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RAPPORT
SUR L’ADAPTATION DU COURS
340-103 EN PHILOSOPHIE
POUR LES ÉLÈVES EN GÉNIE ÉLECTRIQUE
par
Gérard
Gélinas |
|
T
A B L E D E S M A T I È R E S
***
HISTORIQUE DU PROJET
La présente expérimentation découle d’un
projet plus général de valorisation de la formation
générale que Charles de Mestral mettait de l’avant
à l’hiver 2000, mais dont les modalités n’avaient
pas encore été fixées. Suite à une rencontre
des intéressés par ce projet avec le coordonnateur
de secteur, Raymond Robert Tremblay, il fut suggéré
d’adapter le premier cours commun de philosophie à
des élèves de programmes techniques ciblés
à cause de leur haut taux d’échecs dans ce cours.
Le collège venait de rendre publics, pour l’année
1998-1999, ses Tableaux de bord des programmes d’études
(mars 2000) où il était indiqué que les
élèves en génie électrique avaient eu
un taux d’échecs de 43% (56 élèves sur
129) pour le premier cours de philosophie (340-103) lors de la session
d’automne 1998; en ce qui concerne techniques administratives,
le taux d’échecs était de 38% (30 élèves
sur 79). Ces deux programmes furent retenus non seulement à
cause de leur haut taux d’échecs, mais aussi parce
qu’ils comportaient suffisamment d’élèves
pour former des groupes homogènes à partir desquels
il serait plus facile de pratiquer et d’évaluer l’adaptation
de cours 340-103 dans le cadre d’un projet d’aide à
l’apprentissage. De plus, un dégagement d’un
groupe serait attribué à l’enseignant pour qu’il
puisse mieux encadrer ses élèves. Lyne Vaillancourt
accepta de prendre en charge les élèves en techniques
administratives, et Gérard Gélinas ceux en génie
électrique. Il ne sera ici question que des élèves
en génie électrique.
Ce projet fut reconduit à l’automne 2001 avec les
élèves du cours 340-103 et étendu au cours
340-102 à la session d’hiver 2002.
DONNÉES BRUTES
Voici le tableau général, pour les élèves
en génie électrique, des données établies
à partir des chiffres officiels du collège et de l’étude
du bulletin des élèves; il y a parfois de légères
différences entre les deux sources d’information.
TAUX DE RÉUSSITE
EN PHILOSOPHIE (Génie
électrique)
| |
A-98 |
H-99 |
A-99
|
H-00
|
A-00 |
H-01 |
A-01 |
| 340-103 |
57%
|
|
65% |
|
78% |
|
91% |
| 340-102 |
|
64% |
|
76% |
|
51% |
|
| 340-JCB |
75% |
82% |
71% |
92% |
92% |
57% |
|
L’expérimentation dont il sera ici question ne concerne
que les données pour le cours 340-103 à l’automne
2000 et 2001 et, indirectement, pour le cours 340-102 de l’hiver
2001. L’expérimentation prévue s’est compliquée
du fait que je n’ai pas eu, comme prévu pour l’automne
2000, tous les élèves en génie électrique
dans mes groupes de 340-103 : sur les 77 élèves en
génie électrique qui suivaient les cours 340-103 à
l’automne 2000, je n’en ai eu que 41 (soit 53.2% de
la cohorte). Manquant d’élèves, mes groupes
furent conséquemment complétés avec des élèves
de d’autres programmes, de sorte que furent plutôt constitués
des groupes semi-homogènes où les élèves
de génie électrique comptaient cependant pour au moins
50% des individus dans chaque groupe. À l’automne 2001,
cette situation a été corrigée, car j’ai
eu 79 des 84 élèves en génie électrique
suivant le 340-103 (soit 94% de la cohorte) et des groupes homogènes
furent crées. À l’hiver 2002, il y a eu 17 des
83 élèves en génie électrique (20.4%)
suivant le cours de philosophie 340-102 qui n’étaient
pas dans mes classes. Cette situation a fait qu’il m’a
été attribué à la dernière minute
un groupe régulier pour compléter ma charge. Au départ,
ce chiffre était plus élevé, mais certains
de mes anciens élèves sont venus me voir pour changer
de groupe et, après consultation de leur horaire, j’ai
constaté qu’ils étaient libres au moment où
j’enseignais. À l’inverse, certains élèves
qui n’étaient pas en génie électrique
se sont présentés dans mes groupes, suite à
la période de modification des horaires, alors qu’il
était clairement indiqué qu’il s’agissait
de groupes réservés à une clientèle
homogène. J’ai accepté les uns et refusé
les autres après le début des cours, de sorte que,
dans les deux cas, ces élèves ne commencèrent
pas leur session dans des conditions idéales. Il y a
donc des améliorations à apporter dans la constitution
des groupes homogènes.
Selon le projet initial, je devais enseigner, à l’hiver
2001, le cours 340-102 aux élèves en génie
électrique, mais j’ai décidé de ne pas
poursuivre avec ces élèves pour des question de discipline
dont il sera question plus loin. À cet égard, la piètre
performance des élèves dans les cours 340-102 à
l’hiver 2001 (49% d’échecs) à l’intérieur
des groupes réguliers où ils étaient retournés
demande une explication qu’il sera plus facile d’identifier
en comparant les résultats de mes élèves avec
les notes de ceux qui n’avaient pas fait leur premier cours
de philosophie avec moi, contrairement à ce qui avait été
initialement prévu. On verra ainsi si mon adaptation du cours
340-103 a eu des effets négatifs sur la performance de mes
anciens élèves au 340-102 à qui je n’enseignais
plus.
Les données du tableau ci-dessus sur les taux de réussite
de l’automne 1998 à l’hiver 2000, soit avant
la présente expérimentation, permettent de constater,
qu’il y a une certaine fluctuation naturelle dans les
performances des élèves, d’une session à
l’autre. Ce phénomène complique l’évaluation
à court terme de l’impact réel de la présente
expérimentation sur la réussite scolaire. Outre les
conditions extérieures (grèves, etc.), ces fluctuations
s’expliquent peut-être en partie par la qualité
des cohortes d’élèves : par exemple, en électronique
(243.11), les élèves admis au premier tour en 1998
avaient moins de 70% de moyenne pondérée au secondaire
pour 11.84% d’entre eux, alors que ce chiffre monte à
34.78% en 1999. Ceci dit, comme on le verra plus loin, l’enseignant
est également une variable essentielle dans l’interprétation
des données.
NATURE DE LA CLIENTÈLE
La formation de groupes homogènes révèle
rapidement que les élèves en génie électrique
constituent une clientèle très diversifiée
présentant des écarts importants d’un individu
à l’autre au plan des habiletés de lecture
et d’écriture ou des méthodes de travail, mais
aussi, au plan personnel, dans les heures hebdomadaires consacrées
au travail rémunéré, au transport, etc.
Une telle diversité des candidats commande une diversité
des moyens à utiliser pour effectuer les apprentissages.
Certains atteindront les objectifs du cours par le biais de rencontres
personnelles avec l’enseignant lors de ses heures de disponibilité
ou en fréquentant le centre d’aide en philosophie;
d’autres prépareront bien leurs examens en s’appliquant
à réussir les évaluations formatives préalables;
d’autres auront besoin d’être confrontés
à l’échec et décideront de s’appliquer
dans leurs études s’il y a possibilité d’examen
de reprise; les plus doués n’auront parfois besoin
de rien de tout cela pour réussir. À cet égard,
les indicateurs qui accompagnent les numéros de cours relativement
aux heures de travail à la maison me semblent tout à
fait inadéquats et ne peuvent signifier, tout au plus, que
des moyennes.
À mon avis, l’important est de laisser à
chaque élève l’espace et le temps dont il a
besoin pour réaliser les apprentissages du cours en
offrant des moyens diversifiés, compte tenu de la variété
que les élèves présentent entre eux dans leurs
habiletés et disponibilités. Le niveau moyen à
fixer correspond à la compétence de base fixée
par le Ministère dans la définition des cours. Les
élèves les plus faibles trouvent cette compétence
très élevée et difficile à atteindre;
les plus doués seraient prêts à aller plus loin
et peuvent parfois être déçus du cours : ce
phénomène se produit surtout chez les élèves
qui décident, durant la session, de changer de programme
et d’aller du côté du préuniversitaire;
un écart se creuse alors entre ces élèves et
leurs anciens compagnons de programme avec qui ils ne partagent
plus les mêmes préoccupations et intérêts,
etc. Ce phénomène est cependant très marginal,
quoiqu’il puisse créer des tensions à l’intérieur
des groupes homogènes.
Pour moi, l’import est que l’élève puisse
faire la preuve, lors de l’examen final, qu’il maîtrise
la compétence énoncée dans la description du
cours par le Ministère. Certains élèves
seraient prêts à le faire plus rapidement, d’autres
progressent plus lentement et par des voies souvent différentes
qu’il s’agit d’offrir aux élèves,
compte tenu de leur diversité.
MODÈLE PÉDAGOGIQUE
L’objectif du premier cours commun de philosophie est d’amener
l’élève à argumenter rationnellement
sur une question philosophique; il doit faire la preuve de
sa compétence dans une dissertation finale dont la forme
et les critères de correction ont été établis
par le département (voir annexe A).
Habituellement le corpus philosophique de l’antiquité
gréco-romaine est utilisé comme modèle que
l’élève doit imiter pour développer ses
habiletés argumentatives. Les textes des maîtres anciens
présentent cependant des défauts pour l’enseignement
auprès de certains élèves. Par exemple, ils
ne sont généralement pas purs, en ce sens qu’on
y trouve très rarement la structure simple du texte argumentatif
qu’on demande aux élèves de produire en fin
de session, à savoir : problématique, position, définition
des concepts, arguments, objections, réfutation des objections
et conclusion. En effet, les textes du corpus traitent souvent de
plus d’un sujet à la fois, introduisent des parenthèses
et des digressions, s’adonnent à des détours
historiques, etc. De plus, les textes du corpus font souvent référence
à une culture que connaît peu ou pas l’élève,
de sorte qu’il faut accorder du temps à ce qui ne relève
pas directement de la compétence à maîtriser;
en outre, il arrive souvent, en cours d’argumentation, que
les textes du corpus développent longuement un point particulier,
de sorte que l’élève finit par perdre le fil
du texte; de même, ils présentent généralement
des définitions complexes et nuancées qui rendent
le texte très abstrait, alors que beaucoup d’élèves
ont déjà des difficultés de lecture, etc.
Bref, la méthode traditionnelle est d’aller de
la lecture vers l’écriture en faisant faire à
l’élève des analyses de textes, des résumés,
etc. pour qu’il en vienne peu à peu à imiter,
de façon simplifiée, les modèles du corpus
sur lesquels il aura travaillé durant la session. Cette méthode
de travail exige beaucoup de temps (lectures multiples
des textes pour en trouver les axes, puis reconstruction personnelle
du texte pour en faire le résumé, etc.) et produit
des résultats très lentement, car elle implique
qu’on travaille constamment à deux niveaux : d’une
part, affronter les difficultés internes du texte et, d’autre
part, développer formellement les habiletés argumentatives
de l’élève. Étant donné que les
élèves des programmes techniques ont généralement
beaucoup d’heures de cours et semblent nettement plus attirés,
en vertu de leur formation, par une approche plus pratique du savoir
(comme on peut le constater durant l’heure d’activités
pratiques prévue dans la pondération du premier cours
de philosophie : 3-1-3), j’ai décidé d’expérimenter
une approche inverse à celle habituellement pratiquée,
à savoir aller de l’écriture vers la lecture.
