Projet Sénégal en Santé

Bons baisers du Sénégal

Bilans des stagiaires d'hiver 2013

Les femmes et les enfants au Sénégal

Avant notre départ pour le Sénégal, nous nous sommes intéressés à la place des femmes et celles des enfants dans ce pays. Arrivés sur place, nous avons constaté certains faits qui concordaient avec ce que nous avions lu.

Tout d'abord, à Thiès, nous avons été témoin d'une grande présence féminine au marché central dans le lot des commerçants. Nous avons également eu l'honneur de rencontrer une psychiatre et une déléguée du Ministère de la santé. Cette dernière était venue en visite afin de faire prévaloir des mesures de sécurité concernant des maladies endémiques telles que la rubéole, la rougeole, le tétanos, etc. Elle donnait alors une formation à l’équipe sur les préventions et les interventions à faire lorsqu’un patient se présentait avec l’une de ces maladies. Toujours à Thiès, il était aussi très commun d'apercevoir des femmes circulant seule dans la rue. Ces faits validaient le statut de la femme émancipée qui gagne sa place dans la société sénégalaise. Toutefois, nous avons constaté que l'émancipation de la femme avait ses limites, car elle est économiquement dépendante de son mari. Par exemple, lors de consultation en dispensaire, nous avons vu la difficulté qu'imposait la polygamie chez les femmes. En effet, nous avons été témoin de situation où le mari ne pouvait payer pour les soins de santé de son épouse puisqu'il venait de dépenser une somme d'argent importante pour les problèmes de santé d'une autre de ses femmes. En bref, la polygamie contraint l’accessibilité des femmes aux soins de santé.

Ensuite, nous avons été charmé par les enfants. Ils couraient dans les rues avec une joie de vivre contagieuse à la sortie de l'école élémentaire. Ils étaient très nombreux et il était impossible de les dénombrer ou de distinguer s'il y avait plus de garçons ou de filles. Dans l'arrondissement de Thiès où nous résidions, il y avait plusieurs établissements scolaires visibles par la diversité des uniformes que les enfants portaient. De plus, nous avions lu que plusieurs enfants étaient confiés à des marabouts faute du manque de ressource des familles. Le marabout devenait mentor de l’enfant et s’occupait de son éducation selon les lectures du Coran. Suivant cette éducation, l’enfant devait mendier dans la rue afin d’acquérir certaines valeurs. Il était aussi mentionné que malheureusement certains marabouts ne sont pas d’aussi bonne foi et profitent de l’ignorance des familles. En effet, certains récoltaient tous les profits venant des dons offerts à l’enfant pour son propre bénéfice, ne laissant rien à l’enfant. Malgré notre connaissance de ces faits, nous avons étés ébranlés de voir un grand nombre d'enfants mendier dans la rue. Ils étaient en plus forte concentration dans les quartiers plus achalandés. Nous ne pouvions par contre, pas savoir s'ils étaient affiliés à un marabout qui récoltait tout l'argent amassé.

Pour conclure, nous avons pu voir les femmes surmonter de multiples difficultés pour se faire une place dans la société ainsi que l’esprit vaillant et enjoué des enfants.

Sandra et Jean-Michel
Finissants en Soins infirmiers

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La religion au Sénégal

Dans un petit village du Sénégal, vivant avec les soeurs catholiques et côtoyant au quotidien les musulmans, nous avons découvert ce beau pays. Ils se côtoient pratiquement dans toutes les sphères de leur vie autant au marché, dans la rue qu’à l’école. La population du Sénégal est à 90% musulmane. Les autres 10% sont chrétiens, animistes ou autres. Nous avons eu plusieurs occasions d’échanger avec des sénégalais de différentes religions. Ce partage nous porte à croire que toutes ces religions cohabitent bien. Par exemple, au village de Keur Moussa, des sœurs tiennent un centre de santé afin d’offrir des soins à toute la population. Les employés, ainsi que la clientèle sont de religions partagées. Nous n’avons pas constaté de tension entre eux, mais plutôt un partage, un respect et une compréhension de l’autre. Keur Moussa est divisé en deux quartiers musulman et catholique, mais plusieurs catholiques habitent du côté musulman et vice versa.

La religion quelle qu’elle soit, semble teinter la personnalité de chacun, elle parait prendre une grande place au niveau des décisions personnelles et familiales. Nous avons pu observer au centre de santé que certains sujets sont tabous. Par exemple une jeune fille de 18 ans, toujours célibataire, refusait d’admettre avoir eu des relations sexuelles, mais était enceinte de plus de 8 mois. En effet, les tabous rendent certains sujets plus difficiles à aborder auprès des patients. Malheureusement, cette situation empêche parfois de dispenser les soins de santé de façon adéquate.

Lors de nombreuses discussions avec des sénégalais, toutes religions et toutes classes confondues, le sujet de la polygamie semble être celui qui soulève le plus de débat. Au Sénégal, certains hommes musulmans peuvent avoir jusqu’à quatre épouses. Tous ne sont pas en accord avec cette pratique, car les impacts sont lourds autant pour l’époux, les épouses et les enfants. Nous n’avons pas senti de jugement de la part des Sénégalais envers leurs pairs, lors de ces discussions, mais plutôt de l’empathie envers les personnes vivant des difficultés en lien avec la polygamie.

Bref, nous nous sommes retrouvées au milieu d’un pays où la religion prend plus de place que nous ne pouvions l’imaginer. Finalement, nous avons été touchées par ce respect mutuel des croyances de chacun.

