Consignes et sujets
À lire avant d’entreprendre la rédaction d’un texte
Les consignes suivantes proposent quelques conseils pour vous aider dans votre travail de rédaction.
Vous devez souligner et annoter le texte en cours de lecture pour vous assurer de bien le comprendre et de relever les informations utiles en rapport avec la question à laquelle vous devez répondre. N’oubliez pas qu’une lecture efficace facilitera votre rédaction. De la même façon, vous devez relire votre texte en vous inspirant des consignes de relecture proposées ci-dessous.
Lecture
- Lisez le texte attentivement en soulignant les mots dont le sens ne vous apparaît pas clair.
- Lisez tout aussi attentivement la question et assurez-vous de bien comprendre la consigne.
- Soulignez, dans le texte, les mots et les groupes de mots qui présentent un intérêt particulier en regard de la consigne.
- Annotez le texte afin de préparer votre rédaction.
Rédaction
Dans votre texte, évitez de prendre un point de vue engagé et évitez l’expression d’opinions. Ce texte doit contenir :
- un titre;
- une phrase d’introduction qui présente votre idée;
- une explication assortie de preuves tirées du texte;
- une phrase de clôture.
Autres consignes
- Utilisez des feuilles lignées avec marge à gauche.
- Écrivez sur un seul côté de la feuille et à double interligne (une ligne entre deux lignes afin de faciliter la correction).
- Utilisez de l’encre noire ou bleue seulement; n’écrivez pas à la mine de plomb.
- Inscrivez votre nom et la date en haut de la première page.
- Les citations doivent compter autour de 10 % du total des mots.
- Votre texte doit compter environ 200 mots. Inscrivez le nombre exact de mots à la fin de votre texte (par exemple, « l’ami » compte deux mots).
Relecture
Dans un premier temps, votre relecture portera sur la cohérence et la clarté de votre raisonnement et sur le respect des consignes. Dans un deuxième temps, vous devez relire votre texte dans le but d’en corriger les erreurs d’orthographe, de syntaxe et de lexique. Sous le nombre de mots de votre texte, indiquez le temps que vous avez consacré à cette relecture.
Veuillez noter que, pour les sujets de 1 à 3, le niveau de difficultés augmente.
Les sujets
Cours 101
Le Laboureur et ses enfants (fable)
Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur sentant sa mort prochaine
Fit venir ses enfants, et leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août.
Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
Où la main passe et repasse.
Le Père1 mort, les fils vous retournent le champ
Deça, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
Il en remporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le Père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.
LA FONTAINE, Jean de, Œuvres complètes, Paris, Pléiade, 1954, p. 123.
Choisissez une de ces questions.
- Peut-on affirmer que le père est un menteur?
- Quelle est la morale de cette fable? Justifiez votre réponse.
- Montrez que cette fable fait l'éloge du travail.
1- L'auteure utilise volontairement « Père » comme un nom propre, ce qui justifie les majuscules.
Extrait du roman Unless
Moues. Les tronches de conquérants en terrain consommable, les mines de starlettes en peau de banlieue. Saint Denis, protégez-les. Ils ont des yeux juste pour le beau, voyez-vous ça, jamais ils ne nous regardent, ils portent des vêtements recherchés, hyper-tissus, coupes impeccables; on pourrait toujours leur cracher dessus que ça serait dans les limites du supportable. Ils pourraient continuer leur chemin sans s'égratigner le portrait dans nos sales yeux d'atomisés. Ils ont du fric, des vêtements lisses, un genre d'armure mentale. As-tu trente sous ? C'est toujours un pauvre mec ou une fille de rien qui me1 remplit la main d'un dollar tout rond.
MONETTE, Hélène, Unless, Montréal, Boréal, 1995, p.86-87.
- Montrez que la narratrice fait un portrait critique des passants de la rue Saint-Denis.
1- Le nom de la narratrice est Red.
Sensation
Par les soirs bleus d’été, J’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature,--- heureux comme avec une femme.
- Montrez que dans le poème Sensation de Rimbaud, le promeneur associe le bonheur à la nature.
