Pas encore!
Pour la troisième fois en un peu plus de 10 ans, ce
printemps, nous serons conviés à faire valoir la qualité de notre enseignement en
public. On nous a déjà annoncé que c'est tout l'ordre collégial qui sera remis
en question. Par ailleurs, certaines rumeurs souvent défavorables circulent
déjà concernant l'enseignement de la philosophie. C'est notre discipline,
dit-on, qui aurait le plus à perdre.
Quelques-uns ne
s'émeuvent guère devant l'éventualité de ce forum. En fait, le contraire semble
inquiétant pour certains d'entre eux. Ne pas avoir à nous produire publiquement
pour témoigner de la qualité de notre travail correspondrait à une grave
inconséquence selon ces gens. Mais pour plusieurs cet état de fait est source
d'angoisse et de frustrations, notamment pour ceux qui font figure d'itinérants
de l'enseignement, étant contraint d'enseigner un trimestre ici et l'autre
là-bas.
Par-delà le souci
et l'inconvénient que cela représente, malgré les risques, je pense qu'il ne
sert à rien de maugréer devant la nécessité à disputer, à nouveau, en public,
de ce que nous considérons être l'essence et la tâche des professeurs de
philosophie dans les collèges du Québec. La nature même de notre discipline
implique l'idée de remise en question. Nous aurions alors bien mauvaise grâce à
vouloir esquiver pour nous-même ce que nous souhaitons voir généralisé pour les
autres. Et si l'enseignement de la philosophie est quelque chose d'aussi
fondamental que ce que nous croyons, notre société a raison de se montrer
exigeante. Quoi qu'il nous en coûte!
Puisque nous ne sommes pas indifférents au sort des
garçons et des filles qui fréquentent actuellement les écoles primaires et
secondaires du Québec et parce que nous sommes convaincus qu'ils deviendront de
meilleures personnes avec de bons cours de philosophie, il m'apparaît essentiel
de bien nous préparer à ce forum, ignorant pourtant quelle forme il prendra.
Enseignant moi-même notre vénérable discipline dans un
collège québécois depuis plus de 10 ans, je propose ici une réflexion et une
série de questions qui témoignent de cet engagement. Mon questionnement et mes
remarques tendent à montrer qu'on peut encore améliorer l'enseignement de la
philosophie dans les cégeps.
Le contexte
du débat.
Hélas, le contexte même du débat annoncé est porteur
d'équivoque : une organisation politique s'intéressant à l'éducation (notre
ministère) va remettre en question l'institution dans laquelle nous
travaillons, entre autres sous la pression de déterminants socio-économiques.
Bref, que nous soyons en accord ou en désaccord avec le projet de redéfinition
socio-économique du Québec par le gouvernement Charest, nous aurons à rendre
compte, à nouveau, de la légitimité et de la qualité de notre ouvrage. Tout
cela pour dire que nous ne devons pas avoir la candeur de nous limiter à une
argumentation de nature pédagogique. Il me paraît pour le moins inconvenant de
nous en tenir à des arguments pédagogiques et philosophiques immédiatement
tirés de notre expérience dans la discussion qui s'annonce. Bien entendu, il
faudra tirer de notre enseignement la part d'arguments qui s'impose. Il est
impérieux de répéter souvent à quel point nous estimons nous-même le travail
que nous accomplissons!
Mais le débat sera également politique, économique,
médiatique. Il ne faut surtout pas l'oublier. Nous devons aussi avoir recours à
ceux qui, non spécialisés en philosophie, savent néanmoins apprécier notre
contribution à sa juste valeur. Nous devons faire appel à tous ceux qui nous
appuient. Ils sont nombreux.
Depuis 35
ans.
L'automne dernier, nous avons célébré le
trente-cinquième anniversaire de l'enseignement public de la philosophie au
Québec. Ce que représentent ces trente-cinq ans? La génération de maîtres qui a
mis sur pied le réseau public de collèges en est à transmettre le flambeau à
une nouvelle génération. Trente-cinq ans, c'est à la fois beaucoup et peu. En
comparaison avec la durée espérée de la vie humaine, c'est beaucoup. Cependant,
si on envisage plutôt la naissance et le développement d'une culture nationale,
trente-cinq ans c'est très peu. À peine un souffle, si, par exemple, on pense à
la civilisation française dont certains font remonter l'avènement au règne de
Clovis.
