Maude Arsenault

15 février 1998

 

Carpe Diem

"Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie" -Ronsard

Platon, grand philosophe de l'Antiquité et porte-étendard de l'idéalisme, avait la conviction que chaque homme possédait une âme, et que celle-ci, illuminée par un Bien souverain, était immortelle. À la même période, un autre penseur nommé Sénèque, qui jouit de nos jours d'une postérité bien moins palpable que la trace laissée par Platon, clamait que le temps était le cadeau le plus précieux de l'existence et que nous devions nous faire maîtres de nous-mêmes pour pouvoir profiter pleinement des fruits, de l'essence même de notre vie. Comme la notion d'immortalité vient directement repousser toute frontière temporelle, que le platonisme fait fi de toute notion de temporalité terrestre - le monde sensible -, par conséquent, elle vient directement à l'encontre de la pensée de Sénèque, pour qui le temps est le joyau de plus inestimable de l'homme. Pendant que Platon rêve d'un monde idéal et parfait, qu'il sombre dans ses réflexions, Sénèque, les deux pieds sur terre, nous demande de "revendiquer la possession de nous-mêmes", bref, nous lance un retentissant "carpe diem" avant que notre "matière" ne soit plus. Platon, lui, croit que l'âme doit primer, puisqu'elle est, à l'origine, parfaite et éternelle. Les théories, ici, s'affrontent donc.

Or, qu'est-ce-que l'âme? On parle, en général, du principe de la pensée de l'homme, de ses sentiments, de l'individu en-soi du point de vue moral et intellectuel. Nonobstant l'aspect poétique de cette abstraction, on sait que biologiquement, le cerveau est le siège de notre pensée, de nos émotions, de notre savoir, de notre mémoire et de toute réflexion. Cela dit, la lobotomie serait-elle donc l'action de nous enlever un peu de notre âme? Une simple ablation ou altération de notre système nerveux central et l'on devient une toute autre personne. Le trône de notre conscience étant donc de la matière grise, il est, par conséquent, appelé à mourir et à retourner poussière. Sénèque avait compris l'absurdité étourdissante de l'existence; Sénèque sait que nous sommes mortels. Chaque souffle que nous prenons, nous expirons l'haleine de la mort. L'être humain, n'étant capable d'accepter sa fin, de concevoir ni de comprendre une fatalité retournant le vivant à l'état de non-existence; il crée Dieu, il crée le Ciel et les Anges, il s'invente une vie éternelle... et un monde des Idées. Bref, les élucubrations de Platon ne sont pour moi que de pures fabulations, puisqu'elles sont basées sur des croyances très hypothétiques, une foi presque religieuse, foi que bref, je n'ai jamais eue, puisque je ne crois pas en l'âme humaine.