James Gosling le père de Java
Des octets et des hommes Entretien avec le père
de Java
PAR Jean-François FERLAND Direction Informatique déc. 98 vol 11 no 12
Malgré que plusieurs lui aient prédit un avenir assez court, le langage de programmation Java poursuit sa lancée, et son "premier" père James Gosling en est bien fier. De passage à Montréal en novembre dernier, à l'occasion d'un symposium présenté par Sun Microsystèmes, le principal architecte de Java s'est même dit en quelque sorte épaté du niveau de concrétisation des ambitions originalement formulées envers le langage.
Trois années après sa première présentation publique en 1995, Java se porte très bien, avec plus de 1600 interfaces de programmation d'application (API) disponibles à ce jour (contre 212 en 1996), une base de plus d'un million de développeurs et un processus de standardisation bien avancé. Maintenant à sa version 1.2, le langage de programmation a atteint un seuil de maturité, a conséquemment franchi le cadre de l'Internet pour atteindre celui du développement d'applications essentielles en entreprise et bénéficie d'ailleurs d'appuis de taille de joueurs tels que lBM-Lotus, Oracle et Sybase.
James Gosling, l'ingénieur principal du développement de Java, aujourd'hui vice-président et membre associé de Sun, ne se dit pas surpris mais plutôt épaté de la situation actuelle du langage en rapport aux appréhensions que lui et ses collègues y fondaient à l'origine.
"Beaucoup des choses dont nous avions fait mention dans notre premier plan d'affaires se réalisent, mais à cette époque où nous étions des copains prenant trop de caféine, et ce que nous envisagions tenait plus à nos yeux du conte de fées. Maintenant, je vois tout cela se réaliser, et ce n'est plus de la spéculation", a-t-il indiqué.
Alors que le développement de Java s'est de beaucoup accéléré au cours de la dernière année, M. Gosling se prépare-t-il au moment où il devra faire le deuil de son rôle de père de Java? "Cette étape, je l'ai franchie en 1994, lorsque d'autres personnes se sont jointes à son développement, a-t-il déclaré en riant. Mais ce fut une bonne chose, puisque la participation d'autres gens a amené plusieurs autres points de vue. Je suis moins impliqué dans le développement qu'auparavant, mais de chez Sun je regarde les choses aller, et je trouve cela remarquable".
Si les possibilités de développement et d'application du langage sont encore vastes ("Il nous reste encore des milles et des milles à grimper"), M. Gosling estime toutefois que Java aura atteint son sommet lorsque le langage disparaîtra en quelque sorte de la conscience des utilisateurs lors de l'utilisation. "La technologie entrave le chemin de la fonctionnalité, et il faut sans cesse configurer, configurer. Il faut que la technologie disparaisse pour ne faire que son travail. Nous avons tout un réseau informatique à l'intérieur de nos voitures, serait-ce mauvais pour nous de savoir comment cela fonctionne? Oui!", a-t-il lancé à la blague.
Des gens de parole
Alors que plusieurs attribuent aux développeurs et aux programmeurs une carence en matière de communication, le principal ingénieur du langage Java constitue un bon exemple du contraire. Doté d'un franc parler sans tomber dans la flamboyance, le vice-président et membre associé de Sun a été interrogé sur une variété de sujets, les utilisations potentielles pour Java au quotidien, les besoins sembler pour le langage, l'Internet, l'évolution future des interfaces-utilisateur et même Linux.
Deux autres sujets inévitables ont été traités, soit l'affaire Microsoft et le bogue de l'an 2000. Dans le premier cas, il sera d'ailleurs appelé sous peu à témoigner au procès en cours (il est le huitième sur la liste des témoins). S'il considère qu'un marché potentiel s'offre au sein des axes verticaux pour des applications du côté lient rédigées en Java, tel que des traitements de texte optimisés pour les avocats par exemple, il ne mâche pas ses mots et parle d'une certaine "tragédie" quant l'actuelle situation au niveau du choix offert sur le marché pour certains types d'applications.
"Si quelqu'un proposait aujourd'hui un plan d'affaires pour un traitement de texte, il se ferait rire en pleine face. Ce qui est malheureux, c'est que les gens ont tendance à oublier l'époque où il y avait plus qu'un produit", a indiqué M. Gosling, en faisant ici référence au marché des outils de présentation.
Et au sujet de l'an 2000, est-ce que Java est prêt? Pas nécessairement. "L'horloge de Java a effectivement un problème de point flottant, et il y aura des conflits de date... dans 259 millions d'années!, a lancé M. Gosling. Mais comme une personne l'a déjà dit auparavant, c'est une courte période pour la planète, mais une longue période pour l'espèce humaine..."
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Michel Laflamme