Puisqu’il était prévu que j’aurais les
mêmes élèves dans le deuxième cours
de philosophie, je projetais de m’adonner ensuite graduellement
au procédé inverse, c’est-à-dire aller
de la lecture à l’écriture en introduisant
systématiquement les textes du corpus sur les modèles
de l’être humain (objet du deuxième cours de
philosophie). Bref, l’adaptation de mon cours pour les
élèves en génie électrique devait s’étendre
sur deux sessions.
En effet, quand un élève est lui-même capable
de produire un texte argumentatif complet, il possède alors
les clés qui lui permettent de reconnaître dans le
texte d’un autre les composantes argumentatives de son discours.
Autrement dit, en connaissant bien la structure du texte argumentatif
de base, l’étudiant sera sans doute une meilleur lecteur,
car il saura, sur ce plan, quoi chercher et quelles questions poser
aux textes du corpus, en faisant la différence entre l’essentiel
du propos et les exemples, les thèses de l’auteur et
les arguments qui s’y rattachent ou les objections qu’il
se fait, les digressions auxquelles il s’adonne, etc. On sait,
en effet, qu’un bon lecteur est celui qui pratique une lecture
active, c’est-à-dire celui qui questionne le texte,
anticipe sur son contenu, fait des liens, en saisit la structure
d’ensemble, etc.
Ceci dit, il s’agissait maintenant de savoir comment encadrer
les élèves pour leur faire produire de façon
graduelle un texte argumentatif complet. Le manuel de Nicole Toussaint
et Gaston Ducasse Apprendre à argumenter (Le Griffon
d’argile, 1996) me parut convenir à mon projet, car
il aborde le texte argumentatif étape par étape et
contient beaucoup d’exemples et d’exercices où
les tâches à accomplir sont très bien délimitées
et guidées (voir Annexe B). De plus, cet ouvrage apprend
aux élèves à faire divers types de texte argumentatif
qui correspondent aux grandes divisions de la philosophie : assertif
catégorique (ce qui est); assertif hypothétique (ce
qui pourrait être); évaluatif ( appréciation
de la réalité); normatif ( ce qui devrait être).
Le gros de la session d’automne a consisté
à apprendre à rédiger des textes argumentatifs
complets pour les trois premiers types de discours, le dernier
(normatif) n’a pas été travaillé, faute
de temps, mais surtout parce que le discours normatif relève
du troisième cours commun. Vers la fin de la session, les
élèves ont eu le texte le Criton de Platon
que nous avons analysé. Lors de l’examen final, les
élèves devaient eux-mêmes poser individuellement
une question philosophique relative à l’évasion
de Socrate et écrire, selon le type de question choisie par
l’élève, une dissertation complète (800
mots) de type assertif catégorique, hypothétique ou
évaluatif conforme aux modèles vus en classe.
On trouvera plus loin des copies d’examens parmi les plus
courantes.
ÉVALUATION DE LA MÉTHODE
La méthode d’apprentissage retenue est à
la fois concrète et pratique. Elle est ainsi facile
d’application et semblait convenir aux élèves
à qui sont demandées, cumulativement, des tâches
à accomplir bien ciblées. Les jalons du texte
argumentatif étant bien maîtrisées, les élèves
n’ont aucune difficulté à écrire un texte
argumentatif philosophique de 800 mots, comme si la forme étant
posée, le contenu allait ensuite de soi –les idées
s’enchaînant d’elles-mêmes.
Le fait que le cours accorde la priorité à l’apprentissage
de la forme du discours argumentatif sans passer d’abord,
pour l’essentiel, par la fréquentation des textes du
corpus prépare cependant mal le retour des élèves
dans des groupes réguliers au deuxième cours de philosophie
où le corpus est généralement largement utilisé.
En effet, même si l’élève connaît
bien la structure du texte argumentatif, il n’a pas assez
fait d’analyse de textes complexes pour immédiatement
transférer avec aisance ses habiletés au deuxième
cours. Il faut une période de transition pour que l’élève
s’habitue au changement de méthode, c’est-à-dire
de la lecture à l’écriture. C’est
en ce sens, qu’il avait été prévu que
les élèves auraient le même professeur pour
le deuxième cours de philosophie, afin que le passage aux
textes du corpus se fasse graduellement et par voie de complexité
croissante. Bien sûr, lors de la mise en place de la présente
expérimentation, l’enseignant avait à se familiariser
lui-même avec le manuel qu’il utilisait pour la premier
fois et à établir par la pratique son rythme de progression
avec les élèves, compte tenu des difficultés
rencontrées en cours de route, etc. Après deux sessions
d’expérimentation, je suis plus en mesure de faire
ici la part des choses et de récupérer ainsi du temps
que je pourrai désormais consacrer, plus qu’autrefois,
à l’analyse de textes du corpus gréco-romain
qui seront surtout utilisés à titre de documentation
présentant des positions opposées sur des sujets philosophiques
à partir desquels les élèves auront à
élaborer la problématique de leurs dissertations.
Les élèves qui se retrouveront dans des groupes réguliers
au 340-102 seront ainsi mieux préparés.
GROUPES HOMOGÈNES
Les groupes homogènes en génie électrique
rassemblent très majoritairement des garçons :
92.6% à l’automne 2000 (38 garçons sur 41 élèves),
92.4% à l’automne 2001 (73 garçons sur 79 élèves)
et 93.8% à l’hiver 2002 (61 garçons sur 65 élèves).
Cette caractéristique imprime déjà une dynamique
particulière aux groupes, car il me semble que, comparativement
aux filles, les garçons manifestent en général
plus d’indépendance, ont tendance à prendre
plus de risques, sont moins portés à demander de l’aide,
sont moins ambitieux, vivent les échecs avec moins d’intensité
au plan des émotions, etc.
La constitution de groupes homogènes présente des
avantages certains, mais aussi des défauts majeurs. En regard
de l’expérience menée, par « groupe homogène
», j’entends des classes constituées uniquement
ou d’au moins 50% d’élèves en génie
électrique. Lorsqu’il n’y a que cinq ou six élèves
en génie électrique dans une classe de philosophie
(comme ce fut le cas pour le cours 340-102 à l’hiver
2001), les effets dont il sera ci-dessous question ne se produisent
pas. Par ailleurs, le mélange dans une même classe
(comme ce fut le cas pour le cours 340-103 à l’automne
2000) d’élèves de d’autres programmes
m’a semblé créer des difficultés supplémentaires
relativement aux variables dont il sera ici question.
Les élèves en génie électrique suivent
un tronc commun durant la première année de leurs
études. Ils sont donc très souvent ensemble et forment
vite une grande famille. Cette familiarité entre les
élèves favorise les échanges et l’entraide
parmi les individus, la participation en classe et un sentiment
d’appartenance générant l’émulation
entre pairs. De plus, l’enseignant peut plus facilement s’ajuster
au groupe, au mode d’être général des
élèves au sein du programme, à leur niveau
de langage, etc. Cette convergence fait que l’enseignant
connaît rapidement ses élèves et peut intervenir
tôt, selon les besoins, dans un climat de complicité.
Ces éléments semblent créer un effet de
rétention qui contraste avec le haut taux d’abandons
des cours dans les groupes hétérogènes, si
on interprète les notes inférieures à 30% comme
des abandons durant la session (à l’exclusion des échecs
par absence qui renvoient aux élèves ne s’étant
jamais présentés au cours et qui sont dès lors
exclus des statistiques après l’établissement
des listes de présences pour fins de financement; les échecs
par absence sont peu nombreux : aucun pur l’automne 2000;
trois pour l’hiver 2001 et deux pour l’automne 2001).
NOTES
INFÉRIEURES À 30%
(Élèves en génie électrique)
| |
Groupes
homogènes |
Groupes
hétérogènes |
| Automne
2000 (340-103) |
Un
élève sur 41 inscrits (2.4%) |
12
élèves sur 36 inscrits (33.3%) |
| Hiver 2001
(340-102) |
_ |
14
élèves sur 57 inscrits (24.5%) |
| Automne
2001 (340-103) |
Un
élève sur 78 inscrits (1.2%) |
2
élèves sur 4 inscrits (50%) |
Ensemble des trois sessions :
Groupes
homogènes
(2 élèves
sur 119) |
Groupes
hétérogènes
(28
élèves sur 97)
|
Formant une grande famille, les élèves ont tendance
à intégrer l’enseignant à leur groupe
par leurs confidences, etc. Cet esprit de camaraderie
risque cependant d’amener des problèmes majeurs de
discipline lorsque les leaders du groupe sont dissipés,
dans des groupes constitués presque uniquement de garçons.
L’enseignant se trouve parfois ici en situation délicate
entre sa position d’autorité et sa situation au sein
du groupe; des mesures malhabiles de contrôle des élèves
peuvent conduire à des abandons et des échecs qui,
au plan statistique, annuleraient les réussites que la formule
pédagogique permet. L’enseignant ne peut pas être
ici laissé à lui-même, mais doit avoir l’appui
et l’encadrement du programme. Pour que les cas-problèmes
soient identifiés et les responsabilités partagées,
je pense que tous les enseignants du programme ayant affaire à
ces élèves devraient se réunir deux ou trois
fois par session pour faire l’évaluation du parcours
et du comportement des élèves. Une telle rencontre
a eu lieu une fois, au cours de l’expérimentation avant
la production du bulletin de mi-session, et m’a été
bien utile. D’une part, j’ai pu rencontrer les enseignants
du programme; d’autre part, ils m’ont fait voir comment
il faut s’y prendre avec ces élèves qu’ils
connaissent bien (ne pas s’adresser au groupe, mais à
des individus particuliers, etc.), car il faut bien dire que j’ai
beaucoup à apprendre dans ce domaine, compte tenu que des
problèmes majeurs de discipline ne se produisent que très
rarement dans les groupes hétérogènes des cours
de philosophie. Les autres enseignants en philosophie qui ont eu
affaire à des groupes homogènes ou semi-homogènes
dans des programmes techniques, depuis que cette formule a été
étendue à d’autres programmes ciblés,
ont également fait état, dans leurs classes, de problèmes
importants de discipline qui les ont pris au dépourvu et
parfois conduits au découragement. Il y a ici, pour les
enseignants, un apprentissage à faire et des habiletés
à développer.
C’est peut-être le moment d’expliquer pourquoi
je n’ai pas accepté, comme prévu dans le projet
initial, de donner à l’hiver 2001 les cours 340-102
aux élèves en génie électrique à
qui j’avais enseigné le 340-103 à l’automne
2000. Nous étions dans les dernières semaines de la
session et les élèves étaient en train de faire
leur dernier examen avant l’examen final (il ne restait donc
qu’un cours à donner pour faire la révision
et transmettre les consignes relatives à l’épreuve
terminale). Durant l’examen, un élève s’est
levé et s’est dirigé vers la porte de la classe;
je l’ai intercepté en lui rappelant qu’on ne
quittait pas la salle de classe durant un examen; il m’a répondu
qu’il s’en allait fumer une cigarette; je lui ai répondu
que le respect des standards de validité de l’examen
impliquait qu’il reste en classe. Les autres élèves
de la classe étaient témoins de ce qui se passait;
dix-huit se sont alors solidairement levés et m’ont
défié en me disant qu’ils s’en allaient
fumer une cigarette. Pris de court, j’ai noté le nom
des élèves en question en me promettant de comparer
leurs copies pour voir s’il y avait eu copiage et de mettre
zéro à ceux qui seraient pris en défaut (ce
ne fut cependant pas le cas, car l’examen en question était
une dissertation où le copiage est aussi difficile qu’inutile).
