Projet Sénégal en Santé

10 ans déjà !
Et tant de projets à poursuivre...

Michel Boisvert, collaborateur

Le premier stage de Soins infirmiers, réalisé au Sénégal par une enseignante du cégep du Vieux Montréal, s'est déroulé en avril 2001. C'est donc, depuis 10 ans, près d'une centaine de finissantes et de finissants qui sont partis vers le continent africain afin de vivre une expérience unique : le travail humanitaire dans un milieu très différent du nôtre, mais aussi l'aide apporté à une population vivant dans un contexte socio-économique difficile.

Il aura fallu, au départ, toute la passion de son métier, toute sa débrouillardise et sa persévérance, pour que Mme Mildred Dorismond parvienne à mettre en place tout le dispositif pédagogique et logistique qui a permis par la suite d'obtenir des collaborations au Sénégal, dans son département et dans le collège, puis de faire en sorte que ce projet se perpétue et en engendre d'autres, qui finissent par avoir des conséquences positives sur la santé des populations visitées, notamment en ce qui concerne la santé maternelle et infantile. En résumé, voici comment ce projet s'est développé au fil des années.

D'entrée de jeu, il fallait bien sûr assurer la pleine réalisation des objectifs cliniques du stage terminal en Soins infirmiers. Pas question que le stage ne soit pas reconnaissable ici, parce qu'il aurait été réalisé ailleurs, dans des conditions différentes de celles où s'exerce la profession au Québec. Ces objectifs devaient donc non seulement être maintenus, mais leur atteinte devait passer par l'addition d'autres finalités, par exemple des ajustements à une situation interculturelle évidente. C'est ainsi que les objectifs à atteindre par les étudiantes et les étudiants sont devenus les suivants.

Objectifs généraux

  • Composer avec les réalités sociales et culturelles de la population sénégalaise face à la santé.
  • Approfondir ses connaissances sur la situation géographique et sociale du Sénégal.
  • Se familiariser avec les principales maladies endémiques au Sénégal.
  • S’engager avec confiance et développer des habiletés dans des situations complexes au sein d’une autre culture.
  • S’engager à exercer la profession d’infirmier et d’infirmière avec compétence, et ce, en respectant les droits d’autrui et les différences culturelles.
  • S’engager dans les activités d’équipe et les séminaires (processus d’actualisation) afin d’approfondir ses connaissances et ses acquis.
  • Permettre l’expression des sentiments négatifs et positifs, dans un processus de résolution de problèmes.

Objectifs cliniques

  • Appliquer la démarche de soins auprès d’une clientèle diversifiée recevant des soins dans un dispensaire.
  • Intervenir en suscitant des sentiments de croyance-espoir auprès des patients.
  • Maîtriser des habiletés diagnostiques, thérapeutiques et éthiques associées à l’exécution des soins.
  • Établir et maintenir des relations de confiance autant auprès de la personne, la famille et les personnes significatives en utilisant un langage adapté.
  • Établir des relations de collaboration avec les intervenants.
  • Enseigner à la personne, à la famille et aux proches en utilisant un langage approprié.
  • S’impliquer activement dans les activités des soins infirmiers se déroulant dans la communauté.
  • Améliorer l’auto-soin selon le contexte social et culturel du Sénégal.

Tout un programme! Et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'engagement semble ne pas avoir rebuté nos jeunes, ni même leurs enseignantes, puisque jusqu'à ce jour, ce sont plus de 100 étudiants (93 étudiantes,12 étudiants) qui ont pris part à ce chantier d'amélioration de la santé communautaire dans quatre localités : Thiès [dispensaire situé à Lalane et un autre à Diassap_soins ambulatoires et des soins à domicile], Mont-Rolland [ce milieu de stage est le plus loin de Thiès ; c’est un milieu de brousse ; problématiques de santé semblables à Thiès avec en plus la maternité], Keur-Moussa et Koudiadiene [maladies infectieuses et paludisme, malnutrition et infections]. Depuis peu, les dispensaires de Babak Sérère et de Fandène se sont ajoutés à cette liste.

Et ce sont 17 enseignantes et accompagnatrices qui ont permis que le stage soit de plus en plus développé, que le matériel pédagogique préparant les jeunes à la situation à vivre autant qu'à l'aspect académique soit mis au point, rodé et appliqué avec succès et que la tenue des stages successifs permette aux autorités locales de s'intéresser aux méthodes d'enseignement d'ici.