Pour notre part, il faut se souvenir que le Québec
actuel a été construit en bonne partie par ceux qui sont passés par le réseau
des cégeps et, à ce titre ont participé à quelques cours de philosophie. Ce
Québec ne s'est pas effondré. Au contraire, sous divers aspects, c'est une
contrée dont on a raison d'être fier.
Est-il besoin de le souligner, depuis le célébrissime
Rapport Parent, les nécessités qui ont conduit à introduire l'enseignement de
la philosophie au niveau collégial ont changé. La société québécoise a connu
maintes transformations fondamentales depuis l'apparition des cégeps.
Parallèlement, l'enseignement de la philosophie a
également évolué. De même que la formation universitaire des étudiants en
philosophie, ceux qui auront, en bout de ligne, à assumer la situation du
maître qui rencontre à chaque semaine quelques groupes d'une trentaine de
jeunes adultes qui, souvent, mordent déjà à pleines dents dans la vie, qui,
parfois, ont déjà renoncé.
Enfin, peu à peu, nous avons vu apparaître un matériel
typiquement québécois de plus en plus adapté à notre mandat; divers outils tels
recueils, manuels, sites webs, sans oublier des rapports de recherche résultant
d'expériences pédagogiques nombreuses. Peut-être une craie et un tableau
suffisent-ils pour alimenter une démarche philosophique. Cependant, ceux qui ne
le pensent pas peuvent avoir recours à du matériel de plus en plus adéquat.
Du bon usage
du préjugé.
Bien que nous soyons tous fermement convaincus de la
légitimité de notre mission, la perception de notre rôle par la société
québécoise se fonde en partie sur un certain nombre de malentendus, d'idées non
vérifiées. Tout d'abord, il y a les attentes. À ce sujet, ce qu'on entend dans
la rue, au marché, dans les files d'attentes à la banque mais aussi lorsque
nous écoutons les professeurs des autres disciplines correspond-il vraiment à
ce qui nous est demandé par les devis ministériels? Par ailleurs, dans leur
cadre actuel les cours de philosophie remplissent-ils les attentes des citoyens
québécois?
D'un autre côté, jusqu'où sommes-nous prêt à aller
pour répondre à des attentes avec lesquelles il nous arrive d'être en
désaccord?
Puis, en classe, il arrive qu'on en remarque certains
qui espèrent qu'on leur livre un savoir définitif, objectif, totalement concret
et immédiatement applicable…
Nonobstant toutes les réformes et transformations que
notre travail a subies depuis l'origine des cégeps, les médias propagent encore
assez souvent une image "soixante-huitarde" du professeur de
philosophie. On en vient à se demander à quand une enquête sérieuse pour
vérifier les perceptions de nos concitoyens par rapport à la profession.
Jusqu'à quel point ces fantômes et préjugés ont-ils joués contre nous ces dix
dernières années?
La
philosophie est l'affaire de tous.
La philosophie est l'affaire de tous. Le simple
citoyen (autant que le professionnel du questionnement) est concerné à divers
titres par la philosophie. Même celui qui ne remarque pas à quel point les
crises de l'existence le confrontent à des problèmes philosophiques qu'il
résout alors sans s'en rendre compte, avec une rigueur et un succès variable.
Tout cela représente une première ouverture à notre discipline.
Ce qui est
naturel est facile.
La réflexion philosophique est un acte naturel, qui,
paradoxalement, ne plaît pas également à tous. Alors, pour nos gouvernants, la
tentation sera probablement toujours grande de laisser au citoyen le soin de
décider lui-même s'il a besoin ou non d'une formation en philosophie.
Ira-t-on jusqu'à comparer l'acte de philosopher à
l'acte d'aimer? Qui nous apprend à aimer dira-t-on alors! Nous devons, nous
professeurs de philosophie, montrer encore une fois que des rudiments de
philosophie aident à mieux philosopher (et à mieux aimer). En fait, qui
pourrait se montrer défavorable envers l'idée de consolider l'exercice du bon
sens auprès de la jeunesse québécoise? Là est notre profit! On peut améliorer
l'exercice du bon sens, qui, sans méthode et sans discipline, peut produire une
sophistique particulièrement dommageable individuellement et socialement.