Lorsque les élèves sont revenus en classe, je leur
ai dit qu’ils venaient de me faire perdre mon rapport d’autorité
et que, fiers de leur victoire, il y avait de grandes chances pour
qu’ils s’amusent à me tester durant la session
suivante pour voir jusqu’où ils pourraient aller. Je
leur ai donc annoncé, sur le champ, qu’ils ne m’auraient
pas comme professeur à la session suivante. Le groupe fut
très surpris de ma réaction, car les élèves
semblaient considérer que ce qui venait de se passer était
une sorte de jeu où on gagne à tour de rôle.
Un groupe homogène qui fait bloc grâce à un
leader a en effet tendance à se considérer l’égal
du professeur et s’engage dans un rapport axé sur le
compromis réciproque favorisant les heurts et le marchandage
interminable. L’enseignant a ici besoin de l’appui du
département.
Ces problèmes de discipline m’ont amené à
remplacer le groupe de dégagement qui m’était
initialement accordé pour l’aide à l’apprentissage
par la constitution de groupes homogènes moins nombreux qui
sont plus facilement gérables. Tant que l’enseignant
n’aura pas suffisamment développé ses habiletés
à gérer des groupes homogènes, la limite actuelle
de vingt-cinq élèves par classe devrait être
maintenue, si l’on veut que les effets positifs de l’expérience
se reproduisent. Ce dégagement était d’ailleurs
sous-utilisé parce que peu d’élèves venaient
me rencontrer. Les heures de disponibilité que j’offre
à mes élèves (une heure par groupe à
chaque semaine) sont nettement suffisantes pour répondre
aux besoins. Pour faciliter les rencontres et mieux m’intégrer
au département dont les élèves doivent me sentir
un membre à part entière, j’assumerai désormais
mes heures de disponibilité dans les locaux du département
de génie électrique. Mon objectif principal, durant
cette troisième année d’expérimentation
avec les élèves en génie électrique,
sera d’ailleurs d’apprendre comment les enseignants
de ce programme gèrent leurs classes.
L’analyse des données de la cohorte des élèves
admis à l’automne 2000 est intéressante. Comme
je l’ai déjà indiqué, pour des raisons
non identifiées, ce ne sont pas tous les nouveaux élèves
qui ont été rassemblés dans des groupes prévus
pour être homogènes en philosophie. Je ne sais pas
si c’est parce que le cours de philosophie fait partie de
ce qu’il y a de permanent, de fixe et de stable dans la formation
collégiale (alors que le programme est éphémère,
dans la mesure où l’élève peut changer
de programme, quoiqu’il aura toujours et partout trois cours
de philosophie), toujours est-il (comme l’indiqueront plus
loin les données statistiques sur cette expérience)
qu’il n’y a presque pas eu d’abandon général
des études en première session parmi les élèves
inscrits dans mes groupes semi-homogènes en philosophie,
alors que plusieurs de ceux qui étaient dans des groupes
réguliers ont abandonné leurs études au collège
en cours de session. Par ailleurs, plusieurs élèves
qui étaient dans les groupes semi-homogènes en philosophie
durant la première session ont connu une crise lors de la
deuxième session en ayant plusieurs échecs dans leurs
cours et certains ont alors abandonné leurs études.
On ne constate pas la présence d’une crise lors de
la deuxième session parmi les élèves qui étaient
dans des groupes hétérogènes de philosophie
en première session. Peut-on conclure que la constitution
de groupes semi-homogènes en philosophie au cours de la première
session a eu pour effet de garder les élèves au collège?
Les plus faibles qui auraient normalement abandonné se sont
donc retrouvés en deuxième session, mais ils n’étaient
plus en groupes homogènes et une crise s’est produite.
Se pourrait-il que le cours de philosophie ait un tel impact sur
le parcours des élèves? Il se peut que le cours
de philosophie et le cours de français soient un facteur
déclenchant, car ce sont dans ces deux disciplines que
les élèves en génie électrique ont les
taux les plus faibles de réussite.
TAUX D’ÉCHECS
EN FRANÇAIS
(Génie électrique)
| |
A-98 |
A-99 |
A-00 |
601-101 |
57% |
51% |
47% |
De même, sur les 12 individus suivant le cours de mise à
niveau en français à l’automne 2000, la moitié
d’entre eux l’ont échoué.
Compte tenu des faibles taux de réussite observés,
c’est probablement dans les cours de français et de
philosophie que l’élève rencontre ses premiers
échecs. Si cette première épreuve se double
de difficultés dans les cours du programme (notamment en
mathématiques), un effet cumulatif se produit et l’élève
commence à se décourager. Il se pourrait que sa
présence dans des groupes homogènes atténue
cet effet boule de neige, car l’élève peut
se comparer aux autres, avoir le support de proches, etc. On verra
plus loin que les données statistiques sont ici frappantes.
STATISTIQUES
Rappelons d’abord ce phénomène de fluctuation
naturelle dans les résultats des élèves d’une
année à l’autre. Ainsi, les Indicateurs de réussite
scolaire fournis par le collège révèlent (sous
réserve de circonstances particulières) que la cohorte
de l’automne 1998 semblait plus faible que celle de l’automne
1999, compte tenu de la différence constante dans les taux
de réussite des cours communs de la première session,
malgré l’absence de mesures spécifiques d’aide
:
Taux de réussite (génie électrique)
| |
Automne
1998 |
Automne
1999 |
| Santé et
éducation physique |
|
|
| Philosophie
et rationalité |
|
|
| Écriture
et littérature |
|
|
Comme déjà noté, ce phénomène
rend plus difficile, à court terme, l’évaluation
de l’impact du présent projet de mesure d’aide
en génie électrique.
Sur la base des bulletins émis, à l’automne
2000, il y avait 77 élèves en génie électrique
qui suivaient le cours 340-103; sept élèves suivaient
le cours pour la deuxième fois et quatre pour la troisième
fois. Comme déjà noté, en principe, j’aurais
dû avoir tous ces élèves dans mes groupes, mais
je n’en ai eu, en fait, que 41. Cette situation a fait que,
contrairement au projet initialement présenté, il
n’y a pas eu constitution de groupes homogènes, car
il a fallu compléter mes groupes avec des élèves
de d’autres programmes, quoique les élèves en
génie électrique y étaient majoritaires.
Globalement, 15 des 36 élèves qui n’ont pas
suivi le cours avec moi ont échoué leur 340-103 (41.6%
d’échecs), comparativement à deux des 41 élèves
qui avaient suivi le cours avec moi (4.8% d’échecs).
Taux d’échecs
en génie électrique au 340-103 à A-00
Élèves
non participants à l’expérience
(15 élèves
sur 36) |
Élèves
participants à l’expérience
(2 élèves
sur 41)
|
Ces chiffres ne sont cependant pas des indicateurs
adéquats, car ils ne renvoient pas à des populations
homogènes : par exemple, je n’avais dans mes groupes
aucun des élèves qui suivaient le cours pour la troisième
fois. Par conséquent, pour fins de comparaison, ne seront
désormais retenus dans le présent rapport, parmi ces
77 élèves de départ, que ceux qui présentaient
les caractéristiques suivantes :
1) le numéro matricule commence par 00 (il s’agit
donc d’élèves qui ont fait une demande d’admission
en 2000);
2) le bulletin commence à l’automne 2000 (les élèves
qui suivaient des cours à l’hiver 2000 ne sont donc
pas retenus et le cours 340-103 est ainsi suivi pour la première
fois);
3) les élèves sont nés entre 1980 et 1983
(ne sont donc pas retenus les cas de retour aux études).
L’échantillon de 55 élèves ainsi constitué
(qui forme la majorité de la cohorte, soit 71.4% des élèves
suivant le cours 340-103 à l’automne 2000) correspond
à des candidats en provenance du secondaire qui commencent
leurs études collégiales en génie électrique.
Aucun d’entre eux n’avait été admis au
troisième tour. Ces individus ont été répartis
comme suit : 19 se sont retrouvés avec d’autres enseignants
(on les désignera sous le nom de groupe contrôle) et
il m’en est resté 36 (qui formeront le groupe expérimental).
Sur les 36 élèves de l’échantillon qui
avaient suivi les cours 340-103 avec moi, un seul a échoué
(2.7% d’échecs), alors que huit des 19 qui avaient
suivi le cours avec d’autres enseignants ont échoué
(42.1% d’échecs).
Taux d’échecs
de l’échantillon au 340-103 à l’A-00
Groupe
contrôle
(8
élèves sur 19) |
Groupe
expérimental
(1 élève
sur 36)
|
Ces chiffres doivent cependant être nuancés. Dans
le groupe contrôle, sept des huit élèves
ayant échoué font partie d’un tableau de
crise générale de leurs études lors de la première
session, car leur bulletin témoigne qu’ils ont
échoué tous leurs cours ou la grande majorité
de ceux-ci. Leur bulletin se termine d’ailleurs à l’automne
2000, ce qui laisse croire qu’ils ont quitté les études.
Au début de la session d’hiver 2001, notre groupe de
19 élèves est ainsi réduit à 12 individus;
il y a donc une perte de 36.8%.
L’élève qui a échoué son cours
de philosophie avec moi a lui aussi connu une crise générale
durant sa première session, mais il est demeuré au
collège. Un autre de mes élèves qui a eu plusieurs
échecs dans ses cours, n’a pas poursuivi par après
ses études. Au début de la session d’hiver 2001,
le groupe expérimental passe à 35; il y a donc une
perte de 2.7%.
Taux d’abandon des
études après une session
de l’échantillon de l’A-00 en génie électrique
Groupe
contrôle
(7
élèves sur 19) |
Groupe
expérimental
(1 élève
sur 36)
|
À la session d’hiver 2001, les élèves
en génie électrique retournent dans des groupes réguliers;
il y a 33 élèves du groupe expérimental et
sept du groupe contrôle qui suivent le cours 340-102. Dans
chaque groupe, un élève est déclaré
absent sur les listes de présence et ne figure plus dans
les statistiques. Les deux groupes subissent un haut taux d’échecs
: 15 échecs sur 32 pour le groupe expérimental (46.8%)
et trois échecs sur six pour le groupe contrôle (50%).
