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COLLECTION VESTIBULLES
No
26
PRÉAMBULE
Lagent X-30 sécroula lourdement sur le misérable
lit du Bahamas Hôtel situé à quelques kilomètres
du centre-ville de Nassau. Sa mission, dans cette région tropicale,
était tenue
secrète par tous les services de renseignements occidentaux
et visait lélimination dune dangereuse taupe infiltrée
dans le réseau.X-30, étendu sur son lit, avait en main
un illustré, un drôle de magazine que sa fidèle
gouvernante avait glissé dans ses bagages entre un Readers
Digest et un journal à potins. Devinez le nom de cet illustré ?
Toujours est-il que lil perçant de lespion
lavait décortiqué du début à la
fin. (Rien néchappe à un il capable de désamorcer
les mécanismes complexes dun détonateur nucléaire.)
X-30 ignorait tout, par contre, de ceux et celles qui avaient élaboré
cette étrange revue. Il ignorait leur passion du dessin et
de la narration, leur bonne humeur à chacune de leur rencontre,
leurs échanges, leur progression dans leur art, leur monde
intérieur peuplé de créatures fantasques, leurs
victoires sur le néant. X-30 ignorait cela. Il navait
jamais connu les joies de la création, les savoureuses et fraternelles
empoignades verbales entre artistes, lantagonisme de toujours
entre la tache et la ligne, et linterminable controverse entourant
la redondance narrative dans la bande dessinée classique. Mais
la lecture de cette modeste revue brochée venait de lui ouvrir
les portes dun monde dont il navait jamais subodoré
lexistence. Un théâtre de papier où des
comédiens dencre sagitent dans les histoires les
plus diverses. X-30 sétait même demandé
si cette voie navait pas finalement plus dintérêt
que celle quil avait prise en 1942 lors de son entrée
dans les services de renseignements alliés. De toute façon,
il était désormais trop tard. Le maniement du pinceau,
du crayon et de la plume exigeait sans doute un entraînement
aussi spartiate et rigoureux que celui auquel sont soumis les gars
de la T.C.A. (Troupe de Choc Aéroportée) où il
avait appris les rudiments de son métier despion vers
1951. Il était décidément trop tard.
La taupe rengaina son Beretta avec le geste lent et visqueux dun
gros poisson. Sur le lit, gisait le corps recroquevillé de
lagent X-30. Entre ses doigts crispés se trouvait toujours
lillustré. Sur son visage étrangement serein,
une expression énigmatique se lisait, une expression qui intrigua
la taupe.
Cest maintenant à votre tour de contempler lultime
vision queut X-30 dans cet hôtel oublié des Antilles.
Sauf que, pour vous, il nest pas trop tard. Bonne
lecture !
Grégoire Bouchard
(Merci à Ian Fleming et à Bonhomme.)
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