Comment ne pas songer ici aux systèmes totalitaires du vingtième siècle; on n'a
pas toujours vu clairement leurs manques au bon sens…
Puisque l'acte de penser est si naturel, certains
tenteront de faire croire que la philosophie devrait être facile. À cette
occasion, on nous rappellera peut-être l'aphorisme de Boileau selon lequel ce
qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent
aisément… Comme si langage et idées étaient infus. Comme si l'on pouvait tout
penser, tout dire, sans effort sans travail. Maintes expériences peuvent être
difficile à concevoir, à évaluer, à énoncer… Les cours de philosophie peuvent
comporter leur lot de difficultés.
À ce sujet on peut évoquer les professeurs de
mathématiques qui pourraient nous dire à quel point il est difficile d'amener
les étudiants à produire des dérivées. Quels efforts ils doivent fournir afin
d'amener leurs étudiants à réaliser correctement cette opération mathématique!
Et nous acceptons que certains n'y parviennent pas. Comme il semble bien plus
difficile d'accepter que certains ne progressent guère lorsqu'il est question
de l'exercice du bon sens et de l'idéal de rigueur exigé par notre société. Ce
n'est certes pas en diminuant l'apport de la philosophie qu'on améliorera la
situation.
La seule chose qui ne coûte rien et qui soit facile :
abandonner nos jeunes aux aléas de la vie sans soi-même réfléchir, sans tenter
de les amener à prendre conscience de l'importance de la réflexion. La
facilité, c'est livrer notre jeunesse à la voracité des puissances économiques,
sociales et politiques sans les y préparer autrement que par l'apprentissage
minutieux d'un métier. Où en les éloignant de ce qui leur permettrait de
favoriser le développement de l'esprit critique. Qu'on découvre un jour que
tous n'ont pas le talent nécessaire pour rencontrer les exigences de base n'est
qu'un problème accessoire.
Au bout du
compte tout se vaut.
On pourrait croire qu'un même résultat peut être
produit par n'importe quelle discipline, par n'importe quelle formation,
pourvue qu'elle soit bonne. Selon certains, un bon historien, un bon
mathématicien sauront tout autant qu'un professeur de philosophie aider leurs
étudiants à développer leur sens critique. Il y a là quelque chose de douteux.
L'illusion que n'importe quelle matière pourrait produire le même résultat que
l'étude de la philosophie provient en partie du fait qu'on trouve des traces
plus ou moins importantes de la philosophie en chaque discipline.
Il me semble nécessaire de convier les étudiants du
niveau collégial à une réflexion le plus libre possible de tous préjugés
portant sur les principes qui fondent les disciplines dans lesquelles ils
apprennent les rudiments d'un métier. Pour des raisons évidentes, je doute, par
exemple, qu'un professeur de géographie, fut-il animé de la meilleure volonté
du monde, puisse accomplir une telle démarche avec le même succès qu'un professeur
de philosophie. Sans remettre en question les compétences de quelque collègue
que ce soit, il faut bien admettre que ce professeur de géographie ne
souhaitera pas se livrer à une discussion de nature philosophique, un trimestre
durant. S'il parvient à mettre à jour l'un ou l'autre des préjugés inhérents à
sa discipline, il s'estimera satisfait et s'empressera de revenir à des
problématiques propres à l'étude géographique. On offrira alors à l'étudiant
l'illusion que le cheminement de la pensée critique a atteint un point
culminant, favorisant alors une confiance trop étroite, confinant au préjugé, à
l'égard des principes et des outils de sa discipline favorite. Surtout si son
cheminement ne le conduit pas vers des études universitaires.
Au sein même de la formation générale, le cours de
philosophie occupe une place irremplaçable. Nul besoin d'être grand clerc pour
saisir les différences entre l'étude de la littérature et celle de la
philosophie.
Qu'on me permette de m'étonner ici que si peu de programmes
de niveau collégial proposent un cours de philosophie adapté permettant
d'entamer une réflexion critique sur les fondements même du programme en
question, pas exclusivement sur les problématiques éthiques. En dépit des
contingences économiques, il y aurait là matière à un quatrième cours de
philosophie.