Extrait de la pièce de théâtre Dom Juan
Dom Juan. – Quoi ? Tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne? La belle chose de vouloir se piquer1 d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse, à toutes les autres beautés qui peuvent nous frapper les yeux : non, non, la constance n'est bonne que pour des ridicules, toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première, ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout, où je la trouve ; et je cède facilement à cette douce violence, dont elle nous entraîne ; j'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle, n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je
conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages, et les tributs2 où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon coeur à tout ce que je vois d'aimable; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous.
www.site-moliere.com
- Montrez que Dom Juan dénigre la fidélité amoureuse.
1- Se piquer : se vanter.
2- Tributs : témoignages d'amour.
Extrait de la nouvelle «L'arbre sous la pluie»
Michael contourna le tronc pour voir sa sœur. Elle était mouillée de la tête aux pieds. Ses seins pointaient sous sa robe de coton qui n'était plus qu'une pelure transparente. Ses dix-huit ans éclataient dans les rondeurs de son corps. Michael ne l'avait jamais vue ainsi. Il était habitué à ses vêtements carrés et à son attitude de majordome, et la dernière fois qu'elle s'était découvert la poitrine devant lui, elle n'était encore qu'une adolescente fluette montée en graine. Michael fut bouleversé, bien qu'il s'empressât de détourner son regard. La pluie se raréfiait à présent…
[…]
Michael ne put s'empêcher de la lorgner tandis qu'elle repartait sous le ciel clair… Sa silhouette féline, ses cuisses fuselées, sa démarche mélodieuse… Ses désirs prenaient une nouvelle tournure qu'il condamnait de toutes les foudres de sa raison. Il voulait se débarrasser de ces désirs maudits, mais ils lui collaient à la peau comme des sangsues. De ce bras de fer entre sa volonté et ses désirs, entre la pureté de l'enfance et cette fin d'été, il n'avait aucune chance. La sève montait, montait…
CHUNG, Ook, Nouvelles orientales et désorientées, Montréal, L'Hexagone, p.59-60.
- Montrez que le désir sexuel met Michael dans un état de déséquilibre.
- Montrez que Michael est troublé par son désir.
Cours 102
Demain, dès l'aube...
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
HUGO, Victor (1802 - 1885).
- Montrez comment le deuil influence le comportement du poète.
Sujet 2.B Extrait du roman Le Grand Cahier
Pendant des semaines, nous1 voyons défiler devant la maison de Grand-Mère2 l'armée victorieuse des nouveaux étrangers qu'on appelle maintenant l'armée des Libérateurs3.
Les tanks, les canons, les chars, les camions traversent la frontière jour et nuit. Le front s'éloigne de plus en plus à l'intérieur du pays voisin.
En sens inverse, arrive un autre défilé : les prisonniers de guerre, les vaincus. Parmi eux, beaucoup d'hommes de notre pays. Ils portent encore leur uniforme, mais ils n'ont plus d'armes, ni de galons. Ils marchent à pied, tête baissée, jusqu'à la gare où on les embarque dans des wagons. Pour où et combien de temps, personne ne le sait.
Grand-Mère dit qu'on les emmène très loin, dans un pays froid et inhabité où on les obligera à travailler si dur qu'aucun d'entre eux ne reviendra. Ils mourront tous de froid, de fatigue, de faim et de toutes sortes de maladies.
Un mois après que notre pays a été libéré, c'est partout la fin de la guerre, et les Libérateurs s'installent chez nous, pour toujours, dit-on.
[...]
Plus tard, nous avons de nouveau une armée et un gouvernement à nous, mais ce sont nos Libérateurs qui dirigent notre armée et notre gouvernement. Leur drapeau flotte sur tous les édifices publics. La photo de leur chef est exposée partout. Ils nous apprennent leurs chansons, leurs danses, ils nous montrent leurs films dans nos cinémas. Dans les écoles, la langue de nos Libérateurs est obligatoire, les autres langues étrangères sont interdites.
Contre nos Libérateurs ou contre notre nouveau gouvernement, aucune critique, aucune plaisanterie n'est permise. Sur une simple dénonciation, on jette en prison n'importe qui, sans procès, sans jugement. Des hommes et des femmes disparaissent sans que l'on sache pourquoi, et leurs familles n'auront plus jamais de leurs nouvelles.
La frontière est reconstruite. Elle est maintenant infranchissable.
Notre pays est entouré de fils de barbelés ; nous sommes totalement coupés du monde.
KRISTOF, Agota, Le Grand Cahier, coll. Points, Paris, Seuil, 1986, p.158-160.