Taux d’échecs
au 340-102 à l’H-01 parmi les
élèves de l’échantillon de départ
en génie électrique
Élèves
issus du groupe contrôle
(3 élèves
sur 6)
|
Élèves
issus du groupe expérimental
(15
élèves sur 32)
|
Alors que c’est surtout dans le groupe contrôle
qu’on avait observé, chez certains élèves,
une crise générale des études durant la première
session, ce phénomène se produit à la deuxième
session chez les élèves du groupe expérimental
qui ne sont plus dans des classes homogènes : onze élèves
ont des échecs dans tous leurs cours ou la majorité
de ceux-ci; six parmi eux abandonnent leurs études dont mon
élève qui avait échoué son 340-103 à
l’automne 2000 et qui l’échoue à nouveau
à l’hiver 2001. Trois autres individus abandonnent
leurs études. Au début de l’automne 2001, sur
les 36 élèves de départ du groupe expérimental,
il ne reste donc que 26 élèves au collège (perte
de 27.7%). Dans le groupe contrôle, il n’y a pas de
crise générale parmi les six élèves
qui suivent le deuxième cours de philosophie, mais trois
de leurs confrères ne poursuivent pas leurs études
à l’automne 2001. Sur les 19 élèves formant
au départ le groupe contrôle, il n’en reste plus
que neuf, un an plus tard. Il y a donc ici une perte de 52.6%. Parmi
ces neuf élèves restants, deux échoueront tous
leurs cours à l’automne 2001 (soit 22.2% de ces élèves),
comparativement à un élève sur 26 (3.8%) dans
le groupe expérimental..
Par ailleurs, au cours de leur première année au
collège, quatre élèves du groupe expérimental
et deux du groupe contrôle ont quitté le programme
de génie électrique pour une autre concentration.
Pertes
d’élèves dans l’échantillon de
départ au bout d’un an
en génie électrique (cohorte A-00; H-01)
Groupe
contrôle
(10
élèves sur 19)
|
Groupe
expérimental
(10
élèves sur 36)
|
En éliminant les trois échecs par absence,
mais en incluant les deux élèves dans le programme
à la première session, au total, il y avait 59 élèves
de la cohorte qui suivaient le cours 340-102 à l’hiver
2001 dans des groupes hétérogènes. Le hasard
a fait que 39 de ces élèves suivaient leur cours avec
trois professeurs ayant un taux global de réussite plus faible
selon les données du département. Il y eut 23 échecs
parmi leurs 39 élèves (taux d’échecs
de 58.9%), alors que les 20 élèves restants répartis
entre six enseignants n’ont connu que six échecs (30%
d’échecs –ce taux est de l’ordre moyen
prévalant par le passé dans ce cours pour les élèves
en génie électrique : 36% d’échecs à
l’hiver 1999 et 24% à l’hiver 2000). Bref, avec
les deux tiers des élèves, les trois professeurs en
question cumulent 79.3% des échecs.
Taux d’éches
en génie électrique pour le cours 340-102
à l’H-00 selon leur enseignant
Groupe
A (3 enseignants)
(23
élèves sur 39)
|
Groupe
B (6 enseignants)
(6 élèves
sur 20)
|
À
l’hiver 2001, les taux d’échecs au 340-102 des
élèves qui avaient fait leur cours 340-103 avec moi
ou avec un autre professeur présentent le même contraste,
selon qu’ils étaient regroupés avec les trois
enseignants (56.5% d’échecs pour mes anciens élèves
: 13 individus sur 23, et 62.5% d’échecs pour ceux
à qui je n’avais pas enseigné à l’automne
: 10 élèves sur 16) ou avec les six autres enseignants
: respectivement 36.3% d’échecs pour mes anciens élèves
(4 individus sur 11) et 22.2% pour les autres (2 élèves
sur 9).
Parmi les 59 élèves ayant suivi le 340-102 à
l’hiver 2001, 36 rencontrent les critères de constitution
de notre échantillon (matricule commençant par 00,
etc.). De ce nombre, 26 furent dans les classes des trois professeurs
déjà mentionnés et 14 d’entre eux échouèrent
le cours (53.8% d’échecs). Les dix autres furent répartis
entre six enseignants différents et il n’y eut que
trois échecs (30% d’échecs). Si, parmi les 36
élèves de l’échantillon, on s’en
tient aux individus à qui j’avais enseigné à
la première session, on constate le même écart,
selon qu’ils étaient regroupés avec les trois
enseignants (52.3% d’échecs) ou avec les six autres
enseignants (33.3% d’échecs). Le nombre des élèves
n’ayant pas suivi le cours 340-103 avec moi à l’automne
2000 et correspondant aux critères de l’échantillon
pour le cours 340-102 est trop restreint (6 élèves)
pour tirer des conclusions claires, mais on note que la tendance
jusqu’ici observée persiste : trois des cinq élèves
qui ont suivi le cours 340-102 avec les trois professeurs ont échoué,
alors que celui qui l’a suivi avec un autre professeur l’a
réussi.
Taux d’échecs
des élèves du groupe contrôle et du groupe
expérimental en génie électrique suivant le
cours 340-102 à l’H-01
| 60%
(3 él. sur 5)
Ensemble
A (3 profs)
|
0%
(0 él. sur 1)
Ensemble
B (6 profs |
52%
(11 él. sur 21)
Ensemble
A (3 profs)
|
33%
(3 él. sur 9)
Ensemble
B (6 profs) |
GOUPE
CONTRÔLE (6 él.) |
GROUPE
EXPÉRIMENTAL (30 él.) |
Parmi l’échantillon des 36 élèves,
il y a donc, au total, 14 de mes 30 élèves qui ont
échoué leur 340-102 à l’hiver 2001 (taux
d’échecs de 46.6%); le taux d’échecs dans
le groupe contrôle est de 50% (3 élèves sur
6 ont échoué); pour les élèves restants
(23 élèves ne faisant pas partie de l’échantillon),
le taux d’échecs est de 52.1% (12 échecs sur
23). Étant donné la similitude des taux d’échecs
pour les trois ensembles et l’écart constant qu’on
a constaté dans les taux de réussite selon que les
élèves suivaient leur cours avec tel groupe de professeurs,
ma méthode d’enseignement au 340-103 ne semble
pas en cause ici. C’est probablement une question d’enseignants
liée au hasard qui explique également la piètre
performance des élèves au cours 340-JCB durant la
session d’H-01 avec son taux d’échecs de 43%,
comparativement à 25% (A-98), 18% (H-99), 29% (A-99)et 8%
(H-00 et A-00).
Compte tenu de ce qui précède, l’avantage
de la présente expérience semble double. D’une
part, on a obtenu de meilleurs résultats au 340-103;
d’autre part, on a obtenu un meilleur taux de rétention
des élèves. En récapitulant, sur l’échantillon
de 55 individus ayant commencé leurs études en génie
électrique à l’automne 2000, 36 furent dans
mes groupes de 340-103 et 19 avec d’autres enseignants. À
l’hiver 2001, on constate que 35 de mes 36 élèves
étaient encore au collège (perte de 2.7%) et 32 d’entre
eux étaient inscrits au 340-102 (taux de passage de 88.8%);
dans l’autre cas, il ne restait que 12 des 19 élèves
de départ (perte de 36.8%), et seulement six d’entre
eux étaient inscrits au 340-102 (taux de passage de 31.5%).
Avec des taux d’échecs similaires pour les deux groupes
au 340-102, on observe que 17 de mes 36 élèves de
départ ont réussi leurs deux premiers cours de philosophie
durant leur première année au collège (taux
de performance de 47.2%) –se rendant ainsi éligibles
à la bourse qu’octroie le département de génie
électrique à ceux qui obtiennent leur diplôme
dans le temps prévu- alors que seulement trois des 19 individus
de l’autre groupe ont suivi ce parcours (taux de performance
de 15.7%). À l’automne 2001, soit un an plus tard,
26 de mes 36 élèves étaient encore au collège(perte
de 27.7%), alors qu’il n’en restait que neuf sur les
19 de l’autre groupe (perte de 52.6%). À mon avis,
ces chiffres militent en faveur de l’approche programme qui,
rappelons-le, devait être un élément-clé
de la réforme, selon ses concepteurs.
TABLEAU
RÉCAPITULATIF DES DONNÉES SUR L’ÉCHANTILLON
D’ÉLÈVES EN GÉNIE ÉLECTRIQUE (COHORTE
DE L’AUTOMNE 2000)
| Élèves
qui ont suivi le 340-103 avec moi à l’automne
2000: 36 individus
2.7% d’échecs
au 340-103 |
Élèves
qui n’ont pas suivi le 340-103: avec moi à l’automne
2000: 19 ind.
(42.1%
d’échecs au 340-103) |
| Encore
au collège à l’hiver 2001: 35 (perte de
2.7%) |
Encore
au collège à l’hiver 2001: 12 (perte de
36.8%) |
| Inscrits
au 340-102 à l’hiver 2001: 32 sur 36 (passage de
88.8%) |
Inscrits
au 340-102 à l’hiver 2001: 6 sur 19 (passage de
31.5%) |
| Échecs
au 340-102 : 15 sur 32 (46.8%) |
Échecs
au 340-102 : 3 sur 6 (50%) |
| Deux
premiers cours de philosophie: réussis en un an: 17 sur
36 (performance de 47.2%) |
Deux
premiers cours de philosophie réussis en un an : 3 sur
19 (performance de 15.7%) |
| Encore
au collège à l’automne 2001: 26 sur 36 (perte
de 27.7%) |
Encore
au collège à l’automne 2001: 9 sur 19 (perte
de 52.6%) |
| Encore
en génie à l’automne 2001: 23 sur 36 (persévérance
de 63.8%) |
Encore
en génie à l’automne 2001: 8 sur 19 (persévérance
de 42.1%) |
Les résultats de l’automne 2001 confirment
ces tendances. J’ai eu dans mes classes 79 des 84 élèves
qui suivaient alors le cours 340-103. Il y eut, de part et d’autre,
un échec par absence qui ne figure pas au bulletin; quatre
de mes 78 élèves ont échoué le cours
(taux d’échecs de 5.1%), alors que trois des quatre
élèves qui ne suivaient pas le cours avec moi ont
échoué leur 340-103 (75% d’échecs). À
l’hiver 2002, j’ai enseigné le deuxième
cours de philosophie aux élèves en génie électrique
et il n’y eut que trois échecs sur les 65 élèves
figurant sur les listes finales (4.6% d’échecs). Pour
compléter ma tâche, j’avais une classe régulière;
la comparaison des moyennes pour le même cours révèle
que les élèves en génie électrique sont
beaucoup plus faibles et constituent une clientèle fragile
:
Génie
électrique (65 élèves) |
Classe
régulière (35 élèves) |
93.8%
de garçons (4 filles sur 65) |
77.1%
de filles (27 filles sur 35) |
69.2%
de moyenne au 340-102 |
78.5%
de moyenne au 340-102 |
La cohésion entre les données laisse croire que
des demi mesures d’aide à l’apprentissage peuvent
être à certains égards plus nocives que bénéfiques.
Par exemple, quand un élève a un même enseignant
en philosophie durant deux sessions, il s’habitue à
son style, à ses attentes, à ses exigences, etc.,
de sorte qu’il risque d’avoir un choc s’il a,
au troisième cours, un enseignant aux méthodes et
aux pratiques relativement différentes de ce à quoi
il est habitué. De même, le fait d’étendre
sur un an la formation de groupes particuliers en génie électrique
pour le cours de philosophie fait que des élèves qui
n’ont pas suivi le premier cours avec l’enseignant (doubleurs,
etc.) se retrouvent dans des classes où la majorité
des élèves sont habitués aux méthodes,
au vocabulaire, etc. de cet enseignant avec qui ils ont fait leur
premier cours; cette situation peut poser des problèmes aux
nouveaux venus, notamment quant à la maîtrise du texte
argumentatif. L’application de l’approche programme
éviterait de tels défauts et règlerait également
le problème des écarts d’évaluation entre
les enseignants en philosophie, car le ou les enseignants rattachés
au programme se fixeraient des objectifs et des moyens de les atteindre
lors des réunions de programme où le travail des membres
est discuté. Ceci nous amène au dernier point de ce
rapport : la qualité de l’adaptation du cours de philosophie
dispensé aux élèves en génie électrique.
