Le Dalaï Lama

par Annie Girouard.

 

« Océan de Sagesse ». Tel est le nom donné au dirigeant temporel et spirituel du Tibet, plus connu sous le nom de Dalaï Lama. Les Tibétains croient que chaque Dalaï Lama est non seulement la réincarnation de son prédécesseur, mais aussi une manifestation du « Bodhisattva de la Compassion » (Bouddha) qui choisit de servir les gens. Tenzin Gyatso, le quatorzième Dalaï Lama, a été reconnu, selon les traditions tibétaines, comme la réincarnation du treizième Dalaï Lama à l’âge de deux ans.

Tenzin Gyatso est né en 1935 à Takster, au Tibet, d’une famille d’agriculteurs. Il est ordonné quatorzième Dalaï Lama alors qu’il a 5 ans, à Lhasa, la capitale. À six ans, il commence son éducation à la fois théologique et laïque. Il termine à 25 ans, en 1959, son doctorat en philosophie bouddhiste.

En 1949, les communistes arrivent au pouvoir en Chine et, niant les revendications de l’indépendance du Tibet, y envoient leurs troupes en 1950 pour «  libérer » et « civiliser » la population. Pendant la révolution culturelle chinoise, la population est au contraire persécutée, les monastères sont détruits et les moines sont emprisonnés et torturés. Les Tibétains redoutent un génocide culturel. Bien que les individus soient autorisés à prier, ceux qui possèdent des photos du Dalaï Lama se les font confisquer et sont passibles de six ans de prison. Selon les autorités chinoises, la religion est une cage qui freine l’évolution d’un peuple et de ses individus. Plusieurs entrepreneurs tibétains ont uni leurs efforts et leur argent dans la reconstruction des temples. Mais le Dalaï Lama souhaiterait davantage les voir financer la construction d’écoles et d’hôpitaux. La langue constitue le deuxième pilier de l’identité tibétaine, après le bouddhisme. Il faut donc enseigner la langue des Anciens aux jeunes générations. De plus, si les jeunes ne vont pas à l’école, la population tibétaine continuera à stagner et le Tibet ne pourra jamais être performant sur le plan économique. Personne ne veut que les Chinois restent au Tibet. Ils veulent qu’on leur rende leur pays.

En novembre 1950, Tenzin Gyatso devient chef de l'État et du gouvernement. En 1954, il se rend à Beijing afin de rencontrer Mao Tsé-toung et ses acolytes afin de discuter de la paix. Malgré toutes les oppressions auxquelles le Tibet a fait face, le Dalaï Lama est toujours à la recherche d’une solution pacifique. En 1959, la capitale Lhasa fut l’hôte d’une gigantesque manifestation qui avait pour but la libération du Tibet et son indépendance. Mais les manifestants ont été écrasés par les autorités chinoises et le quatorzième Dalaï Lama a été obligé de quitter le Tibet et de s’installer à Dharamsala, en Inde, d'où il dirigera le gouvernement tibétain en exil. Gyatso décida de se tourner vers ses alliés, notamment l’Organisation des Nations Unies, afin de forcer le respect des droits des Tibétains par les Chinois. Il était à ce moment primordial de protéger les Tibétains en exil et leur culture. Les habitants ont été réhabilités au niveau de l’agriculture et un système d’éducation fut créé. En 1963, Tenzin créa une constitution démocratique pour le Tibet, et aujourd’hui les membres du parlement sont élus directement par le peuple. La plus belle action qu’il a menée fut la proposition en cinq points qu’il présenta au Congrès des droits humains à Washington en 1987. Ce plan consistait à  réaliser les cinq objectifs suivants: 1) la détermination du Tibet en tant que zone de paix; 2) la fin du transfert ethnique des Chinois au Tibet; 3) la restauration des droits humains et de la liberté démocratique et 4) l’abandon de la part de la Chine du projet de production d’armes nucléaires sur leur territoire. Un an plus tard, une clause fut ajoutée: la création d’un gouvernement indépendant en association avec la République de Chine. Mais le projet fut déclaré invalide par la République populaire de Chine. Le Dalaï Lama continua son combat et multiplia les rencontres avec des gens influents à travers le monde pour revendiquer la paix. Cela lui valut en 1989 le prix Nobel de la paix qui fit connaître le Dalaï Lama comme une personne toujours opposée à la violence et luttant pour le respect et l’indépendance du Tibet. Tenzin Gyatso accepta le prix en l’honneur de tous les peuples opprimés de la planète et de tous ceux qui se battent pour la paix.

On devrait se rappeler du quatorzième Dalaï Lama comme un homme qui résiste et qui lutte toujours en prônant la non-violence et surtout comme quelqu’un qui ne baisse jamais les bras et qui croit vraiment en la cause de la paix. Il espère aujourd’hui que la prochaine génération de dirigeants chinois accordera à son pays une parcelle de l’autonomie que le Tibet était censé recevoir après avoir été déclaré région autonome en 1965. Il fonde cet espoir sur la conviction que Pékin, pour réussir son intégration économique dans le concert des nations, devra tôt ou tard aligner sa politique intérieure sur celle des autres grands pays. Ce qui se traduira, selon lui, par un plus grand respect des droits de l’Homme au Tibet et dans le reste de la Chine.   

 

Bibliographie :

·    LAMA XIV, Dalai. Mon pays et mon peuple : mémoires, Genève, Olizane, 1988, 238p.

·    Une biographie anglaise du Dalaï Lama.

·    LAMA XIV, Dalai. Quand l’esprit dialogue avec le corps : entretien avec le Dalai Lama sur la conscience, les émotions et la santé, Paris, G. Trédaniel, 1999, 347p.