- Le nom de Libérateurs, donné à l'armée victorieuse, est-il approprié?
1- Les narrateurs de ce roman, des enfants, sont jumeaux.
2- L'auteure utilise volontairement «Grand-mère» comme un nom propre, ce qui justifie les majuscules.
3- L'auteure utilise volontairement «Libérateurs» comme un nom propre, ce qui justifie les majuscules.
Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit ; c'est un jeune val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort.
Souriant comme sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
RIMBAUD, Arthur, Poésies complètes, coll. Poésie Gallimard, Paris, Gallimard, 1999, p. 70.
- Montrez que, dans ce poème, la vie et la mort cohabitent.
Cours 103
Dialogue de monsieur le Baron de Lahontan et d'un sauvage de l'Amérique, de Louis Armand de Lahontan (1666-1715) {Extrait du chapitre III}
ADARIO — Écoute, mon cher frère, je te parle sans passion : plus je réfléchis à la vie des Européens et moins je trouve de bonheur et de sagesse parmi eux. Il y a six ans que je ne fais que penser à leur état. Mais je ne trouve rien dans leurs actions qui ne soit au-dessous de l'homme et je regarde comme impossible que cela puisse être autrement, à moins que vous ne veuilliez vous réduire à vivre sans le tien* et le mien** comme nous faisons. Je dis donc que ce que vous appelez argent est le démon des démons, le tyran des Français, la source des maux, la perte des âmes et le sépulcre des vivants. Vouloir vivre dans les pays de l'argent, et conserver son âme, c'est vouloir se jeter au fond du lac pour conserver sa vie ; or ni l'un ni l'autre ne se peuvent. Cet argent est le père de la luxure, de l'impudicité, de l'artifice, de l'intrigue, du mensonge, de la trahison, de la mauvaise foi et généralement de tous les maux qui sont au monde. Le père vend ses enfants, les maris vendent leurs femmes, les femmes trahissent leurs maris, les frères se tuent, les amis se trahissent et tout pour l'argent. Dis-moi, je te prie, si nous avons tort après cela de ne vouloir point manier ni même voir ce maudit argent.
*Le tien : ce qui est à toi, ta propriété; ce qui est à autrui. « J'aimerais mieux tout céder que de disputer sur le tien et le mien » (
Sand).
**Le mien : ce qui est à moi, mon bien. « tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien » (Diderot).
- Montrez que le sauvage (Adario) critique le mode de vie des Européens.
Le Survenant (Germaine Guèvremont)
Le personnage du Survenant habite chez des paysans,les Beauchemin, depuis un an. Lors d’une soirée, où ils sont tous assis ensemble à discuter, il pense à les quitter.
Soudainement il sentit le besoin de détacher sa chaise du rond familier. Pendant un an il avait pu partager leur vie, mais il n’était pas des leurs ; il ne le serait jamais. Même sa voix changea, plus grave, comme plus distante, quand il commença :
- Vous autres…
Dans un remuement de pieds, les chaises se détassèrent. De soi par la force des choses, l’anneau se déjoignait.
- Vous autres, vous savez pas ce que c’est d’aimer à voir du pays, de se lever avec le jour, un beau matin, pour filer fin seul, le pas léger, le cœur allège, tout son avoir sur le dos. Non ! vous aimez mieux piétonner toujours à la même place, pliés en deux sur vos terres de petite grandeur, plates et cordées comme des mouchoirs de poche. Sainte bénite, vous aurez donc jamais rien vu, de votre vivant ! Si un oiseau un peu dépareillé vient à passer, vous restez en extase devant, des années de temps. Vous parlez encore du bucéphale, oui, le plongeux à grosse tête, là, que le père Didace a tué il y a autour de deux ans. Quoi c’est que ça serait si vous voyiez s’avancer devers vous, par troupeaux de milliers, les oies sauvages, blanches et frivolantes comme une neige de bourrasque ? Quand elles voyagent sur neuf milles de longueur formant une belle anse sur le bleu du firmament, et qu’une d’elles, de dix, onze livres, épaisse de flanc, s’en détache et tombe comme une roche ? Ça, c’est un vrai coup de fusil ! Si vous saviez ce que c’est de voir du pays…
Les mots titubaient sur ses lèvres. Il était ivre, ivre de distances, ivre de départ. Une fois de plus, l’inlassable pèlerin voyait rutiler dans la coupe d’or le vin illusoire de la route, des grands espaces, des horizons, des lointains inconnus.