QUALITÉ DE L’ENSEIGNEMENT
Les statistiques rapportées ci-dessus sur le taux de
performance de mes anciens élèves dans le cours 340-102
laissent croire que ceux-ci étaient aussi bien préparés
que ceux qui n’avaient pas fait leur premier cours de philosophie
avec moi, puisque les taux d’échecs sont quasi identiques.
Pour que le lecteur puisse juger par lui-même si l’adaptation
du cours de philosophie ne conduit pas à une réduction
de la qualité de la formation, l’examen final de quatre
étudiants est reproduit. On sait que, depuis la réforme,
c’est l’examen final qui doit permettre d’évaluer
si l’élève maîtrise pratiquement les compétences
qu’on attend de lui. Voici donc, brièvement, ce que
l’élève devait être en mesure d’appliquer
sur un sujet précis, à partir du modèle de
texte argumentatif développé dans le manuel de Toussaint
et Ducasse que nous avons utilisé. La dissertation doit comporter
les sections suivantes : problématique, position (avec définition
des termes), argument, objection à l’argument, réfutation
de l’objection et conclusion. Voici, en bref, ce que chacune
des sections doit contenir.
Problématique :
L’élève doit commencer par amener son sujet,
selon la méthode de l’entonnoir, en parlant d’abord
d’un domaine plus général dont relève
son sujet. Le sujet amené est une façon de vérifier
si l’élève est capable de s’adonner à
un exercice de classification en rattachant son sujet de travail
à un ensemble dont il dépend logiquement (par exemple,
avant de parler des pommes, on fait un détour sur les fruits
en général). Ceci fait, l’élève
doit montrer qu’il y a un problème ou une difficulté
sur le sujet dont il va parler et que c’est pour cette raison
qu’il entreprend une dissertation sur ce thème. Dans
le présent cas, il était demandé que l’élève
montre qu’il y a controverse sur l ‘évasion de
Socrate, en présentant deux raisons pour chacun des points
de vue opposés. Il devait terminer sa problématique
en posant directement la question qui en découlait et qui
devenait l’objet de sa dissertation.
Position :
Dans la position, l’élève commence par répondre
à la question qu’il a posée à la fin
de sa problématique. Puis, il doit expliciter la réponse
qu’il vient d’indiquer en définissant les termes
clés qui s’y trouvent et en illustrant ses définitions
par des exemples. Ceci fait, il doit reformuler sa position en intégrant
les définitions qu’il vient d’exposer et d’illustrer.
Il s’agit donc ici d’un exercice de clarification de
sa pensée avant de tenter de l’argumenter. La position
se termine par une phrase de transition qui annonce l’argumentation.
Argument :
L’élève commence pour donner son argument,
c’est-à-dire la raison qui soutient sa position. Il
doit ensuite expliquer son argument, c’est-à-dire en
exposer la signification, par exemple en définissant les
termes clés qui s’y trouvent, en donnant des exemples,
etc. Il doit ensuite montrer comment l’argument soutient logiquement
la position, c’est-à-dire faire voir le lien qui unit
l’argument à la position. L’élève
termine par une conclusion où il résume son raisonnement.
À la demande du département, l’élève
devait s’adonner à cet exercice deux fois en exposant
deux arguments en faveur de sa position.
Objection à l’argument :
L’élève suit la même démarche
que dans l’argument, sauf qu’il s’agit ici de
trouver une raison venant affaiblir la position. À la fin
de l’objection, il indique son doute sur le bien-fondé
de sa position de départ.
Réponse à l’objection :
L’élève a ici à montrer que ses arguments
sont, en termes de probabilités, plus forts que l’objection,
ou encore il peut tenter d’affaiblir l’objection en
la nuançant. À la fin de cette section, il réaffirme
sa conviction face à sa position de départ.
Conclusion :
L’élève fait un résumé de la
démarche qu’il vient d’accomplir afin de se rendre
compte, par delà les détails, si son raisonnement
se tient, et faire voir au lecteur l’essentiel de son propos.
Selon le type de dissertation, l’argumentation ne se construit
pas de la même façon. Dans une assertive catégorique,
il s’agit de trouver des faits qui soutiennent la position,
car celle-ci se prononce sur la nature de la réalité
(par exemple, on soutient que l’agressivité est innée).
L’objection et la réponse à l’objection
passent également par le recours aux faits. Dans une dissertation
assertive hypothétique, il s’agit de voir
s’il y a des facteurs qui pourraient modifier la réalité
et de regarder si ces facteurs sont réalisables (par exemple,
il s’agira d’établir à quelles conditions
il serait possible d’éliminer la violence dans le monde
et de regarder si ces conditions sont réalisables). L’objection
et la réponse à l’objection se font sur le caractère
réalisable des conditions nécessaires à la
modification de la réalité. Dans une dissertation
évaluative, il s’agit d’identifier les conséquences
qui découlent du sujet et de porter un jugement de valeur
sur ces conséquences à partir du critère d’évaluation
que contient la position : par exemple, pour établir qu’il
est mal de voler, on identifie les conséquences qui découlent
du vol et on regarde ce qu’il y a de mal en celles-ci (ce
qui implique que le terme évaluatif, ici « mal »,
a été défini et explicité dans la section
consacrée à la position). L’élève
a ici un double exercice à faire : d’une part, prouver
que les conséquence indiquées découlent du
sujet et, d’autre part, appliquer son critère d’évaluation
aux conséquences déduites du sujet. En somme, l’arbre
est jugé à ses fruits. L’objection et la réfutation
de l’objection procèdent de même en regardant
les deux côtés de la médaille.
Ce type d’exercice développe notamment chez l’élève
aussi bien l’esprit de méthode et de clarté
que la rigueur du raisonnement et l’esprit critique face à
un problème qu’il pose lui-même et qu’il
tente ensuite de résoudra rationnellement en étant
conscient des limites de sa démarche et du point de vue d’autrui.
Cet esprit de prudence devrait ouvrir à la discussion et
à la tolérance.
COPIES D’EXAMENS DE FIN DE SESSION
D’une façon générale, les travaux manquent
d’élégance, en ce sens qu’on sent bien
que l’élève tente de se conformer à un
modèle qui lui a été enseigné, mais
il le fait souvent de façon froide et quasi mécanique,
un peu comme des danseurs qui viennent d’apprendre de nouveaux
pas manquent de souplesse et du sens du rythme, tout occupés
qu’ils sont à l’application essentiellement technique
de leurs derniers acquis. Comme on le constatera dans les dissertations
qui suivent, c’est surtout l’absence de marqueurs de
relation (en effet, par ailleurs, etc.) ou leur inadéquation
qui rend le texte sèche et discontinu, comme s’il manquait
d’huile dans la machine. C’est par la pratique que les
textes pourront se raffiner.
Une certaine impression de superficialité se dégage
de ces travaux qui traitent de grands sujets complexes en un si
court espace, mais la présence répétée
de mots de prudence dans les textes (à mon avis, selon moi,
etc.) laisse croire que les élèves étaient
conscients des limites de leurs réflexions.
Parmi le trois types de dissertation apprises durant la session,
presque personne n’a retenu, dans son examen final, la dissertation
de type hypothétique. Ne seront donc ici rapportés
que des exemples de dissertations de type assertif catégorique
et évaluatif. Il s’agit de travaux parmi les plus courants,
c’est-à-dire du genre de ceux qu’ont remis le
plus souvent les élèves en génie électrique
à la fin de la session, lors de leur examen final qui
se faisait en classe, sans documentation. L’élève
devait lui-même choisir la question de son travail, mais
celle-ci devait porter sur l’évasion de Socrate et
tenir compte des information contenues dans le Criton de
Platon.
En lisant ces textes, on se rappellera que les élèves
en génie électrique sont parmi les sujets qui ont
eu les scores les plus faibles au TEXDAR. Il s’agit d’un
test d’évaluation des habiletés argumentatives
que Jean-Guy Lacroix a administré aux élèves
au tout début de la session. On se rappellera également
que les élèves en génie électrique
sont presque exclusivement des garçons qui, comme dans les
autres programmes, ont généralement des performances
inférieures aux filles dans leurs études. Compte
tenu de ces informations, le lecteur sera plus en mesure de rendre
compte du chemin parcouru par les candidats à la fin de leur
premier cours de philosophie. Seul le français a été
corrigé dans les quatre dissertations reproduites ci-dessous.
D I S S E R T A T I O N S A S S E R T I V E S C A T ÉG
O R I Q U E S
Dans la première dissertation qui suit, l’élève
a tenté de montrer que la réalité A ne recoupe
pas la réalité B, à savoir que Criton (A) n’agit
pas en philosophe (B) lors de sa discussion avec Socrate au sujet
de son évasion; dans la deuxième dissertation, l’élève
a, au contraire, tenté de montrer que la réalité
A recoupe la réalité B, à savoir que Socrate
(A) agit en philosophe (B) dans cette même discussion. Parmi
les types de dissertation que nous avons appris durant le cours,
il s’agit de l’exercice le plus simple à réaliser.
Le lien entre les réalités A et B se fait par le recours
aux faits.
TRAVAIL FAIBLE :
Lors de la querelle sur l’évasion
de Socrate, Criton s’exprime-t-il en philosophe ?
Au cours de l’histoire de l’homme, plusieurs
types de gouvernements ont existé. Un de ceux-ci fut
la démocratie, inventée par la société
grecque. Du même temps que les Grecs, existait le philosophe
Socrate qui fut jugé et condamné à mort.
Ses amis lui ont proposé de s’enfuir. Certains
étaient partisans de cette idée, en raison de
la tutelle de ses enfants, ainsi que pour le soutien moral
de ses disciples et élèves. D’autres,
par contre, étaient contre cette idée en raison
des principes moraux de Socrate et du respect du gouvernement.
Criton, un autre philosophe, a tenté de lui ouvrir
les yeux… Finalement, lors de la querelle sur l’évasion
de Socrate, Criton s’exprime-t-il en philosophe?
D’après mes connaissances personnelles, je
crois que Criton ne s’exprime en philosophe lors de
l’évasion de Socrate. Un philosophe est une personne
qui se pose des questions existentielles, telles que : Qu’est-ce
qui est? Pourrait-on? Est-il bien de?, toujours en prenant
en compte les arguments des gens qui les entourent. Un exemple
de philosophe serait une personne qui cherche à connaître
les origines de la vie, en évaluant les diverses possibilités,
telles que : Dieu, la science et le hasard. L’évasion
de Socrate est un texte où Criton tente de convaincre
Socrate de s’évader. Socrate avait été
arrêté, en raison de sa culpabilité à
son procès, pour corruption de la jeunesse. Donc, par
« lors de l’évasion de Socrate, Criton
ne s’exprime pas en philosophe », j’entends
que, suite au procès de Socrate sur la corruption de
la jeunesse, Criton ne s’exprime pas en personne qui
se pose des questions existentielles et qui prend en ligne
de compte les arguments des autres avant de prendre position.