Vicki Lévesque et Andréanne Dufour
Finissantes en Soins infirmiers

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Baback : entre tranquilité et isolement

À notre arrivée à Baback, un village sérère de la région de Thiès, nous avons tout de suite été charmées par l’endroit. Une dame, Sophie, est venue à notre rencontre afin de nous faire visiter son village qui respirait la tranquillité.

En observant les lieux, nous avons repensé à la recherche que nous avions faite avant notre départ sur le rapport entre santé et économie au Sénégal. Dans cette recherche, nous avons constaté que les gens vivant en ville étaient généralement plus riches que ceux vivant en milieu rural. De plus, selon plusieurs études, ces derniers sont plus affectés par des maladies reliées à un manque de ressources. Le taux moins élevé de moustiquaires aux fenêtres, un moins bon accès à l’eau potable, moins de lieux destinés au lavage des mains par demeure, un taux plus élevé de surfaces de plancher en terre dans les maisons, autant d’éléments qui augmentent le risque de maladies telles que le paludisme, la parasitose, le choléra, la diarrhée infectieuse et la dermatose.

En effet, c’est ce que nous avons pu constater durant notre stage. Nos journées – et même nuits – passés au dispensaire de Baback nous ont permis de voir l’impact du statut socio-économique et l’influence du milieu rural sur l’état de santé des villageois. Le manque d’accès aux moyens de transports implique que certaines personnes doivent marcher plusieurs kilomètres sous le soleil brûlant d’Afrique pour se faire soigner. Les gens sont donc généralement moins aptes à se rendre au centre de santé. Cela provoque parfois une aggravation des signes et symptômes, et rend le traitement infirmier plus difficile. Aussi, certains décident de se tourner vers les guérisseurs du village au lieu des dispensaires, car en plus d’être à proximité, ils sont moins coûteux et sont partie prenante de la culture sénégalaise.

Nous avons également appris que l’eau des puits et des robinets n’est pas traitée, ni filtrée au village, car trop dispendieux. Cela a pour conséquence d’augmenter le nombre de patients atteints de parasites intestinaux ou bien de diarrhées infectieuses car la plupart des villageois ne filtrent pas l’eau après l’avoir puisée.

Finalement, un élément crucial portant atteinte à la santé des Sénégalais les plus démunis est le manque d’accès aux médicaments. Plusieurs d’entre eux ayant reçu le diagnostic d’une maladie chronique débutent le traitement offert par le dispensaire mais n’ont pas les moyens de le poursuivre. C’est pourquoi certains reviennent avec aggravation de la maladie due au fait qu’ils ne se sont pas procuré les médicaments nécessaires.

Pour conclure, le manque de moyens financiers de l’État et de la population a un impact majeur sur la santé du peuple sénégalais. Le stage nous a rappelé la chance que nous avons au Québec d’avoir l’assurance santé, qui couvre toute la population sans discrimination financière.

Noémie et Audrey
Finissantes en Soins infirmiers

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La «Teranga»

La «Teranga» définit parfaitement ce que le Sénégal représente, soit une terre accueillante et hospitalière. Dès le premier jour et tout au long de notre séjour, nous avons pu constater la façon d’être des Sénégalais dans leur accueil et surtout par rapport à notre intégration dans les postes de santé. Nous avons été reçues comme stagiaires, mais avec un respect immense, en particulier face à leur perception de l’importance de notre stage et de notre formation.

Étudiantes jouant avec un enfant Cependant, malgré leur bonne humeur et leur sourire caractéristique, la réalité de la pauvreté reste un enjeu de taille pour toute la société. En travaillant au dispensaire de Sainte-Anne à Thiès, nous avons remarqué que le pourcentage de patients comprenant et parlant le français était très bas. Seuls ceux qui ont eu accès longtemps à l’éducation pouvaient discuter parfaitement en français. Le lien entre le temps d’étude et la situation financière y est directement relié. Un phénomène très présent au Sénégal est la réalité des talibés. Ces enfants, qui sont sensés recevoir une éducation à partir du Coran, passent leur journée à errer et à quêter de l’argent pour leur marabout. Il s’agit de familles musulmanes plus démunies et qui n’ont malheureusement pas les moyens d’envoyer leurs enfants dans les écoles de quartier.

De façon plus générale, de 15% à 20% de la population parle français et ce, malgré son statut officiel au niveau de l’État. De surcroît, le taux de chômage est très élevé et atteint les 49% en 2010. Pour faire une petite comparaison avec le gouvernement québécois, qui est le principal employeur au Québec, l’État sénégalais n’embauche que très peu de diplômés, même si le nombre annuel de finissants universitaires atteints plus de 100 000 diplômés. Par exemple, la réalité nous a montré qu’au dispensaire où nous étions affectées, il n’y avait qu’une seule infirmière qui bénéficiait d’un salaire, tandis que les deux autres infirmiers qui étaient présents pratiquaient la profession en étant stagiaires.

Aussi, une infirmière nous a fait remarquer que la structure de l’éducation au Sénégal était davantage gérée par les communautés catholiques. Ainsi, nous en sommes venues à se poser la question suivante : «Les catholiques ont-ils une formation académique plus longue et plus solide que celle des musulmans, ce qui signifierait que les catholiques présenteraient un niveau de santé plus élevé grâce à cette éducation reçue?»

La réponse que nous avons reçue fut par l’affirmatif, mais il faut prendre en considération que cette réponse nous venait d’une sœur catholique et que nous n’avons pas eu la chance d’en discuter plus longtemps avec d’autres Sénégalais pour valider.

Bref, ce stage fut très formateur au niveau de notre profession et ô combien enrichissant sur le plan personnel.

Bebenyone!

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