L'intoxication
des eaux de Minamata :
la
vérité masquée
Analyse par Geneviève Michaud et Geneviève Forest
A) Introduction
B) Que s'est-il passé?
C) Mensonge, vérité
et absence de liberté de presse
D)Tenter d'actualiser le phénomène
dans notre société d'aujourd'hui
E) Récapitulons !
F) Conclusion
(A)
Introduction
Nous savons que notre société
actuelle est bombardée de publicités et de campagnes de sensibilisation
face à la sauvegarde de notre planète et contre la pollution.
Certes, il y a eu des événements précurseurs qui ont
déclenché cette alerte à la protection de notre planète
bleue. Si nous reculons, par exemple, de quelques dizaines d'années,
nous pouvons nous rappeler le désastre des eaux du Minamata. Un
scandale qui en a bouleversé plus d'un par ses grabuges et par sa
mystérieuse découverte. Un mystère maintenant résolu
mais qui, autrefois, était protégé par les forces
gouvernementales du pays. Voilà un mystère que nous tenterons
de vous éclaircir ... et qui donne à réfléchir
sur les enjeux environnementaux actuels.
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(B)
Que s'est-il passé?
Tout débute en 1932, à Minamata au Japon.
Une compagnie utilisant du mercure, Chisso, déverse illégalement
des produits chimiques dans la baie de Minamata, ce qui va créer
ultérieurement une intoxication des eaux de celle-ci. Les premiers
signes du grabuge de l'intoxication apparaissent 22 ans plus tard, dans
un petit village de pêcheurs, où la population se nourrissait
principalement de poissons. Un problème social d'une importance
capitale fait son apparition : La population de Minamata devient graduellement
atteinte du syndrome de la "maladie de Minamata", qui est en fait une intoxication
par les eaux contaminées de mercure. La population soufrera horriblement
pendant plus de 20 ans. Voici les symptômes retrouvés chez
plusieurs personnes atteintes de la maladie:
perte du champ visuel;
perte d'ouïe;
manque ou perte totale
de coordination;
convulsions…
20
ans de souffrance
pour
un peuple !
La compagnie Chisso niera toute accusation et cachera
les résultats des tests faits dans la baie de Minamata ( ce sujet
sera approfondi un peu plus loin dans ce travail ). La pêche deviendra
interdite dans " la mer de la mort " , avec raison, les poissons seront
extrêmement dangereux à la consommation, malgré qu'ils
aient toujours été la principale source de nourriture des
habitants des petits villages de pêcheurs. 15 ans après la
découverte de la maladie, soit en 1968, la compagnie cesse l'usage
du mercure. Les résultats? En 1975 seulement, il y aura encore 140
morts! Et ceci, 25 ans après la découverte de la maladie.
Entre 1953 et 1960, 30% des enfants naîtront arriérés
mentaux. Les jeunes enfants atteints de la maladie moururent en moins de
4 ans et la maladie deviendra une maladie congénitale; Les femmes
enceintes donneront naissance à des enfants atteints déjà
de la maladie. Puisque les ressources principales des villageois étaient
toutes reliées à la baie près de chez eux, les gens
continuèrent, malgré eux, à s'intoxiquer en s'approvisionnant
de poissons et ce, jusqu'à l'arrêt des activités de
la compagnie.
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(C)
Mensonge, vérité et absence de liberté de presse
De 1950 à la fin du 20e siècle,
une grande vérité a été cachée, par
l'usine Chisso et par le gouvernement japonais, à la population
japonaise et à la population mondiale: la culpabilité et
la responsabilité de Chisso pour la maladie de Minata. Lorsque la
maladie a fait ses premières apparitions, on croyait avoir affaire
à une épidémie. Puis, les soupçons commencent
à se tourner vers la société Chisso, usine de produits
chimiques, employeur principal de la ville. Dès 1957, des spécialistes
ont fait des recherches avec le mercure sur des chats, d'autres ont fait
des autopsies sur des victimes et d'autres ont analysé les eaux
près de l'usine. Toutes ces expérimentations prouvaient la
culpabilité du mercure et de l'usine Chisso. Les victimes combattaient
devant Chisso. L'usine niait son implication dans l'affaire. Il était
difficile pour les victimes de dénoncer, car ils se heurtaient à
l'industrie Chisso et au gouvernement japonais. Même les spécialistes
étaient impuissants devant ces deux géants.
Tokyo semblait ne pas vouloir s'en
mêler. Dans le milieu du siècle au Japon, l'individu avait
peu d'importance et son bien-être en avait encore moins. On prônait
l'industrialisation, l'expansion économique et la mondialisation.