Vous comprendrez pourquoi en prenant connaissance des arguments
qui suivent.
Criton ne s’exprime pas en philosophe, car il ne cesse
de faire des appels aux sentiments lors de son argumentation
avec Socrate. Un appel aux sentiments est un argument, le
plus souvent utilisé en publicité, qui vient
vous chercher au cœur, qui vous fait sentir mal, voire
même coupable. Un exemple d’appel aux sentiments
serait la publicité pour la fondation chrétienne
des enfants. Dans cette publicité, on voit des enfants
pauvres, puis on vous dit : Appelez, s’il vous plaît.
On ne peut que se sentir mal à l’aise dans cette
situation. Le problème ici est qu’un appel aux
sentiments est un sophisme, et que les sophismes ne sont pas
des arguments valables en philosophie. C’est donc pourquoi
Criton ne s’exprime pas en philosophe. En raison des
paroles prononcées par Criton, étant un appel
aux sentiments, ce dernier ne s’exprime donc pas en
philosophe.
Je réaffirme que Criton ne s’exprime pas en
philosophe car, cette fois, il fait des appels à la
masse ou à la multitude. Un appel à la masse
est un argument qui fait référence à
un grand nombre de personnes, comme une société,
une race ou la population de tel ou tel pays. Un exemple de
ceci serait : deux milliards de personnes croient en Dieu,
ce doit donc être vrai, car il est impossible que deux
milliards de gens soient dans l’erreur. Pourtant, si
on n’est pas capable de prouver scientifiquement que
Dieu existe, c’est qu’il y a un doute en quelque
part. Encore une fois, l’argument de Criton n’est
pas recevable, car c’est un sophisme. Comme les sophismes
ne sont pas considérés comme étant des
arguments valables en philosophie, Criton ne s’exprime
donc pas en philosophe. En raison de ses appels à la
multitude, Criton ne s’exprime donc pas en philosophe.
En opposition aux deux arguments ci-dessus, Socrate se défend,
tout au long de son argumentation, en prenant les propos d’un
soldat qui le verrait, se sauvant de la prison. Dans ces propos,
il est dit que si Socrate ne s’est pas opposé
au gouvernement tout au long de sa vie, c’est parce
qu’il était forcément d’accord avec
les termes de celui-ci. Il a donc été jugé
par le gouvernement qu’il a admis durant toutes ces
années. Il doit donc respecter la décision du
gouvernement, donc du peuple. Ici, il faut associer le peuple
à la multitude. Et qui fait référence
au peuple fait référence à la multitude,
ce qui est donc un appel à la multitude. Puisque Socrate
fait des sophismes lui aussi, nous ne sommes plus vraiment
dans une discussion philosophique. Alors, pourquoi Criton
devrait-il se forcer pour présenter des arguments recevables,
lorsque son maître ne le fait pas non plus? Je constate
donc qu’il y a un doute dans la position.
En réponse à cette objection, la question
initiale était : Criton s’exprime-t-il en philosophe?
Justement, il est question de Criton, et non de Socrate. On
ne peut diminuer un personnage, si on tente d’expliquer
le comportement d’un autre… C’est pourquoi
je crois toujours que Criton ne s’exprime pas en philosophe
lors de l’évasion de Socrate.
En raison des appels aux sentiments, ainsi que des appels
à la multitude, je crois toujours que Criton ne s’exprime
pas en philosophe lors de la querelle sur l’évasion
de Socrate.
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COMMENTAIRES
L’élève tente de suivre la structure du
texte argumentatif apprise dans le cours.
1) L’introduction contient un sujet amené assez
pertinent, mais la problématique n’a pas de lien direct
avec la question retenue par l’élève.
2) Le deuxième paragraphe énonce clairement la
thèse de l’élève et celle-ci est une
réponse directe à la question qu’il avait posée
à la fin de son introduction. Il tente ensuite de définir
ce qu’est « s’exprimer en philosophe » et
il donne un exemple pour illustrer sa définition. Il explique
cependant peu la situation relative à l’évasion
de Socrate. Enfin, il reformule sa position en tenant compte de
ses définitions et termine son paragraphe par une phrase
de transition qui annonce son argumentation.
3) Les deux paragraphes d’argumentation énoncent
clairement, dans chaque cas, la raison qu’invoque l’élève
pour soutenir sa thèse, à savoir que Criton ne s’exprime
pas en philosophe lors de sa discussion sur l’évasion
de Socrate, parce qu’il utilise des sophismes. L’élève
tente également de définir chacun des sophismes qu’il
invoque (l’appel aux sentiments et l’appel à
la masse) et de les illustrer par un exemple qui montre qu’il
en comprend la signification et la portée, mais il ne montre
jamais que Criton s’est adonné à ce dont il
l’accuse. Enfin, chaque paragraphe d’argumentation se
termine par une conclusion qui fait le lien entre l’argument
et la position pour en montrer le bien-fondé.
4) L’élève fait ensuite une objection qui
n’est pas recevable, dans la mesure où elle relève
d’un sujet de travail différent. En effet, l’élève
conclut ici que « nous ne sommes plus vraiment dans une discussion
philosophique », puisque Socrate aurait lui aussi utilisé
un sophisme dans sa discussion avec Criton. L’accusation de
l’élève est d’ailleurs erronée
dans le contexte de la démocratie qu’il signale lui-même
dans l’introduction de son travail.
5) Dans la réponse à l’objection, l’élève
se rend compte que son objection n’était pas pertinente,
mais il la maintient quand même dans son travail.
6) Dans sa conclusion, l’élève rappelle
sa thèse et ses deux arguments, mais il ne revient pas sur
son objection et sa réfutation (sans doute parce qu’il
se rend parfaitement compte de leur impertinence).
TRAVAIL MOYEN :
Socrate est-il un philosophe
dans sa discussion
avec Criton sur son évasion ?
Depuis toujours, les philosophes se mettent dans des dilemmes,
comme Socrate le fit dans sa discussion avec Criton sur son
évasion. Certains disent qu’il est un grand philosophe
grec par son courage. En plus, des gens disent qu’il
est un vrai philosophe par son esprit critique. D’autre
part, des personnes disent qu’il n’est pas un
philosophe, car c’est un homme qui pense juste à
lui. De plus, des gens disent qu’il est un faux philosophe
parce qu’il fait ressentir le sentiment de culpabilité
par ses questions. Avec deux idées si contradictoires,
Socrate est-il un philosophe dans sa discussion avec Criton
sur son évasion?
À mon avis, Socrate est un philosophe dans sa discussion
avec Criton sur son évasion. Un philosophe est quelqu’un
qui est courageux, qui a l’esprit critique, qui cherche
la vérité dans le but d’être sage,
pour faire le moins d’erreurs possibles et qui est méthodique
pour dire ses idées. Par exemple, mon professeur de
mathématiques a une qualité du philosophe, car
il va étape par étape pour que ses élèves
comprennent ses explications. L’évasion, c’est
de fuir d’un endroit où on est retenu. Criton
voulait aider Socrate pour qu’il s’enfuie de prison
après avoir été condamné à
mort par des hommes devant le tribunal. Lorsque je dis que
Socrate est un philosophe dans sa discussion avec Criton sur
son évasion, je veux dire que Socrate a les qualités
d’un philosophe comme le courage, l’esprit critique
et qu’il cherche à faire le moins d’erreurs
possibles dans la discussion sur son évasion de prison.
Selon moi, Socrate est un philosophe parce qu’il a
l’esprit critique. Cela veut dire être capable
d’écouter d’autres opinions que la sienne
sur un sujet. Par exemple, le premier ministre du Canada a
l’esprit critique, car il doit écouter les opinions
des autres partis politiques pour arriver à une bonne
décision. Socrate veut fortement consulter son ami
Criton avant d’agir pour ne pas contrarier ses désirs.
Donc, il est justifié de dire que Socrate est un philosophe
par son esprit critique dans sa discussion avec Criton sur
son évasion de prison.
À mes yeux, Socrate est aussi un philosophe parce
qu’il est courageux. Quelqu’un de courageux est
quelqu’un qui n’a pas peur d’affronter le
danger et des obstacles difficiles. Un pompier est un homme
courageux, car il doit affronter le feu pour sauver des vies;
en faisant cela, il risque sa propre vie. Socrate est un homme
courageux, car il n’a pas eu peur d’affronter
les hommes qui désiraient sa mort devant le tribunal.
Donc ce fait montre qu’il est un philosophe par son
courage d’affronter le danger.
Certains disent que Socrate n’est pas un philosophe,
à preuve qu’il est un individualiste. Une personne
individualiste est une personne qui pense seulement à
elle-même et ne tient pas compte des autres personnes.
Par exemple, un élève qui écoute la musique
de son baladeur en classe; il fait cela pour son plaisir personnel,
mais il ne tient pas en compte si ça dérange
ses camarades de classe. Socrate fait la même chose
: il ne veut pas s’évader, car il veut garder
son honneur de philosophe, mais il ne pense pas au mal qu’il
fera à son ami Criton quand il sera tué. Les
gens penseront que Criton ne s’est pas soucié
de sauver Socrate de prison. En plus, Socrate laissera ses
enfants orphelins. Donc, sa qualité n’est pas
d’être philosophe, mais plutôt individualiste.
Bref, non seulement il y a des arguments qui montrent que
Socrate est philosophe, mais il y a des arguments qui montrent
qu’il n’est pas un philosophe dans sa discussion
avec Criton.
Certes, mais Socrate ne fait pas d’erreur en restant
en prison. Errer, c’est se tromper, c’est faire
un acte qui peut être regrettable. Par exemple, un homme
qui a refusé l’opportunité d’avoir
des études collégiales gratuites le regrette,
car il travaille maintenant au salaire minimum. Socrate laissa
à Criton la possibilité qu’il puisse lui
dire s’il faisait des erreurs dans les raisons pour
lesquelles il ne voulait pas s’évader. Criton
qui voulait tant l’évasion de Socrate n’a
pas pu lui dire qu’il faisait une erreur. Les seules
réponses de Criton étaient : « Je suis
d’accord avec toi, Socrate… Je comprends ton point
de vue, Socrate… Nous sommes forcément d’accord
avec toi Socrate ». Cela montre que Socrate ne fait
pas d’erreur en ne s’évadant pas. De plus,
il est courageux et il a l’esprit critique; on peut
conclure qu’il est un philosophe.
Malgré son individualisme qui remet en question qu’il
est courageux, qu’il a l’esprit critique et qu’il
ne fait pas d’erreur dans ses raisons pour ne pas s’évader,
nous affirmons que Socrate est un philosophe dans sa discussion
avec Criton.
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COMMENTAIRES
1) Dans son introduction, l’élève a un
sujet amené un peu rapide. Il tente de construire une problématique
qui aboutit directement à la question qu’il pose.
2) Sa thèse est clairement formulée au début
de son second paragraphe et répond directement à la
question posée à la fin de la problématique.
Il tente de définir le terme central de sa position (ce qu’est
un philosophe), mais il le fait en s’éparpillant et
en l’illustrant ensuite de façon inadéquate.
Il rappelle le contexte dans lequel se déroule la discussion
entre Socrate et Criton, puis il explicite sa position en tenant
compte de tous ces éléments. Il n’y a pas de
phrase de transition annonçant l’argumentation.
