Le numérique au service de la construction en Côte d’Ivoire
Un webinaire d’envergure a réuni des expertes et experts ivoiriens et québécois
Le 21 janvier 2026, un webinaire d’envergure a réuni des expertes et experts ivoiriens et québécois pour explorer le rôle croissant du numérique dans la construction en Afrique francophone. Organisé par le groupe BIM Africa, en collaboration avec le cégep du Vieux Montréal (CVM), l’événement a mis en lumière la position stratégique de la Côte d’Ivoire, aujourd’hui moteur de l’innovation territoriale dans la région. À travers le partage d’expériences concrètes et des perspectives d’emplois, les intervenantes et intervenants ont souligné que la transformation numérique n’est plus un choix, mais bien un levier essentiel pour bâtir durablement.
Le Plateau et le VITIB parmi les projets emblématiques d’un mouvement initié en Côte d’Ivoire
Fernand Balé, du Bureau National d’Études Techniques et de Développement, a présenté le jumeau numérique du Plateau, centre névralgique d’Abidjan. Ce modèle 3D, fruit d’une collaboration entre la municipalité, Dassault Systèmes, l’INPHB et des équipes de captation par drones, permet d’aborder des enjeux complexes tels que la mobilité, la gestion des réseaux ou la mixité urbaine. Dans la même logique, Olivier Kambri, d’Artemis/Groupe Kaydan, a évoqué le VITIB, vaste parc technologique de Grand-Bassam de 600 hectares dédiés à l’innovation. Il témoigne d’une volonté de structurer un écosystème numérique performant. Ces initiatives démontrent que la Côte d’Ivoire vit un moment favorable pour accélérer sa transformation. Olivier Cenille, du CVM, a rappelé le rôle clé des collectivités en citant l’exemple inspirant de Badevel, petite commune française devenue démonstrateur intelligent grâce à l’IA, aux capteurs connectés et à un jumeau numérique permettant d’optimiser énergie et infrastructures.
Plus qu’un logiciel, le BIM est une révolution des processus
Fernand Balé a mis en garde contre les achats technologiques sans stratégie, rappelant que le véritable enjeu réside dans l’interconnexion des personnes et des processus. Olivier Kambri a renforcé cette idée en soulignant que la technologie arrive en fin de chaîne : sans gestion du changement, les outils restent inefficaces. Simon Brodeur, expert BIM au Québec, a introduit la notion de frugalité numérique plaidant pour des jeux de données légers, adaptés aux usages réels, pour éviter la création de modèles trop lourds à maintenir.
Le développement des compétences et la formation pour répondre au défi de la jeunesse et à la souveraineté productive
La montée en compétences est apparue comme un enjeu majeur. Éric April, du CVM, a rappelé l’importance de la coopération internationale, citant le projet 1000 femmes au Sénégal. Pour Fernand Balé, le numérique peut aussi attirer la jeunesse vers les métiers de la construction en modernisant l’image du secteur. Il a également souligné l’importance de la souveraineté technologique francophone. Produire une littérature technique locale et des formations adaptées est essentiel pour maîtriser son propre rythme d’innovation.
Sécuriser le foncier et anticiper les risques climatiques
Les intervenantes et intervenants ont abordé des enjeux concrets comme les litiges fonciers, où les SIG offrent une solution pour clarifier les droits de propriété. Face aux risques climatiques, BIM et SIG permettent de modéliser les scénarios, d’anticiper les inondations et de mieux communiquer avec les citoyennes et citoyens.
Cas concret de rentabilité et impact opérationnel
Pour illustrer la valeur du numérique, Olivier Kambri a évoqué un projet hospitalier au Québec, où le BIM a permis d’éviter des erreurs coûteuses grâce à la détection d’interférences en amont. Le BIM assure aussi une documentation fiable pour la maintenance sur plusieurs décennies.
Vers une feuille de route pour l’avenir
Fernand Balé a résumé trois arguments clés en faveur du BIM en Côte d’Ivoire :
- L’efficacité opérationnelle : éviter les erreurs de conception et de gestion coûteuses.
- La création de richesse : stimuler l’éclosion d’un écosystème d’entreprises locales compétitives à l’échelle internationale en offrant des perspectives pour l’emploi des jeunes et le développement de leurs compétences technologiques.
- La pensée géographique : utiliser le 3D comme langage universel pour favoriser l’engagement de la société civile et des décideurs dans l’interaction réciproque avec le vivant et l’environnement.
L’adhésion de la Côte d’Ivoire à la Déclaration de Chaillot en 2024 marque un engagement fort vers des constructions durables et décarbonées. Comme l’a souligné Gérard Kambiré, Managing Partner de Kyame et co-fondateur de BIM Africa, l’objectif est désormais de rassembler autour d’une transition inclusive où « personne n’est laissé pour compte ».
Le prochain rendez-vous est fixé au 19 mars, avec une session dédiée aux enjeux financiers et au retour sur investissement (ROI) de la transformation numérique, des sujets cruciaux pour convaincre les gestionnaires et les institutions. La transition numérique en Afrique francophone est en marche, portée par une vision collaborative et une volonté de bâtir intelligemment pour les générations futures.