Description
1. LE REFUS GLOBAL
1.1 Contexte social - La Grande noirceur
1.2 Dénonciations et projet social proposé
1.3 Analyse du manifeste
2. LE MOUVEMENT AUTOMATISTE
2.1 Son origine - le surréalisme
2.2 Sa technique d'expression
2.3 Son idéologie
3. LA RÉVOLUTION TRANQUILLE
3.1 Les grands changements en temps que revendications des automatistes
3.2 Les réactions face au Refus global
1.1 Contexte social
Dans les années 1945-60, le Canada français est sous le gouvernement de Maurice
Duplessis et de son libéralisme conservateur qui se veut à la défense du nationalisme
québécois traditionnel qui persiste à privilégier la vocation essentiellement
religieuse et la primauté des valeurs anciennes, message non adapté à la réalité
contemporaine. C'est au nom de la survivance des canadiens-français que Duplessis
s'oppose à la vision centralisatrice du gouvernement fédéral et qu'il promeut
l'autonomie des provinces. Au Québec, lindustrialisation étant à la hausse et
étant conjuguée à une croissance démographique accrue, les services sociaux,
sanitaires et éducatifs deviennent indispensables.
GAGNON, 1998, p.
C'est l'époque où les peintres, chorégraphes et poètes sont souvent perçus comme des
voyous et des paresseux qui ne veulent pas travailler. C'est aussi l'époque de la
soi-disant Grande noirceur: Les électeurs viennent de redonner à Duplessis une victoire
confortable. Dans certains milieux ecclésiastiques, on cite Franco et Salazar en exemple.
Plusieurs livres jugés trop « osés » sont mis à l'index, des films sont rendus
incompréhensibles tellement ils sont censurés et la saison de la chasse aux communistes
est ouverte.
http://www.quebecoislibre.org/980815-2.htm
Cest à la fin des années quarante que sélève un mouvement de contestation
caractérisé par une remise en question et un appel au renouveau face à
lidéologie du nationalisme traditionnel. Une vision plus moderne fondée sur la
liberté et la justice est exprimée dans ces années par des marginaux qui osent
défendre et promouvoir une pleine liberté dexpression : les intellectuels.
DION, 1993, p.189
1.2 Dénonciation et projet social proposé
Les solutions entrevues par Borduas pour le peuple québécois sont de rompre avec la
vieille mentalité de survivance et de souvrir aux grands courants de la pensée
universelle et de faire un trait sur la morale de répétition et dopter pour une
morale de communication. Ce qui compte pour Borduas est que lon redonne au peuple la
responsabilité entière de leur destin ce qui imposerait que lon invente de
nouvelles façons de communiquer, de respecter les aspirations et les désirs fondamentals de chacun Les gens ne doivent plus déléguer cette
responsabilité à des représentants qui finissent toujours par restreindre leurs
aspirations. BRETON, 1962, p. 225
Paul-Émile Borduas et son groupe constitues pour lépoque un regroupement
dintellectuels qui, comme mentionné plus haut, éprouvent un besoin de promouvoir
la liberté dexpression, essentielle à leur épanouissement artistique mais qui
sont étouffés par une société mobilisée et tenue à lécart de
lévolution universelle. Borduas prend conscience de létat de son peuple
québécois quil voit crouler dans un attachement au passé, de repliement sur
lui-même, didéologie cléricale et dobsession identitaire. Il cherche à
aller aux causes de cet état des choses et voit comment les élites ont exploités la
peur pour maintenir leurs privilèges. La peur ultime, celle de disparaître
culturellement en perdant le français et le catholicisme est celle qui empêche le
peuple de participer à lévolution universelle. De plus, avec les conditions de
guerre froide, la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki, cest lélite
mondiale qui exploite la peur authentique des nations. Comme le clergé la fait chez
nous, les leaders mondiaux détournent à leur profit les légitimes aspirations du peuple
qui, après laccumulation dexpériences négatives et despoirs déçus,
a perdu la crédibilité des élites politiques.