3) L’élève formule clairement ses deux
arguments dans deux paragraphes distincts, mais il ne retient pas
les caractéristiques les plus importantes contenues dans
sa définition du philosophe et il montre mal comment elles
s’appliquent à Socrate. Il tente cependant d’illustrer
l’énoncé formel de ses arguments (pouvoir d’écoute
et courage) par des exemples de la vie quotidienne pour montrer
qu’il en comprend le sens.
4) Son objection est mal ciblée par rapport à
sa définition du philosophe où il s’est éparpillé,
mais elle tient compte de plusieurs éléments qui se
trouvent dans le Criton de Platon. Ici aussi, il tente d’illustrer
son propos par un exemple tiré de la quotidienneté
pour montrer qu’il comprend ce dont il parle. À la
fin de son objection, l’élève indique clairement
son doute face à sa position de départ.
5) Pour réfuter son objection, l’élève
utilise une des techniques exposées dans le manuel que nous
avons utilisé, à savoir que les arguments en faveur
de la thèse sont plus forts que les objections qui s’y
opposent, de sorte que, au total, la probabilité de la proposition
est plus grande que sa négation. Cette procédure est
forcément discutable dans un travail aussi court, car elle
n’est validement applicable que lorsque la recherche a réellement
fait le tour du sujet et s’adonne ensuite à faire la
part de choses. L’élève expose bien les deux
côtés de la médaille dans les aspects qu’il
a retenus et les rappelle dans sa conclusion.
D I S S E R T A T I O N S É V A L U A T I V E S
Les dissertations qui suivent renvoient à un exercice plus
difficile à réaliser, car il s’agit maintenant,
selon une approche pragmatique, d’évaluer une réalité
(A) à partir de ses conséquences sur lesquelles est
ensuite appliqué un critère d’évaluation
(B). L’élève devait d’abord identifier,
par déduction, quelles conséquences découleraient
de l’évasion de Socrate (réalité A),
puis porter un jugement évaluatif sur ces conséquences
à partir d’un critère d’évaluation
préalablement posé et défini (critère
B). L’exercice est donc ici double, comparativement aux deux
dissertations qui précèdent.
TRAVAIL FAIBLE :
La décision de
Socrate vis-à-vis son refus de s’évader
est-elle un bon ou un mauvais choix ?
Plusieurs penseurs et philosophes ont influencé nos
coutumes, nos valeurs et nos habitudes de vie. Socrate est
un de ceux qui ont passé leur vie entière à
défendre leurs principes et leurs convictions jusqu’à
leur dernier souffle causé dans son cas par son refus
de s’évader. D’une part, on aurait pu se
soucier de la libération de Socrate en lui sauvant
la vie et ainsi en faire bénéficier sa famille,
surtout ses fils, sans les priver d’une éducation
adéquate et essentielle. Il est également important
de penser à la réputation de cet homme réfléchi,
juste et honnête qui peut améliorer évidemment
le sort de bien des gens. Or, il faut également examiner
l’envers de la médaille : serait-ce là
une opposition à ses convictions que d’approuver
son évasion? Est-il mieux de vivre en étant
pleinement libre de ses opinions ou de faire des concessions
en contradiction avec sa pensée et se trahir soi-même?
C’est pourquoi on est ainsi dire obligé de se
poser la question suivante : La décision de Socrate
vis-à-vis son refus de s’évader est-elle
un bon ou un mauvais choix?
À mon avis, la décision de Socrate vis-à-vis
son refus de s’évader est un bon choix. S’évader
signifie l’action de s’échapper, de s’enfuir
d’un lieu où l’on était enfermé.
Donnons comme exemple une personne qui est détenue
dans une prison pour un meurtre. Cette personne réussit
à s’enfuir en creusant un tunnel en dessous de
la clôture; alors, elle en vient à s’évader.
Lorsqu’on utilise le mot « bon », cela veut
dire qu’on a quelque chose de meilleur pour notre mieux-être,
que cela nous apporte une fonction de plus pour notre vie.
Si quelqu’un trouve dix dollars par terre, cela sera
bon, car cette personne pourra s’acheter quelque chose
pour son mieux-être. Lorsque j’affirme que c’est
un bon choix pour Socrate de ne pas s’évader,
je veux dire que s’évader n’apporterait
pas à Socrate de vivre de façon belle et juste.
Alors, cela veut dire que Socrate n’aurait pas un mieux-être
de sa personne. Ce ne sont pas les arguments qui manquent
pour justifier cette position.
La décision de Socrate de ne pas s’évader
est un bon choix parce que, s’il s’évade,
il reniera ses principes et ses convictions. Il a été
accusé, puis condamné à cause de ces
mêmes choses, et il a accepté le fait qu’il
devait mourir pour elles, donc s’il fuit, il trahit
sa propre personne, car les valeurs, les convictions et les
idéologies qui nous habitent font de nous ce que nous
sommes. Si Socrate s’évade et trahit ces choses,
il ne pourra jamais être pleinement heureux, et il le
sait, donc son mieux-être ne se verra pas amélioré.
S’il ne peut être heureux, à quoi bon s’évader?
Il est donc justifié d’affirmer que c’est
un bon choix pour Socrate de ne pas s’évader.
De plus, la décision de Socrate de ne pas s’évader
est un bon choix parce qu’il ne pourrait plus revenir
à Athènes. Il habite cette vile depuis qu’il
est jeune; ses amis y sont et il a combattu pour cette ville.
Socrate ne veut pas errer et trouver un autre endroit où
bâtir sa vie; de toute façon, il est trop vieux
pour cela. S’il doit quitter Athènes, cela le
rendra malheureux, donc le sentiment de mieux-être ne
sera pas présent. C’est pourquoi le choix de
Socrate de ne pas s’évader est bon.
Oui, mais certains objecteront que le meilleur côté
de la médaille est que Socrate trouvera le bonheur
dans ses valeurs familiales s’il s’échappe.
Cela s’explique tout simplement : après son évasion,
il pourra rejoindre sa famille dans un autre pays. Socrate
trouvera le bonheur après son évasion auprès
de sa famille, car il pourra donner une éducation appropriée
à ses fils qui aimeraient plutôt recevoir une
éducation et de la joie que d’avoir de la malchance
et se diriger vers l’état d’orphelins.
Si Socrate s’enfuit pour aller rejoindre sa famille,
il devra élever les personnes aimées ailleurs
que dans sa ville natale, dans la ville où presque
la totalité des personnes connues habitent. Ils devront
voyager de ville en ville. Socrate ne veut pas vivre comme
un évadé et faire vivre toute la gamme des émotions
à sa famille. Alors, cela n’apporterait pas le
mieux-être de Socrate, puisque le refus de l’évasion
de Socrate n’entraîne pas que les effets escomptés.
Il est donc difficile de conclure que celle-ci est bonne.
Certes, l’avantage de renier ses principes et convictions,
et de ne plus retourner dans sa ville représente un
bien meilleur choix que d’élever sa famille dans
un autre pays. Je m’explique. Socrate est un grand philosophe
et ce que vivre représente pour lui consiste à
mieux être dans sa personne, alors s’il renie
ses principes et ses convictions, et s’il ne peut plus
retourner dans la ville où il a bâti sa vie,
il n’apporte pas un mieux-être dans sa vie. Pour
ce qu’il en est de l’apprentissage pour ses fils,
ses amis ne vont certainement pas les laisser aller à
l’orphelinat; ils vont leur apprendre comme l’aurait
fait Socrate. Je peux donc réaffirmer que le choix
de Socrate de ne pas s’évader est bon.
En somme, j’ai fait le point de vue de chacun des
pour et des contre posés sur la question. Je conclus
que la décision de Socrate de ne pas s’évader
est un bon choix. Ce qu’on doit cependant comprendre,
c’est que, si Socrate meurt, il n’est ni heureux
ni malheureux. Nous ne savons pas ce qu’il y a après
la vie et d’une manière où d’une
autre, tout le monde doit mourir et Socrate n’échappe
pas à ce destin. Il est devenu une légende et
ses principes, ses convictions et ses valeurs vivront longtemps.
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COMMENTAIRES
1) La problématique est lourde, mais elle aboutit à
une question claire qui en découle logiquement.
2) La position répond directement et clairement à
la question posée, mais le sujet de l’évasion
de Socrate n’est pas posé dans son contexte; l’auteur
se limite à une définition formelle qu’il illustre.
La position est bien reformulée en tenant compte de la définition
du terme évaluatif.
3) Les deux arguments ne démontrent pas assez que Socrate
serait malheureux s’il reniait ses principes et convictions,
dans le premier cas, ou s’il quittait Athènes, dans
le second cas..
4) L’objection est contradictoire en posant, d’une
part, que Socrate trouverait le bonheur en éduquant ses enfants
après son évasion, mais l’auteur annule cette
piste en ajoutant, d’autre part, que Socrate et sa famille
seraient loin d’Athènes où se trouvent leurs
amis et qu’ils seraient peut-être obligés de
fuir de ville en ville.
5) L’inadéquation de la réfutation de l’objection
découle de la confusion contenue dans cette dernière.
Les arguments ont tenté d’établir qu’il
n’y avait pas d’avantages pour Socrate à renier
ses principes et convictions ou ne plus vivre à Athènes
: pourtant, l’auteur commence la réfutation de l’objection
en notant que « l’avantage de renier ses principes et
convictions, et de ne plus retourner dans sa ville représente
un bien meilleur choix que d’élever sa famille dans
un autre pays », quoique l’objection ait détaillé
les désavantages qu’il y aurait pour Socrate à
élever sa famille dans un autre pays! L’explication
que l’auteur donne ensuite de la réfutation de son
objection contredit son énoncé… L’élève
aurait dû commencer la réfutation de son objection
en formulant ainsi sa réponse : « Certes, l’avantage
d’élever sa famille est moindre que de renier ses principes
et convictions, et de ne plus retourner dans sa ville ».
6) La conclusion ne fait pas un retour sur la démarche
du travail (en résumant son travail, l’auteur aurait
peut-être pu se rendre compte qu’il se contredisait),
mais ouvre de nouvelles pistes argumentatives.
TRAVAIL MOYEN :
Socrate a-t-il bien fait
de ne pas s’évader ?
L’homme, depuis toujours, se pose des questions sur
plein de choses et d’événements de la
vie de tous les jours. Certains ne s’en posent pas gros,
et d’autres s’en posent énormément,
car ils ne veulent pas faire d’erreurs inutiles dans
la vie. Ces gens, on les appelle des philosophes. L’un
s’est démarqué plus que les autres et
il s’appelle Socrate, et il s’est tellement démarqué
qu’il a été condamné à mort
pour ses idées. Mais sa condamnation l’a forcé
à étudier sa situation. Il avait le choix de
s’évader ou de rester en prison pour mourir.
Beaucoup de monde a étudié cette situation.
Certains croient qu’il aurait dû s’évader
pour ses enfants et pour ses amis qui le supportaient. Il
y en a aussi qui disent qu’il aurait dû s’évader
pour continuer d’enseigner ses connaissances au monde.
D’autres croient qu’il aurait dû rester
en prison, car s’évader était contre sa
pensée et il n’aurait pas été heureux
après dans sa vie. Aussi, il y a du monde qui dit qu’il
aurait mis ses amis dans la misère, c’est-à-dire
qu’ils auraient dû s’échapper avec
lui. Ceci m’amène à me poser une question
: Ciel! Socrate a-t-il bien fait de ne pas s’évader?