Enfin, c'est une erreur d'imaginer que seule la fine
fleur de nos étudiants, se destinant à de laborieuses études universitaires
mérite de s'attarder dans les classes de philosophie. La pensée et le bon sens
concernent-ils uniquement ceux qui se destinent à explorer le monde de la
recherche? Ceux qui seraient exclus des classes de philosophie ou qui auraient
droit à un cheminement allégé se verraient légitimé d'admettre le préjugé
suivant : l'étude de la philosophie, c'est-à-dire l'apprentissage du sens
critique et du questionnement au niveau des idées, ne concernerait que ceux qui
sont doués, ramenant ainsi la plus appréciable qualité humaine au rang de
privilège!
Savoir discerner, cela n'est pas le simple résultat
technique d'une opération logique indiscutable. En outre, on peut mettre un
temps infini si, pour découvrir des principes favorisant le discernement, on ne
compte que sur l'expérience. C'est pourquoi, l'école existe. Pour apprendre aux
étudiants à discerner. Dans leur métier, mais aussi en dehors des limites de
leur métier. Pendant longtemps les québécois s'en sont remis aux catégories de
la religion catholique pour encadrer leur discernement.
Échappant au dogme, on ne doit pas tomber dans l'excès
inverse et abandonner notre jeunesse à la sauvagerie d'un relativisme absolu
selon lequel il n'y aurait, de toute façon rien à discerner.
Sans les apports de ses cours de philosophie,
l'étudiant risque d'être livré à l'illusion qu'une solution universelle et
définitive existe pour tout problème qui se pose au bon sens. Notre expérience
quotidienne nous montre la nécessité de trouver des réponses toute
philosophiques à des problèmes qui ne le sont pas nécessairement. Le cours de
philosophie offre à l'étudiant l'entraînement nécessaire pour aborder ces
situations avec un minimum de confiance en ses moyens intellectuels et avec une
certaine sérénité.
Par ailleurs, nous vivons dans une société où la conception
de la vérité la plus généralisée est profondément marquée au sceau du
relativisme. Ici, le professeur de philosophie semble mieux placé que quiconque
pour rappeler que si, dans la vie quotidienne on n'est parfois pas en mesure de
trancher clairement face à une diversité de solutions ou de réponses, on est
généralement en mesure de distinguer une différence de valeur entre plusieurs
idées sur un sujet donné. Tout n'a pas la même valeur et c'est notre tâche
d'amener les étudiants à intégrer dans leur quotidien l'action difficile de
discerner et d'établir une hiérarchie, de discriminer, cela en fonction de
principes justifiables rationnellement.
On constate donc que l'imposition de trois cours de
philosophie (et même quatre) n'est nullement une entrave à la liberté. Bien au
contraire, il s'agit là d'un geste d'une importance fondamentale, eu égards à
la liberté de l'étudiant.
Une autre façon de dévaluer le cours de philosophie au
niveau collégial consiste à le confiner à un rôle de transmission de la culture
commune. Ce faisant, on le ramène alors au même rang que le cours d'histoire,
de géographie et de psychologie, lorsque ceux-ci proposent un survol au lieu de
transmettre une méthode et un savoir. Ces cours transmettent alors une vision
du monde, fut-elle partielle, qui n'a rien à envier à ce que nous proposerions
si nos cours se limitaient à leur aspect culturel. C'est d'ailleurs là
précisément le rôle des cours complémentaires dont l'existence semble plus
menacée que jamais. Si le cours de philosophie sert à transmettre des éléments
de culture, ce qu'il a à proposer est d'une nature bien supérieure. Je crois
que dans le débat qui nous occupe, il importera de bien le faire comprendre.
Le problème qui risque de susciter le plus de
discussions entre nous concerne probablement le besoin qu'il y aurait (ou non)
d'adapter davantage les cours de philosophie. Jusqu'où adapter les cours de
philosophie? Quel principe devrait nous guider ici? En outre, quels sont les
besoins réels des étudiants? À quel point devons-nous produire des cours sur
mesure pour rencontrer leurs besoins spécifiques?
