflexion est sans valeur. Nul besoin de l'autorité d'un Platon ou de qui que ce soit pour saisir l'importance d'une telle attitude qui, à elle seule justifie pleinement l'accès privilégié à des leçons de philosophie pour les étudiants de niveau collégial. Plus concrètement, s'il importe d'examiner les principes de nos actions par une réflexion sur l'éthique et la politique, il est tout aussi important de procéder à l'examen de notre savoir, faisant appel aux ressources de l'épistémologie et de la logique.

Enfin, comment ne pas proposer un regard critique sur l'être humain, c'est-à-dire l'image que nous nous fabriquons quant à notre être au monde ainsi que la valeur que nous attribuons à cette image, en abordant certains thèmes de la philosophie de la nature et de l'anthropologie philosophique.

 

Éduquer.

Comme à l'époque du Rapport Parent, l'enseignement de la philosophie répond aux principes fondateurs de l'éducation : notamment former la personne et le citoyen. Concédons ici la majeure partie de la formation du travailleur aux autres disciplines. Ils s'y connaissent. Cependant, certains souhaitent peut-être voire estomper la distinction entre travailleur, citoyen et personne. N'ouvre-t-on alors la porte à une vision de l'homme qui soit réductrice? N'est-ce pas une telle perspective qui a provoqué l'apparition du concept d'homme unidimensionnel? Si nous ne cessons d'être des producteurs consommateurs, il faut reconnaître que ces deux aspects ne nous livrent pas l'essence même de notre être.

Bien évidemment, une part importante des trente prochaines années de la vie de nos étudiants actuels sera consacrée à l'exercice leur métier. Mais ce serait une grave offense à leur humanité que de les confiner à cet aspect eu égard aux nécessités et aux contingences liées à l'éducation au Québec aujourd'hui.

Diminuer encore les heures consacrées à l'étude de la philosophie priverait la jeunesse québécoise des meilleurs outils devant lui permettre de rencontrer les plus importantes exigences de notre société, qu'on parle d'authenticité, d'autonomie et de liberté ou de responsabilité. Une amélioration des conditions dans lesquelles se pratique l'enseignement de la philosophie ne peut que contribuer à former des hommes et des femmes plus autonomes et responsables.

 

 

© Martin Godon

Département de philosophie

Cégep du Vieux-Montréal

Février 2004.

 

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[1] Ce texte a tout d’abord été publié dans Le Bulletin de la Société de Philosophie du Québec, Hiver 2004, Volume 30, numéro 1, pages 14 à 18.