D’après moi, Socrate a bien fait de ne pas
s’évader de prison. Quand je dis le mot «
bien », je veux dire que c’est un acte qui ne
va pas à l’encontre de la logique des choses.
Exemple : quelqu’un qui aide une autre personne, c’est
bien parce qu’elle suit sa pensée et rend l’autre
heureux et se rend elle-même heureuse. Quelqu’un
de bien veut toujours tout améliorer autour de soi.
Bon, quand je dis le mot « s’évader »,
je veux dire fuir quelque chose qu’on ne veut pas vivre.
Exemple : quand quelqu’un se sauve de la police, c’est
parce qu’il ne veut pas aller en prison ou payer l’amende;
il veut juste fuir ce qu’il va lui arriver. Pour défendre
mon opinion, j’ai quelques arguments et les voici.
Je trouve que Socrate a bien fait de ne pas s’évader
car, en s’évadant, il aurait créé
une injustice. À la cour, il a pris le risque de se
défendre à la place de s’exiler, quand
il savait très bien que s’il perdait, il serait
condamné à la peine de mort. Il a joué
le jeu et perdu. Socrate savait que s’il faisait une
injustice, il allait créer du tort à beaucoup
de monde. En s’évadant, il aurait montré
au monde que la justice n’était pas assez sévère.
Aussi, pour lui, créer une injustice était aller
contre sa logique et c’est prouvé que quelqu’un
qui fait un acte qui va contre les idées qu’il
a depuis qu’il est né peut ne plus être
capable de se regarder dans le miroir, c’est-à-dire
avoir honte de lui et être malheureux toute sa vie restante.
C’est pourquoi je dis que Socrate a bien fait de rester
en prison car, en restant, il a suivi sa pensée et
il est heureux comme cela. Pour finir cet argument, je dis
que Socrate avait très bien évalué sa
situation et il aimait mieux mourir que créer des problèmes
à ses amis et son peuple.
Un autre argument qui me force à penser qu’il
a bien fait, c’est que s’il s’était
échappé, il aurait dû s’exiler dans
une autre ville. Rendu à l’âge qu’il
avait, il aurait été dur de recommencer sa vie
à zéro. Aussi, s’il a été
condamné à mort dans sa ville natale pour ses
idées, pourquoi l’autre peuple aurait-il accepté
ses idées? Il se serait fait condamner à mort
dans cette autre ville. Le seul choix qu’il lui aurait
resté aurait été de ne plus enseigner
comme il l’avait toujours fait avant dans sa vie, mais
cela l’aurait rendu trop malheureux, car c’est
toute sa vie qu’il aurait reniée en faisant cela.
C’est pourquoi je pense que Socrate a bien fait de rester
en prison pour attendre sa peine de mort et mourir selon ses
volontés.
Par contre, beaucoup de monde dit que Socrate aurait dû
s’échapper pour ses enfants. Les enfants sont
des biens qui n’ont pas de prix. En s’échappant,
il aurait pu aller les chercher pour fuir loin d’Athènes.
Après, Socrate aurait pu continuer d’enseigner
la philosophie à ses enfants pour qu’ils essayent
de faire pareil comme leur père plus tard. Ceci aurait
sûrement remonté le moral de Socrate et il aurait
pu mourir en paix avec lui-même. Cela vient démontrer
qu’il aurait peut-être pu vivre heureux s’il
s’était échappé et, en plus, il
aurait rendu heureuses les personnes qui lui étaient
les plus chères. Ceci vient semer quelques doutes sur
ma position, car Socrate pouvait peut-être vivre heureux
comme cela.
À bien y penser, je reste convaincu que Socrate a
bien fait de ne pas s’évader. Socrate avait bien
pensé à son affaire : en s’évadant,
il aurait fait des problèmes à tous ses amis.
C’était mieux pour lui de sauver des dizaines
de gens que de sauver ses enfants. Il aimait mieux perdre
ses enfants que de risquer leur vie en s’échappant.
En restant emprisonné, il va mourir en n’ayant
rien à se reprocher, car il a toujours fait ce qui
lui paraissait le mieux pour lui. Ceci me convainc qu’il
a très bien fait de rester emprisonné.
Pour conclure, dans ce travail, j’ai voulu démontrer
que Socrate a fait le bon choix de rester emprisonné
pour mourir, d’après moi. Il a écouté
sa pensée jusqu’à la fin de ses jours
et, grâce à cela, je suis convaincu qu’il
est mort satisfait de sa décision. |
COMMENTAIRES
1) L’élève a un bon sujet amené
et une problématique qui justifie bien la question qu’il
pose à la fin de son introduction.
2) L’élève énonce clairement sa
thèse qui répond directement à la question
annoncée. Il précise son critère d’évaluation
en tentant de définir et d’illustrer le mot «
bien », mais il opère un glissement en introduisant
la notion de « quelqu’un de bien ». Par ailleurs,
il s’en tient à une définition formelle de l’évasion,
sans donner de détails sur le contexte dans lequel se déroule
la discussion entre Socrate et Criton. Enfin, il ne reformule pas
sa position en tenant compte de ses définitions, mais s’en
tient à la phrase de transition qui annonce l’argumentation.
3) Son premier argument identifie deux conséquences
qu’il ne démontre pas bien : l’une relative à
l’entourage de Socrate (il aurait fait du tort à autrui
en commettant une injustice), l’autre par rapport à
Socrate (il aurait agi contre ses principes). Il tente ensuite d’appliquer
son critère d’évaluation, mais il ne retient
directement qu’une dimension de la définition qu’il
avait posée (est bien ce qui rend heureux), et il ne le fait
que pour la conséquence liée à la personne
de Socrate (il n’aurait plus été capable de
se regarder dans un miroir en agissant contre ses convictions).
Il ne fait pas explicitement de liens entre : « quelqu’un
de bien » (deuxième aspect de sa définition
du bien), « tout améliorer autour de soi » et
« montrer que la justice n’était pas assez sévère
».
4) Son deuxième argument est complet en indiquant une
conséquence qui découlerait de l’évasion
de Socrate à laquelle est ensuite appliqué le critère
d’évaluation qui ramène cependant à nouveau
le bien au bonheur; l’autre aspect de sa définition
du bien (« tout améliorer autour de soi ») est
ignoré.
5) L’objection est également complète,
dans le cadre d’une définition réduite du bien.
6) La réfutation de l’objection ne démontre
pas adéquatement que les avantages l’emportent sur
les inconvénients dans les rapport enfants/amis. De même,
l’élève ne montre pas comment ses arguments
et sa réponse à l’objection l’emportent
sur l’objection.
7) La conclusion ne fait pas un retour sur l’ensemble
de la démarche accomplie dans le travail.
CONCLUSIONS
À mon avis, le projet d’adaptation du cours de philosophie
340-103 pour les élèves en génie électrique
se révèle, au total, très positif quant aux
taux de réussite et de rétention des élèves.
Pour l’instant, l’impact précis des groupes homogènes
sur ces résultats est difficile à préciser,
car il semble y avoir une fluctuation naturelle dans les taux de
performance des élèves; de plus, si on étend
à l’ensemble de l’expérience les constats
sur le cours 340-102 de l’hiver 2001, l’écart
constaté au 340-103 à l’automne 2000 entre les
résultats du groupe contrôle et ceux du groupe expérimental
serait, pour une certaine part, lié aux enseignants qu’avaient
alors les élèves. Dans la mesure où ces variables
n’ont pas été contrôlées, il faudra
attendre d’avoir des données à plus long terme
pour conclure plus sûrement.
Au plan pratique, il reste à élaborer de meilleures
stratégies pour gérer efficacement des groupes homogènes
où les problèmes de discipline sont plus fréquents,
et face auxquels l’enseignement de la philosophie dans les
classes traditionnelles nous a mal préparés. Il me
semble en effet important de maintenir la formation de groupes homogènes,
tout au moins pour les élèves en génie électrique
qui suivent un tronc commun durant la première année
de leurs études : ils comparent leurs enseignants, s’aident
pour leurs travaux et la préparation des examens, etc., de
sorte que je pense qu’il est avantageux qu’ils aient
tous le même enseignant. Par ailleurs, il me semble qu’on
y gagnerait en s’engageant résolument dans l’approche
programme qui, rappelons-le encore une fois, est le volet complémentaire
de l’approche par compétences instituée par
la réforme.
La présente expérimentation (comme en techniques
administratives) s’est faite sur une base volontaire de la
part de l’enseignant. En l’étendant à
d’autres programmes techniques, comme on a commencé
à le faire cette année, on risque de déborder
le principe du volontariat et de rendre les enseignants du département
récalcitrants, notamment à cause de problèmes
inusités de discipline et de la faiblesse de départ
de certains de ces groupes d’élèves, selon le
test TEXDAR. Le projet actuel « La philo comme il le faut
» dirigé par Jean-Guy Lacroix rassemble les enseignants
qui oeuvrent présentement dans les groupes homogènes
ou semi-homogènes des programmes ciblés. Ce regroupement
leur permet d’échanger et de mettre en commun leur
expertise dont ils pourront ensuite faire bénéficier
le département par le biais, éventuellement, de journées
de formation. Selon les programmes, la constitution de groupes semi-homogènes
ou de classes par famille de programmes (comme on le fait déjà
pour le troisième cours de philosophie) se révélera
peut-être aussi efficace. L’analyse des expériences
menées cette année avec des groupe semi-homogènes
dans d’autres programmes devrait nous fournir des renseignements
intéressants sur les taux d’échecs, etc.
****
A N N E X E A
Grille d’évaluation de l’examen final à
partir du cadre établi par le département de philosophie.
| GRILLE D’ÉVALUATION DE L’EXAMEN
FINAL FORME DU DISCOURS (6 points, soit 20% de l’évaluation;
un point par item) :
1. Présence du sujet :
2. Présence de la problématique :
3. Présence de la thèse et de la définition
des termes :
4. Présence de deux arguments :
5. Présence d’une objection et d’une réfutation
:
6. Présence d’une conclusion :
FOND DE L’ÉPREUVE (14 points, soit 80% de l’évaluation)
:
A) COHÉRENCE (9 points, soit 30% de l’évaluation)
:
1. Lien entre le sujet et la problématique (1 point)
:
2. Lien entre la problématique et la thèse
(1 point) :
3. Lien entre la thèse et les deux arguments [pertinence]
(3 points) :
4. Lien entre la thèse, l’objection et la réfutation
(3 points) :
5. Lien de la conclusion avec l’ensemble du texte (1
point) :
B) CONTENU (15 points, soit 50% de l’évaluation)
:
1. Qualité de la problématique (3 points) :
2. Clarté de la thèse et définition
adéquate des concepts (4 points) :
3. Valeur des deux arguments [suffisance] (4 points) :
4. Valeur de l’objection et de la réfutation
(4 points) :
TOTAL DES POINTS SUR 30 :
Nombre de mots sur les 800 demandés : Note au prorata
:
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A N N E X E B
Extraits du manuel de Nicole Toussaint et Gaston Ducasse, Apprendre
à argumenter.
| . Rédiger une problématique à
partir d’un texte (pp. E-26 à E-29).
2. Rédiger une position assertive catégorique
(p. E-57).
3. Rédiger l’argument d’une position assertive
hypothétique (p. E-92).
|
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