

Ce que l'opinion commune reconnaît, par-dessus tout, comme des
substances, ce sont les corps, et, parmi eux, les corps naturels, car ces derniers sont
principes des autres. Des corps naturels, les uns ont la vie, les autres ne l'ont pas: et
par "vie" nous entendons le fait de se nourrir, de grandir et de dépérir par
soi-même. Il en résulte que tout corps ayant la vie en partage sera une substance, et
substance au sens de substance composée. Et puisqu'il s'agit là, en outre, d'un corps
d'une certaine qualité, c'est-à-dire d'un corps possédant la vie, le corps ne sera pas
identique à l'âme, car le corps animé n'est pas un attribut du sujet, mais il est
plutôt lui-même substrat et matière. Par suite, l'âme est nécessairement substance,
en ce sens qu'elle est la forme d'un corps naturel ayant la vie on puissance. Mais la
substance formelle est entéléchie (état de l'être en acte, pleinement réalisé) ;
l'âme est donc l'entéléchie d'un corps de cette nature. - Mais l'entéléchie se prend
en un double sens; elle est tantôt comme la science, tantôt comme l'exercice de la
science. Il est ainsi manifeste que l'âme est une entéléchie comme la science, car le
sommeil aussi bien que la veille impliquent la présence de l'âme, la veille étant une
chose analogue à l'exercice de la science, et le sommeil, à la possession de la science,
sans l'exercice. Or l'antériorité dans l'ordre de la génération appartient, dans le
même individu, à la science. C'est pourquoi l'âme est, on définitive, une entéléchie
première d'un corps naturel ayant la vie en puissance, c'est-à-dire d'un corps
organisé.
Aristote, De l'âme, livre Il, ch. 1, p. 412 a-b;
traduction de J. Tricot,
Bibl. des textes phil., p. 66~68.
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Collin 99 Mise à jour
25 févr. 2006
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