Car c'est bien là que réside l'un des avantages de retourner dans les mêmes lieux, auprès des mêmes populations, en collaboration suivie avec un même groupe d'intervenants sénégalais : il y a forcément des effets cumulatifs. Et parmi ces effets cumulés, il est à noter la naissance d'autres projets dont les impacts, à leur tour, pourront être tentaculaires et, espérons-le, durables.

L'un de ces projets concerne justement les méthodes d'enseignement en Soins infirmiers. Certains se rappeleront que l'équipe de Soins infirmiers du cégep du Vieux Montréal avait reçu une mention dans le cadre des Prix du Ministre 2004-2005, pour le rapport de recherche intitulé L’apprentissage par problèmes en soins infirmiers : adaptation clinique et évaluation des effets.

Cette approche, comme son nom l'indique, aborde les apprentissages par situation rencontrée, donc, à partir de portraits cliniques devant lesquels on doit intervenir. Pour être plus précis, citons une page du site du CVM sur le programme de Soins infirmiers. «Le cégep du Vieux Montréal est le seul à offrir une méthode pédagogique innovatrice (APP) qui utilise le contexte de problèmes de santé relevant des soins infirmiers pour développer vos habiletés à résoudre des problèmes et asseoir solidement les connaissances scientifiques, théoriques et cliniques nécessaires à l’exercice de la profession. L’étude des problèmes se fait en groupe de 10 à 14 étudiants sous la supervision d’un tuteur, ce qui vous permet de développer des habiletés relationnelles. De plus, cette méthode est utilisée dans les cours de soins infirmiers et plusieurs autres cours du programme, soit en biologie, en psychologie et en sociologie.»

On peut comprendre que cette façon d'envisager les soins change non seulement la pédagogie, mais peut aussi permettre un rayonnement de certains apprentissages au-delà d'une clientèle dite professionnelle. C'est ainsi qu'on peut imaginer que la formation en Soins infirmiers au Sénégal adopte la méthode d'enseignement pour ses infirmières et infirmiers, et que les équipes circulant ensuite dans les villages plus éloignés pourraient enseigner certains soins aux mères et pères de famille, en prenant la même approche.

Et c'est là le sens d'un projet-pilote de la Formation aux entreprises du Vieux, qui en sera bientôt à l'évaluation. Encore ici, citons le collège. «Le projet Intervention en santé communautaire à Thiès au Sénégal fait suite à une entente entre le Collège et l’Association des collèges communautaires du Canada (ACCC) dans le cadre du Programme de partenariat des collèges canadiens. Il vise à améliorer l’accès aux soins et la santé des gens de la région de Thiès, la deuxième ville du Sénégal. Pour ce faire, le cégep du Vieux Montréal appuie le développement des formateurs de l’École des infirmiers et infirmières Monseigneur Xavier Dione en leur prodiguant une formation sur mesure axée sur les approches par problème et par compétence dans un contexte de santé communautaire. En vue de permettre aux intervenants de la santé de se perfectionner en cours de carrière, on y a inclus la mise sur pied d’un centre de formation continue. Le projet a débuté à l’automne 2006 et se terminera au printemps 2010. À moyen terme, ce projet de renforcement institutionnel permettra d’améliorer la qualité de la formation des formateurs et des agents communautaires, qui pourront mieux répondre aux besoins des gens de Thiès. Ce projet de coopération est réalisé avec la collaboration des départements de Soins infirmiers, de Travail social et de Photographie du cégep du Vieux Montréal.»

Et un projet de caravane santé a commencé cette année avec la participation de médecins et d'infirmières qui sont allés avec les élèves du projet donner des soins dans un village éloigné. D'autres villages seront intégrés dans les départs à venir de la caravane.

La liste serait longue, tout comme la liste des personnes agissant ici au Québec après avoir intégré ce volet particulier à leur formation ou leur enseignement en Soins infirmiers au Cégep du Vieux Montréal. Gageons que tout ce beau monde en a retenu quelques leçons relativement à l'Approche par problème, certes, mais pourrait-on dire aussi à l'«Approche par solution communautaire» apprise au contact de la situation sénégalaise.

Dans tous les cas, ce projet comme bien d'autres constitue une véritable contribution internationale, dans tous les sens de l'expression, et dans toutes les localités qui profitent ici et là-bas, des compétences acquises pendant les stages SÉNÉGAL EN SANTÉ.

10 ans déjà! 10 ans déjà!