COLLECTION L'OEIL OBLIQUE

Après Freud, la liberté humaine est-elle
encore possible ?

No 1
Nicolas Bertrand


PRÉAMBULE

La liberté est un mot qui chante plus qu'il ne parle, disait Valéry, lui reprochant par là son imprécision et sa forte charge affective. Autre façon de dire que la liberté est avant tout un désir, non une réalité, une valeur, non un fait. Liberté sociopolitique, liberté individuelle, il s'agit toujours du désir d'être maître chez-soi, d'être son principe et sa fin. L'obstacle, c'est l'autre, l'autre homme et l'autre en tout homme. C'est ainsi que les combats pour la liberté passent par un effort d'élimination de cet autre. En politique, cet effort s'incarne dans le principe d'égalité. La démocratie se veut la réalisation de l'égalité de droit, le socialisme rêve d'une égalité de fait. Notre siècle aura montré, au prix de combien de souffrances, que l'une et l'autre « chantent » toujours, c'est-à-dire qu'elles ne sont encore que des désirs. Mais la liberté politique connaissait ce prix. Elle n'en était pas à ses premières armes. Jusqu'à Freud, à peu près, on ne pouvait pas en dire autant de la liberté individuelle.

Quoi de plus naturel que de se croire, sauf intervention extérieure, maître de ses actions. Je veux ceci et je le fais. Je contrôle ma vie, je me fais. Bref, je suis responsable de moi. Chacun n'a-t-il pas une conscience, un centre de décision propre qu'il contrôle et qui le caractérise ? Pourtant Spinoza, dès le XVIIe siècle, nous mettait en garde: c'est le contraire qui serait naturel. Une pierre qui tombe peut-elle, plutôt,
« décider » librement de monter ? Pourquoi en irait-il différemment de l'homme ? N'est-il pas lui aussi une partie de la nature, donc soumis, comme les autres, à ses lois ? Il se croit libre parce qu'il les ignore, voilà tout. Freud, par une autre voie, viendra rejoindre ici Spinoza pour le radicaliser: l'homme ignore les causes qui le déterminent parce qu'elles sont en grande partie inconscientes. Révolution freudienne : je ne suis pas maître chez-moi.

Profonde désillusion ; et nous retrouvons ici la politique. Ce que nous enseigne l'histoire des collectivités et, depuis Freud, la nature humaine, c'est que la liberté commence par la prise de conscience de notre servitude, qu'elle est un cheminement et non un état, que son existence est idéale et que sa réalité concrète est celle d'un travail.

Voici la réflexion de Nicolas Bertrand, étudiant au collégial, sur une question qui nous concerne tous. Elle vaut par sa clarté et sa lucidité, mais peut-être davantage encore par le désir qui l'anime, qui n'est pas de posséder mais de comprendre, et de se comprendre d'abord.

Louis Godbout
Professeur de philosophie



TEXTE INTÉGRAL EN PDF DISPONIBLE BIENTÔT



Retour aux publications Hiver 1997