GAGNON, 1998, p. 488
Les signataires s'élèvent aussi contre le modèle esthétique dominant et la perception
des gens face à leur profession d'artistes.Ainsi, mécontent de l'enseignement donné à
l'École des beaux-arts,le petit groupe d'artistes se forment autour de Borduas. Ils
assistent aux leçons du peintre à l'École du meuble et se réunissent lors de soirées
à son atelier de la rue Napoléon à Montréal pour échanger et expérimenter.
http://www.quebecoislibre.org/980815-2.htm
1.3 Refus global : description
Long d'une quinzaine de pages, le manifeste se veut un cri de ralliement contre
l'hégémonie de l'Église et l'ordre établi, dans une société canadienne-française
arriérée et en marge de l'Histoire. Rédigé dans un style décousu et souvent illisible
ou hermétique, on y dénonce la montée d'une rationalité sociale et économique
Refus Global est divisé en trois sections. Dans la première, Borduas fait un exposé de
la condition québécoise et décrit une colonie ultra-catholique abandonnée par une
métropole vaincue et maintenue dans l'ignorance et la nostalgie du passé par un clergé
qui profite de cet état d'infériorité.
Dans la seconde partie, Borduas décrit la nouvelle prise de conscience des Québécois.
Selon lui, "des révolutions, des guerres extérieures... viennent briser
l'isolement" des Canadiens français (essentiellement: la découverte du
surréalisme).
L'extrait qui vous est proposé ici est la troisième partie, généralement négligée
par les commentateurs, où Borduas fait l'ébauche de son projet de société. Pour les
automatistes, une nouvelle civilisation doit naître, basée sur la liberté individuelle
("l'anarchie resplendissante").
En fait, Refus Global est un manifeste qui, en transposant les principes automatistes du
domaine artistique au domaine social, adopte une position anarchiste.
http://www.quebecoislibre.org/980815-2.htm.
2. L'AUTOMATISME
2.1 Les origines
Le groupe dautomatistes formé autour de Borduas, connaît son véritable point de
départ en 1941 lorsque Borduas peint Abstraction verte, sa première uvre à
" essence " surréaliste. Borduas découvre quun tableau peut
être une aventure pleine de risque, un problème à résoudre, une pure projection de
soi-même, tout sauf lexécution dune commande.
GAGNON, 1998, p. 35
La rencontre du groupe se fait chez Borduas à partir de 1941 lorsque certains de ses
élèves de lÉcole du meuble où il enseigne décident de se regrouper tous les
mardis pour discuter de leurs uvres. Avec les années, les futurs signataires se
joignent au regroupement et discutent de divers styles artistiques mais davantage du
surréalisme qui pour eux est plus quun mouvement " purement
plastique " comme limpressionnisme, le fauvisme, le pointillisme et le
cubisme.
GAGNON, 1998, p. 46
2.2 Techniques d'expression
L'automatisme naît par une transposition de la technique littéraire en peinture par un
rapprochements dimages, comme le poète procède par association de mots, pour
aboutir dans les deux cas à des métaphores, soit visuelles, soit verbales. Borduas et
son groupe se rattachent à ce courant dans la mesure où laccident y est
encouragée. Une trace involontaire, une tache tombée par mégarde, une texture créée
par un vieux pinceau sont toutes des traces inconscientes comme autant de moyens de
découvrir des formes nouvelles. BRETON, 1962, p. 440
2.3 L'idéologie
L'automatisme exprime une aspiration fondamentale en exploitant les deux voies
daccès à linconscient qui sont le rêve et lécriture automatique dans
le but de dénoncer les interdits de la culture et de rendre lhomme à la vérité
de ses désirs.La nuance accordée à lautomatisme par rapport au surréalisme se
trouve dans le sens figuratif de luvre. Le premier est figuratif contrairement
au second qui sen passe. En laissant exprimer le libre jeu de linconscient,
lartiste automatiste ne nie pas ses émotions et refusent cet état de neutralité
émotive qui est recherché dans lécriture automatique, associé au surréalisme.
Cette caractéristique rassure les critiques qui percevaient lautomatisme comme
étant une solution facile.
BRETON, 1962, p. 489