Comme son regard, tout le temps qu’il parlait, tendait uniquement vers la porte, chacun, à son exemple, porta la vue dessus : une porte grise, massive et basse, qui donnait sur les champs, si basse que les plus grands devaient baisser la tête pour ne pas heurter le haut de l’embrasure. Son seuil, ils l’avaient passé tant de fois et tant d’autres l’avaient passé avant eux, qu’il s’était creusé, au centre, de tous leurs pas pesants. Et la clenche centenaire, recourbée et pointue, n’en pouvait plus à force de cliqueter sous toutes sortes de mains, une humble porte de tous les jours, se parant de vertus à la parole d’un passant.
- Montrez que dans l'extrait du roman Le Survenant, le personnage exprime sa passion pour les voyages.
Comment Plouc devint chef (conte)
Dans le village de Plouc, il y avait, comme partout ailleurs, des crétins (ceux qui ne comprennent pas ce qu'on leur dit), et des lutins (ceux qui comprennent ce qu'on ne leur dit pas).
C'était un village où il ne se passait pas grand-chose. Comme dans tous les villages de lutins, rien ne marchait vraiment bien, mais tout le monde s'en fichait un peu, chacun s'occupait de ses petites affaires – et à l'occasion aussi de celles du voisin – sans faire trop d'histoires.
Et puis, à la surprise générale, profitant de la chaleur abrutissante de l'été, Plouc se fit élire chef, alors qu'il était évident que c'était un crétin déguisé en lutin.
Son élection fut à la fois une manœuvre exemplaire de prise du pouvoir et la preuve qu'il était un crétin déguisé.
La veille de son élection, Plouc fit venir ses sbires (ce fut là la preuve qu'il était un crétin déguisé, les lutins n'ayant jamais de sbires). Il leur fit distribuer des chocolats, que les sbires – des crétins eux-mêmes évidemment – dévorèrent avec une telle précipitation qu'ils se rendirent malades et ne purent eux-mêmes aller voter.
Il n'y avait donc plus assez de crétins pour aller voter pour lui.
Comment transformer des lutins en crétins le plus rapidement possible pour qu'ils votent pour moi? se demanda-t-il.
- Je sais! s'écria-t-il. Je vais leur promettre une quantité inéluctable de choses. Une fois que je serai élu il sera trop tard!
Et sa manœuvre fonctionna parfaitement.
SOLOTAREFF, Grégoire, Contes d'été, coll. Neuf, Paris, L'École des loisirs, 2001, p. 186-187.
- Montrez que, dans ce conte, le narrateur ridiculise le processus électoral.
Ça
C'est couché sur le trottoir. On dirait une sculpture. Off-off-ex-post-moderne. On s'approche. Ça pue quand on s'approche, ça pue et ça remue, diable ! Ça a des yeux. Ça tient un grand sac vert qui déborde de choses. On veut voir ce qu'il y a dans le sac. Ça jappe un peu quand on arrache le sac, heureusement ça ne mord pas. On ouvre le sac.
Déboulent silencieusement jusqu'à la ruelle une bouteille de caribou vide, de l'argent Canadian Tire, un chandail de hockey troué, une carte périmée de la STCUM, un morceau de stade olympique, un lambeau de société distincte, et une vieille photo, une photo de ça quand c'était humain et petit et que ça rêvait de devenir astronaute.
PROULX, Monique, Les Aurores montréales, Montréal, Boréal, 1996, p.197.
- Montrez que ce récit dénonce le mépris.
Extrait du roman Bonheur d'occasion
Florentine est serveuse au restaurent d'un comptoir bon marché. Jean est un client qui l'invte à sortir.
Il1 remarqua le tressaillement de ses mains, frêles comme celles d'un enfant ; il vit les clavicules se découper dans l'échancrure du corsage.