Celui qui osait penser à son bien-être avant le bien-être
du pays était très mal vu. Comme Chisso était le principal
employeur de la ville, l'usine jouait un rôle primordial dans l'économie
de la ville. Le Japon, pour sa réputation et par principe, défendait
Chisso. Tokyo a même engagé des spécialistes qui soutenaient
la thèse de Chisso, qui expliquait que le mercure provenait d'une
bombe sous-marine de la dernière guerre mondiale! Ceux qui osaient
parler contre Chisso étaient pointés du doigt. Chisso continuait
de nier sa responsabilité, pourtant l'usine avait fait elle-même
des recherches sur les chats. En 1959, le docteur Hajime Hosokata, employé
de la firme Chisso, met en évidence la cause du mal grâce
à des expériences sur des chats. Ses employeurs le prient
de garder le silence. Ce qu'il fit. d'autres commissions d'enquête
arriveront à la même conclusion, mais l'usine continuera à
déverser ses déchets mortels. La firme a même eu la
bénédiction du maire, ex-directeur de la société
et inventeur du procédé utilisant le mercure. Le mensonge
était très bien organisé, même si la vérité
était quand même évidente. Le gouvernement avait le
pouvoir absolu. L'usine et le gouvernement étaient conscients de
leur responsabilité, mais la rentabilité devait passer avant
le bien-être des gens.
En 1969, soit dix ans après
la découverte de l'origine du mal, Chisso fut appelée pour
la première fois au banc des accusés: après treize
années de silence, le docteur Hajime Hosokawa avait, sur son lit
de mort, apporté les preuves qui manquaient aux plaignants. Débute
alors un interminable feuilleton judiciaire entre une partie du petit monde
et une puissante industrie soutenue par le gouvernement japonais. Commencé
en 1932, l'usine interrompra l'utilisation du mercure en 1968, pas
parce qu'elle était contrainte par la loi, ou par souci de l'environnement,
mais parce qu'elle trouvera un procédé plus moderne et moins
coûteux. La question des compensations aux victimes officielles de
Minamata a seulement été réglée en 1996, soit
37 ans après la mise en évidence de la culpabilité
de la firme et il a fallu attendre 1988 pour que la cour suprême
confirme définitivement la culpabilité de la compagnie Chisso.
En 1995, le premier ministre socialiste Tomiichi Murayama avait présenté
les excuses du gouvernement.
Le monde avait déjà
découvert la tragédie de Minamata grâce aux photos
de l'Américain Eugène Smith dans les années 70. Le
photographe avait réalisé son dernier reportage à
Minamata, avec sa femme Aileen. Sans
lui, ce scandale n'aurait peut-être
pas éclaté dans les autres régions de la planète.
Il s’agit d’une cause célèbre qui a ouvert la voie à
la conscience environnementale.
Les journalistes du Japon ne jouissaient pas dans
ce temps-là d'une liberté de presse étendue et étaient
soumis à l’arbitraire et à l'opinion du gouvernement. Transgresser
ces barrières aurait pu être très dangereux pour les
journalistes. Même de nos jours, la puissance des oligarchies régnantes
ne fait que commencer à révéler son inefficacité.
À l’époque, le gouvernement avait trouvé la meilleure
façon de cacher la vérité, de tout contrôler,
d'assurer son expansion économique et de s'assurer d'une certaine
discrétion. Le gouvernement japonais avait choisi de faire prédominer
l'idéologie de l'expansion économique et de laisser
mourir des milliers de victimes, de brimer la liberté des journalistes
( pour ainsi cacher la vérité ) et finalement, contaminer
l'environnement qui faisait vivre les habitants de Minamata. On peut se
demander si, aujourd’hui, on est loin de ce genre de réalités,
ici même au Québec.
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(D) Tenter
d'actualiser le phénomène dans notre société
d'aujourd'hui
Une
société orientale d'hier
vs
une
société occidentale d'aujoud'hui...
Supposons que ce même événement
subviendrait aujourd'hui dans notre société occidentale.
Les événements auraient-ils lieu de la même façon?
La réponse est sans doute non. Notre société occidentale
actuelle a une mentalité et une idéologie en principe différentes
de celle de la société japonaise du milieu du siècle.
Le bien-être et la reconnaissance de l'individu son censés
surpasser l'importance de l'économie, malgré que notre société
soit dans une large mesure basée sur la même puissance économique.