Si on ne peut adhérer à l'idée d'une adaptation mur à
mur, quoi que cela puisse signifier, on ne peut guère opposer une fin de non
recevoir radicale au discours adaptatif qu'on entend ça et là. Bien que le
niveau collégial soit un niveau de haut savoir, il se trouve une différence
fondamentale entre ce qu'on y fait et ce qui doit être exigé à l'université.
Dans la mesure où on croit à la nécessité de maintenir cette différence, notre
travail auprès des étudiants doit le refléter, ce qui pourrait signifier une
certaine adaptation.
L'arbitraire
et le hasard.
Malgré la difficulté que cela représente, il nous
semble inacceptable de demeurer esclaves de nos préjugés. Dans notre
civilisation, l'arbitraire représente le monstre le plus effrayant qui soit.
Est-il besoin de spécifier que la lutte contre l'arbitraire est une mission
fondamentale des cours de philosophie?
La jouissance de la liberté n'est pas une question de
hasard, ni, non plus notre capacité de questionner, de découvrir et d'inventer,
ni même celle de trouver quelque douceur que ce soit à vivre sur la terre
québécoise.
La capacité universelle de penser a constitué, depuis
le dix-huitième siècle, la principale justification de la démocratie. Bref, le
fondement de l'égalité entre tous n'est pas métaphysique. Il est bien réel. On
peut, certes, par principe, d'un seul acte législatif, fonder une égalité
juridique, mais si on ne trouve dans la vie quotidienne quelque chose sur
lequel fonder cette égalité juridique, que finira-t-elle par représenter pour
les citoyens? On peut bien ironiser à propos du bon partage du sens commun, il
demeure un des fondements de notre système politique et juridique. En ce cas,
priver les citoyens de l'espace où ils peuvent apprendre à mieux organiser
l'usage de la pensée constitue un outrage démocratique capital.
En outre, depuis l'avènement de
Pour le Socrate des dialogues de Platon, une vie sans
examen au moyen de la réflexion est sans valeur. Nul besoin de l'autorité d'un
Platon ou de qui que ce soit pour saisir l'importance d'une telle attitude qui,
à elle seule justifie pleinement l'accès privilégié à des leçons de philosophie
pour les étudiants de niveau collégial. Plus concrètement, s'il importe
d'examiner les principes de nos actions par une réflexion sur l'éthique et la
politique, il est tout aussi important de procéder à l'examen de notre savoir,
faisant appel aux ressources de l'épistémologie et de la logique.
Enfin, comment ne pas proposer un regard critique sur
l'être humain, c'est-à-dire l'image que nous nous fabriquons quant à notre être
au monde ainsi que la valeur que nous attribuons à cette image, en abordant
certains thèmes de la philosophie de la nature et de l'anthropologie
philosophique.
Éduquer.
Comme à l'époque du Rapport Parent, l'enseignement de
la philosophie répond aux principes fondateurs de l'éducation : notamment
former la personne et le citoyen. Concédons ici la majeure partie de la
formation du travailleur aux autres disciplines. Ils s'y connaissent.
Cependant, certains souhaitent peut-être voire estomper la distinction entre
travailleur, citoyen et personne. N'ouvre-t-on alors la porte à une vision de
l'homme qui soit réductrice? N'est-ce pas une telle perspective qui a provoqué
l'apparition du concept d'homme unidimensionnel? Si nous ne cessons d'être des
producteurs consommateurs, il faut reconnaître que ces deux aspects ne nous
livrent pas l'essence même de notre être.
Bien évidemment, une part importante des trente
prochaines années de la vie de nos étudiants actuels sera consacrée à
l'exercice leur métier. Mais ce serait une grave offense à leur humanité que de
les confiner à cet aspect eu égard aux nécessités et aux contingences liées à
l'éducation au Québec aujourd'hui.
Diminuer encore
les heures consacrées à l'étude de la philosophie priverait la jeunesse
québécoise des meilleurs outils devant lui permettre de rencontrer les plus
importantes exigences de notre société, qu'on parle d'authenticité, d'autonomie
et de liberté ou de responsabilité. Une amélioration des conditions dans
lesquelles se pratique l'enseignement de la philosophie ne peut que contribuer
à former des hommes et des femmes plus autonomes et responsables.
© Martin Godon
Département de philosophie
Cégep du Vieux-Montréal
Février 2004.
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[1] Ce texte
a tout d’abord été publié dans Le
Bulletin de