Héraclite

par Isabelle Rivard, de l'université de Montréal

 

Héraclite naquit à Éphèse sur les bords de la mer Égée, à la fin du VIIe siècle avant l'ère chrétienne. À cette époque, la guerre civile sévit dans la ville. Issu, selon la légende, d'une famille de prêtres et de rois, il aurait renoncé aux titres et aux honneurs de sa classe.

On lui attribue un livre dont ne nous sont parvenus que des fragments épars, écrits dans un style poétique. C'est dire toute la difficulté de la compréhension de sa pensée, qui a valu à Héraclite le surnom d'Obscur. Trois thèmes se dégagent cependant des multiples interprétations possibles: (1) la recherche d'un fondement unique du monde comme totalité, (2) l'unité des contraires et (3) l'écoulement des choses.

Sa recherche du principe matériel du monde le mène à la considération des éléments premiers: la terre, l'eau, l'air, le feu. À l'origine du Tout était le feu, soutient-il: soumis à la volonté divine, le feu se transforma en mer, et la moitié de la mer devint la terre que nous habitons.

Son questionnement et ses observations empiriques sur le monde lui-même lui permettent de poser, au fondement de ce monde, l'opposition des contraires, le mouvement universel et le retour perpétuel des choses selon un cycle. Si tout s'oppose, l'amour et la haine, la guerre et la paix, le silence et la parole... les contraires, dans leur opposition même, sont toutefois embrassés par l'unité: sur l'échiquier, les blancs et les noirs jouent la même partie.

"On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ", écrit-il. Ce simple fragment a donné lieu aux interprétations les plus diverses. Le fleuve est ainsi même et autre à la fois. On soutient alors le principe du même et de l'autre dans l'unité de leur opposition: principe fondamental de l'unité des contraires et du changement perpétuel. Ce principe est celui par lequel on oppose souvent Héraclite à Parménide et à sa théorie de l'Etre un, immuable, homogène, indivisible et éternel.

La théorie radicale du mouvement universel n'est d'ailleurs pas tout à fait compatible avec son idée du retour perpétuel des choses selon un cycle: sur la circonférence du cercle, les points de départ et d'arrivée sont au même endroit. Héraclite admet ainsi certaines constantes: malgré le cours incessant du temps, le soleil revient chaque jour, de même que les diverses saisons chaque année.

Dans une certaine mesure, les idées d'Héraclite ont influencé Platon et la philosophie stoïcienne. Après quelques siècles d'un oubli relatif, la pensée héraclitéenne a resurgi chez Hegel, qui prétend l'intégrer totalement à son propre système.

© CVM, 1997