On croit que le gouvernement ne peut pas se permettre un grand contrôle
sur le peuple, car la liberté a une place plus prédominante
dans notre société occidentale. Pour être élus,
les chefs doivent satisfaire les électeurs car ce sont eux qui décident
de leurs votes. Les gens n'ont pas peur de s'exprimer et de faire valoir
leur opinions ... leur liberté n'est brimée en aucun sens,
du moins, ils le croient. La liberté de presse est également
considérable. Les journalistes, peuvent généralement
publier ce qu'ils désirent, dans la mesure où les médias
leur permettent d’enquêter… Ils n'ont pas très peur des réactions
du gouvernement, ils ne sentent aucune menace directe à ce sujet,
contrairement à l'histoire de Minamata. De nos jours, la diffusion
de l'information se fait très rapidement et ce, à l'échelle
de la planète. Tout se sait à une vitesse phénoménale
et partout autour du monde. Cependant, cette même rapidité
et la couverture journalistique superficielle qui en résulte, soulève
des doutes concernant des contraintes nouvelles à la diffusion de
toute l’information nécessaire pour que le citoyen décide
en pleine connaissance de cause.
Autrefois, les organismes humanitaires
touchant l'environnement étaient beaucoup moins nombreux qu'aujourd'hui
et même s'ils avaient été plus présents, ils
n'auraient pas pu être contactés, car la diffusion de l'information
était réduite, parce qu'il n'y avait pas de liberté
de presse et que le gouvernement japonais de l’époque avait un grand
pouvoir sur tout. Aujourd'hui, comme l'information circule, comme les gens
peuvent s’informer, comme les organismes humanitaires sont nombreux et
comme le gouvernement est sensibilisé aux problèmes de pollution,
une telle situation s'étalant sur tant de décennies est inimaginable
pour le commun des mortels. Cependant, les raisons et moyens de canalisation
de l’information ont changé de nature. On constate que la corruption
et la pollution existent toujours. Certains problèmes se règlent
plus vite, car plusieurs personnes sont impliquées. Les organismes,
le peuple, les industries, les gouvernements et les consommateurs peuvent
s'affronter. Le problème principal est la taille respectif des participants
: gouvernements, industries et … citoyens. Les consommateurs ont un certain
souci du respect de l'environnement. Ils s'attendent donc à ce que
l'usine qui produit les biens qu'ils consomment respecte l'environnement.
Plusieurs s'assurent bien, avant d'acheter, que les usines produisant des
biens à vendre respectent l'environnement. Un événement
aussi grossier que celui de Minamata est-elle donc impossible dans la société
occidentale actuelle? La découverte tardive de la réalité
des OGM en Amérique du nord commence a en inquiéter plusieurs
…
retour au début
(E) Récapitulons
!
Le
désastre de Minamata
1932
Début
de l'usage du mercure par la compagnie; L'usine produit de l'acétaldéhyde
en utilisant du mercure. Les déchets seront rejetés dans
la baie de Minamata.
1950
Début
de l'apparition de la maladie de Minamata
1957
1ere
expérience sur les chats
1959
Expériences
du docteur Hosokata (employé de Chisso).Les employés veulent
son silence...
1953-1960
30%
des enfants sont retardés
1960
Le
Japon utilise encore beaucoup de mercure
1968
Arrêt
de l'usage du mercure
1969
Chisso
est appelé pour la première fois au banc des accusés
1975
Seulement
dans cette année, il y aura 140 morts
1988
Cour
suprême confirme définitivement la culpabilité de
la compagnie Chisso
1995
Excuses
du gouvernement par le 1er ministre socialiste Tomiichi Murayama
1996
Les
victimes obtiennent enfin une compensation estimée à 1,25
millions de francs par victime
retour au début
(F) Conclusion
Pour conclure, le désastre
des eaux du Minamata restera certainement marqué dans l'histoire
de notre humanité. Une multitude de personnes ont été
atteintes de la maladie qui les a menés vers la mort. Comme le dicton
populaire dit : "nous apprenons de nos erreurs." C'est pour cette raison
qu'aujourd'hui certaines procédures environnementales sont prises
pour tenter de protéger la planète de ce genre de désastres.
Au Japon dans ces temps-là surtout, le bien-être des gens
était bien moins important que l'expansion économique du
pays. L'idéologie japonaise, la menace du gouvernement, le manque
de liberté au niveau médiatique ont été les
principales causes du ralentissement de la résolution de cette affaire.
Sommes-nous à l’abri de désastres
semblables avec les libertés démocratiques et journalistiques
existant de nos jours? La réponse à cette question est mois
rassurante que l’on pourrait supposer…
...Espérons
qu'un jour l'être humain trouvera une parfaite avec la nature qui
l'entoure...
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