Au bout d'un moment, elle2 se laissa aller devant lui à se reposer sur une hanche, cachant son énervement sous une expression boudeuse, mais il ne la voyait plus telle qu'elle était là, de l'autre côté du comptoir. Il la voyait parée, prête à sortir le soir, avec beaucoup de fard pour couvrir la pâleur de ses joues, des bijoux cliquetant sur toute sa maigre personne, un petit chapeau ridicule, peut-être même une voilette derrière laquelle ses yeux avivés de khôl brilleraient : une jeune fille drôlement attifée, volage et toute tourmentée déjà par le désir de lui plaire. Et ce fut en lui comme une poussée de vent destructeur.
— Tu viendras aux vues avec moi ce soir ?
Il sentit qu'elle hésitait. Sans doute son invitation, s'il prenait la peine de lui donner une tournure plus aimable, trouverait-elle la jeune fille consentante. Mais justement, il la voulait ainsi, puisqu'il la lui présentait dure et directe, comme s'il ne désirait pas qu'elle acceptât.
— Alors, c'est entendu, fit-il… Apporte-moi donc maintenant votre fameux spécial.
Puis il tira un bouquin de la poche de son pardessus qu'il avait jeté sur une chaise près de lui, l'ouvrit et s'absorba immédiatement.
Une rougeur s'était répandue sur les joues de Florentine. Voilà ce qu'elle haïssait tant chez ce jeune homme : le pouvoir qu'il avait, après lui avoir fait perdre pied, de l'éloigner de sa pensée, de l'abandonner comme un objet qui à ses yeux ne présentait plus d'intérêt. Pourtant c'était lui qui, depuis quelques jours, la poursuivait de ses avances. Elle n'avait pas fait le premier pas. C'était bien lui qui l'avait tirée de ce sommeil lourd où elle avait été blottie, hors de la vie, avec ses griefs et son ressentiment, toute seule avec des espoirs diffus qu'elle ne voyait pas trop et dont elle ne souffrait pas trop. C'était lui qui avait donné une expression à ces espoirs qui étaient maintenant aigus, torturants, comme de l'envie. Elle le considéra un instant en silence et son cœur se serra. Il lui plaisait déjà beaucoup, ce garçon.
ROY, Gabrielle, Bonheur d'occasion, coll. 10/10, Montréal, Stanké, 1977, p.14-15.
- Est-il juste d'affirmer que le désir ressenti par Jean Lévesque est ambivalent?
- Est-il juste d'affirmer que le désir ressenti par Florentine est ambivalent?
- Est-il juste d'affirmer que le désir ressenti par Jean Lévesque et Florentine est ambivalent?
1- Le nom du personnage masculin, un jeune homme, est Jean Lévesque.
2- Le nom du personnage féminin, une jeune serveuse de restaurant, est Florentine Lacasse.
« L’albatros »
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Baudelaire, Charles, « L’albatros », Les Fleurs du Mal. poème II du recueil
- Montrez que le poète, tout comme l'albatros, est à la fois admirable et ridicule
Bonheur d’occasion
Alphonse est un jeune homme qui n’arrive pas à se trouver d’emploi pendant la crise économique des années 30 marquées, notamment, par le chômage et la misère.
On entendit Alphonse ricaner, puis il continua […] :
— Avez-vous déjà marché, vous autres, su la rue Sainte-Catherine, pas une cenne dans vot’ poche, et regardé tout ce qu’il y a dans les vitrines? Oui, hein ! Ben moi aussi, ça m’est arrivé. Et j’ai vu du beau, mes amis, comme pas beaucoup de monde a vu du beau. Moi, j’ai eu le temps de voir du beau : pis en masse. […] Des Packard *, des Buick, j’en ai vu des autos faites pour le speed pis pour le fun. Pis, après ça, j’ai vu leurs catins ** de cire, avec de belles robes de bal sur le dos, pis d’autres, qui sont pas habillées une miette. Qu’est-ce que vous voyez-t-y pas su la rue Sainte-Catherine ? Des meubles, des chambres à coucher, d’aut’ catins en franfreluches *** de soie. Pis des magasins de sport, des cannes de golf, des raquettes de tennis, des skis, des lignes à pêche. S’y a quelqu’un au monde qu’aurait le temps de s’amuser avec ces affaires-là, c’est ben nous autres, hein ?
