Les

grands courants  de la philosophie du droit (1)

 

 

Présentation

Nous essaierons au cours de ce chapitre d'esquisser les grandes lignes des courants de pensée qui ont marqué l'évolution de la philosophie du droit. Il faut se rappeler que toute catégorisation est un peu une trahison, mais cela est indispensable pour essayer de comprendre l'essentiel de la diversité de pensées.

Nous verrons 3 courants qui nous semblent importants:

1-Le courant rationaliste illustré surtout par Thomas d’Aquin(1226-1274)

2-Le courant volontariste et naturaliste représenté principalement par Grotius(1583-1645)et J.-J. J. Rousseau (1712-1778)

3-Le courant humaniste, avec Charles de Montesquieu (1689-1755)

rem: rappelons que nous avons étudié plus haut les courants du positivisme juridique et du marxisme.

(Il s'agira bien sûr de résumer à grands traits ces philosophies ... )

Sources

BRIMO,Albert,Les grands courants de la philosophie du droit et de l'État, Ed. A. Pedone , Paris 1978

VILLEY, Michel, Philosophie du droit, Dalloz, Paris 2 vol.

A- Le courant rationaliste

Thomas d'Aquin (1226-1274)

La philosophie thomiste du droit et de l'Etat occupe une place exceptionnelle dans toute l'histoire de la philosophie du droit et de l'Etat et conserve encore aujourd'hui selon Brimo et Villey toute son actualité.

La conception du droit et de l'État de St.Thomas s'inscrit dans le cadre d'une théologie morale où il cherche à déterminer la nature de l'homme et de sa fin. Sa perspective est non seulement philosophique mais théologique, i.e. enracinée dans la Révélation et la Grâce. Mais il a le souci de construire une philosophie fondée sur la raison.

Chaque être a une nature qui est intérieure (essence) et une fin qui est sa nature réalisée. La loi naturelle c'est la mise en rapport de la nature avec sa fin: elle assure la présence de la forme.

Selon Thomas, le principe premier de l'agir humain c'est la raison, qui est la règle et la mesure des actes humains. Car l'homme ne peut agir en être intelligent sans la conduite de la raison. D'autre part, la rèqle des actes humains c'est la loi.

Donc la loi se trouve dans la raison: elle est une ordonnance de la raison.

« La raison humaine comme telle n'est pas règle, écrit-il. Ce sont les principes qui lui sont inculqués qui jouent le rôle de règle et de mesures générales par rapport à toutes les actions qu'elle-même a fonction de mesurer et régler."

Brimo s'exprime de la façon suivante:

"Au sommet de l'échelle mystique, Saint Thomas place la lex aeterna, la loi éternelle. "La loi éternelle est le gouvernement du monde par la raison divine. La raison, dont la règle est le droit de la nature, est la raison divine." (Somme) La lex aeterna est immanente à la raison divine, l'image même de cette raison, elle exprime de la manière la plus parfaite l'idée de volonté divine présente dans l'intelligence du monde.."

"Au-dessous, Saint Thomas place la lex naturalis, qui correspond dans l'échelle mystique à la raison spéculative (ratio spéculativa), dont les fonctions sont definitio, enunciatio, syllogismus vel argumentatio, "la loi naturelle est la participation des créatures douées de raison à la loi éternelle". Cette loi naturelle, étant donné la doctrine du péché originel et la chute de l'homme, ne peut être qu'une image imparfaite de la lex aeterna, mais elle est accessible à l'homme par la raison spéculative; elle représente dans la philosophie thomiste le point de convergence entre la raison divine et la liberté rationnelle. Elle subit simplement l'action de cette inclination naturelle qui est au rentre de toute construction thomiste, "en elle se réalise une participation de la raison éternelle s'exprimant sous forme d'inclination naturelle à des fins dues".Cette volonté de St Thomas  de ramener le problème de la  loi naturelle au plan des fondements du droit, est très apparente dans la distinction qu'il établit entre la loi naturelle primaire et la loi naturelle secondaire. Seule la loi naturelle primaire présente un caractère d'immutabilité, mais elle se ramène à un seul principe, qu'il faut faire le bien et éviter le mal, "la nature raisonnable, du fait qu'elle connaît les notions universelles de bien et de l'être, implique un ordre immédiat au principe universel de l'être.

"La loi naturelle secondaire est faite de règles qui varient avec les pays, car si la justice doit s'observer universellement, la détermination des choses qui sont justes par institution divine ou humaine varie nécessairement selon les états différents de l'homme."...les principes communs de la loi naturelle ne peuvent être apploiqués selon un mode universel à tous, en raison de la grande variété des choses humaines. De là provient la divesité des législations chez divers peuples."

(...) la lex humana est l'oeuvre de la raison humaine élaborant les règles pratiques de vie individuelle et sociale, elle constitue à proprement parler le droit positif la loi est une prescription de la raison, se rapportant au bien général faite par celui qui gouverne la communauté, et promulguée."

  • Le contenu du droit chez Saint Thomas

  •         Le contenu est déterminé par la raison spéculative et la raison pratique dans leur contact avec le réel et la vie, c'est-à-dire, avec la nature des choses; cela rapproche le thomisme des juristes modernes qui ont pris conscience, à travers l'historicisme et l'existentialisme de l'importance de ce facteur "nature des choses" dont ils ont fait la base de leur construction.

        La raison de l'homme ne lui indique que des directions. Ce que Saint Thomas appelle la raison droite n'est pas comme le pense Kelsen, la découverte certaine et précise d'un ordre du bien, ou du juste. C'est l'harmonie avec la nature; ce qui est très différent. Ce n'est pas un automatisme. Cet ordre juridique de Thomas se conçoit par rapport à l'inclination vers la justice qui se trouve innée en l'homme et par rapport à sa fin naturelle. La justice est conçue comme un idéal. Seule l'idée de justice a une existence véritable. Le droit positif n'est qu'une copie qui ressemble au modèle. Le droit positif n'a qu'une existence apparente. La justice ne vise pas le transitoire, mais l'éternel, afin d'y contempler la forme, le type parfait. Dans cette recherche de la justice, l'homme est aidé par la droite raison.

        Le penchant à la justice a besoin d'être aidé par la Prudence. L'homme a des penchants au bien, mais le souci de perfectionner sa personnalité, mûrir ses jugements, réaliser un équilibre harmonieux dans l'existence individuelle ou sociale ne s'impose pas d'emblée, il faut y ajouter la syndérèse. (Brimo) La prudence construit le droit en partant des principes universels et des actions singulières.

    suite

    Copyright Claude Collin 99copy3.gif (2372 bytes)Mise à jour 20 nov. 2006
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