L’avenir de l’Amérique

et

l’Amérique de l’avenir

 

 

 

 

                    La réélection du Président Bush m’a incité à relire le livre de M Emmanuel Todd  « Après l’Empire ».  Dans cette perspective, on peut raisonnablement penser que l’élection de M. Bush n’est pas ce qui pouvait arriver de mieux pour l’Amérique. Il semble que l’Empire  va continuer à se désintégrer, puisqu’il n’a plus les moyens de ses prétentions.

 

                    Les guerres menées par M. Bush, ont fait voir la faiblesse de cette démocratie libérale qui fut, d’une certaine manière, un empire depuis la fin de la dernière guerre ( 1939-45) jusqu’en 1965 environ.

 

                    L’Amérique pouvait alors imposer ses volontés au reste du monde. La puissance de son armée ne pouvait être contestée. C’était la plus grande force économique. Les États-Unis jouissaient d’ailleurs d’un prestige incontestable et la culture américaine se répandait sur l’ensemble de la planète.

 

                    Or, le spectacle qui se précise de plus en plus, montre non seulement des signes d’essoufflement de cette grande puissance, mais il met en évidence ses faiblesses fondamentales.

 

                   D’abord sur le plan militaire. Après avoir bombardé pendant des mois un pays délabré (l’Afghanistan) , son armée est incapable d’assurer la paix et la stabilité en dehors et même à l’intérieur de Kaboul.  L’agression de l’Iraq , un pays affaibli par un blocus de dix ans, n’est pas plus fructueuse. Après plus de 100,000 victimes parmi les civils, l’armée n’est pas capable de stabiliser le pays. Peut-être M .Bush cherchera-t-il à faire oublier ces deux échecs en attaquant un troisième pays,.l’Iran où, sans être prophète, on peut s’attendre aux mêmes résultats. L’Empire est obligé d’attaquer le faible pour se donner  et donner au reste du monde une impression de  puissance qu’il n’a plus.

 

                    Au plan idéologique, les perspectives ne sont guère plus réjouissantes. Les récents sondages un peu partout à travers le monde démontrent à l’évidence l’impopularité des politiques étrangères des États-unis. On a d’ailleurs vu des manifestations monstres dans tous les pays démocratiques pour protester contre la guerre contre l’Iraq.

Les valeurs dont s’enorgueillit M. Bush, valeurs de l’extrême droite, sont loin d’être partagées.  Personne n’est en mesure d’accepter son principe des guerres préventives, ou des valeurs humaines concernant les prisonniers de guerre, la torture, ses vues sur l’environnement etc. Toutes ces valeurs sont loin d’être acceptées par les démocraties actuelles.

 

                    Au plan économique, on ne peut parler sérieusement de succès à l’intérieur; bien au contraire. La dette atteint des proportions vraiment inquiétantes, les filets sociaux sont inexistants : au fond on peut dire que ce pays ne produit que de l’argent, alors que les biens sont surtout importés. La Chine et l’Europe sont actuellement supérieurs  comme puissances économiques productives.

 

                    Au plan de la politique internationale, les menaces de M. Bush à l’égard de l’ONU ont fait voir clairement que les démocraties ne tremblent plus devant l’Empire.

Avec M. Bush à sa tête, l’Amérique est devenue un problème international que les démocraties doivent gérer au mieux. C’est bien ce à quoi s’affairent la France, l’Allemagne, l’Espagne et les autres démocraties européennes.

 

                    On aurait donc raison de croire que l’Empire américain a son avenir derrière lui. Cette démocratie, pendant longtemps perçue par plusieurs comme l’idéal politique, n’est plus qu’une démocratie parmi d’autres.

 

                    Contrairement à ce que pensent les idéologues du régime, la démocratie libérale, non seulement n’est pas universellement exportable, mais encore, elle n’est pas un gage de stabilité  puisqu’elle peut dégénérer  en une oligarchie.

 

                    Il faut relire le livre de M. Todd à la lumière des quatre années du règne de M. Bush pour comprendre ce qui peut maintenant survenir au cours des quatre prochaines années. Car, les raisons fondamentales de cette évolution n’ont pas changé, même se sont accentuées depuis quatre ans. Les États-unis ne sont pas devenus d’avantage universalistes, ils sont de plus en plus différentialistes; ils n’ont pas fait la preuve qu’ils soient en mesure de s’ouvrir au reste du monde en le respectant.

                     Sans doute M. Bush tentera-t-il de pallier à ces sombres perspectives en intensifiant le plus possible l'union du Canada et du Mexique avec les États-unis. La lutte au terrorisme est l'arme la plus efficace pour réaliser d'abord une réglementation unifiée sur le plan de la sécurité. De là à réaliser une intégration plus profonde il n'y a qu'un pas à franchir que M. Bush n'hésiterait sans doute pas à franchir. Il augmenterait ainsi sa puissance économique et militaire et deviendrait vraiment un adversaire de taille sur le plan économique avec l'Europe unie. Je vois l'Amérique de l'avenir s'étendant de l'Alaska au Mexique.

 

 

lien d'intérêt: http://pages.infinit.net/philoman/compte/todd.htm

 

Mise à jour 3 novembre 2004
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Claude COLLIN