« Mais le seul fun qu’on a, c’est de les regarder. Pis la mangeaille à c’te heure ! Je sais pas si vous avez déjà eu le ventre creux, vous autres, et que vous êtes passés par un restaurant iousque qu’y a des volailles qui rôtissent à petit feu su une broche ? Mais ça, c’est pas toute, mes amis. La société nous met ça sous les yeux : tout ce qu’y a de beau sous les yeux, Mais allez pas croire qu’a fait rien que nous le mette sous les yeux ! « Ah ! non, a nous conseille d’acheter aussi. On dirait qu’a peur qu’on soye pas assez tentés. Ça fait donc qu’a nous achale pour qu’on achète ses bébelles. Ouvrez le radio un petit brin : et qu’est-ce que vous entendez ? Des fois, c’est un monsieur du Loan qui vous propose d’emprunter cinq cent piasses. Boy, de quoi s’acheter une vieille Buick. D’aut’ fois, c’est un billboard qui vous offre de bien nettoyer vos guenilles. Ils vous disent que c’est […] ben bête de ne pas avoir un frigidaire dans vot’ maison. Ouvrez la gazette à c’te heure. Achetez des cigarettes, du bon gin hollandais, des petites pilules pour le mal de tête, des manteaux de fourrure. […] Oui, des tentations, c’est ce que la société nous a donné, poursuivit-il.
ROY,Gabrielle - Boréal Compact, 1993. (page 59)
* Packard : marque américaine d’automobiles de luxe, la plus connue et la plus diffusée au monde dans les années 30.
** « catin » : régionalisme. poupée
*** « fanfreluche » : (le mot se dit : fanfreluche) légère décoration (nœud, dentelle, volant, pompon) de peu de valeur sur une toilette ou sur un meuble.
- Peut-on affirmer que le personnage d'Alphonse dénonce la société de consommation?
Extrait du roman Bonheur d’occasion
Lorsque la vieille madame Laplante envoya chercher à la cave un gros morceau de lard salé, des œufs frais, de la crème et des conserves, et qu’elle fit envelopper toutes ces choses, Rose-Anna fut émue de la générosité de sa mère. Sachant comme la pauvre vieille s’irritait des remerciements, elle n’osa pas en formuler. Et cela acheva de l’attrister. Elle regardait sa mère qui s’était levée péniblement pour ajouter encore un gros pain de ménage dans la boîte à victuailles et qui, de ses mains fureteuses, déplaçait les objets, les remettait en place et grondait. « A nous donne toujours gros chaque fois qu’on vient », songeait Rose-Anna. « Peut-être qu’a croit pas un mot de ce que j’y dis. Pauv’ vieille, a veut nous aider à sa manière. Et ça la fâche de pas pouvoir faire plus. A toujours eu bon cœur pour donner. Ben sûr, qu’a nous laisserait pas pâtir de faim, si a savait qu’on a pas tout ce qu’il faut. Toute notre vie, quand on a eu besoin d’elle, a nous a donné la nourriture, les vêtements et les bons conseils, c’est vrai. » Sa bouche se plissa. Et elle pensa : « Mais est-ce rien que ça qu’une mère doit donner à ses enfants ? »
Et, tout d’un coup, Rose-Anna s’affaissa à demi sur sa chaise, le front soucieux et le regard au loin. Elle se demandait : « Est-ce que j’aurai, moi, quelque chose de plus à donner à Florentine quand elle sera une femme mariée et qu’elle aura peut-être ben besoin de moi de la façon que j’ai moi-même aujourd’hui besoin de quelqu’un pour me parler ? » Elle croyait comprendre soudain l’austérité de sa mère. N’était-ce pas avant tout la gêne terrible de ne pas savoir défendre les êtres qui l’avaient ainsi fait se raidir toute sa vie ?
Et parce qu’elle n’avait plus la certitude de pouvoir aider sa fille ni plus tard ni maintenant, parce qu’elle était traversée de la crainte que Florentine ne chercherait pas cette aide, et parce qu’elle comprenait subitement qu’il est très difficile de secourir ses enfants dans les malheurs secrets qui les atteignent, Rose-Anna hocha la tête et se laissa aller au silence. Sans effort, comme si l’habitude fût déjà ancienne, elle esquissait, sur le bras de sa chaise, le même geste futile que sa mère.
ROY, Gabrielle, Bonheur d’occasion, coll. 10/10, Montréal, Stanké, 1977, p.202.
- Rose-Anna juge-t-elle qu'elle a une bonne mère?
ou - Montrez que Rose-Anna n'est pas certaine d'être une bonne mère.