Charles Darwin

Par Martin Godon, Collège du Vieux-Montréal.

Introduction

Il n’est pas habituel de considérer Charles Darwin comme un philosophe. Sa théorie de l’évolution interprète des faits strictement biologiques. Cependant, le développement de la philosophie a été profondément marqué par cette théorie. Puis la religion, l’histoire, la psychologie et, finalement, toutes les sciences sociales ont ressenti les effets importants provoqués par la découverte du naturaliste anglais. Bien qu’elle ne conduise pas directement à un développement technologique, sa théorie constitue néanmoins une des révolutions scientifiques les plus importantes de l’époque moderne.

D’un point de vue philosophique, la découverte de Darwin va complètement bouleverser notre image de l’humain. Bref, sa théorie s’oppose radicalement au récit biblique selon lequel nous aurions été fabriqués par Dieu au sixième jour de la Création il y a environ 5 000 ans. Charles Darwin nous apprend plutôt que l’apparition de l’être humain sur Terre est la conséquence de diverses métamorphoses qui ont affecté le corps des singes dans un lointain passé.

En affirmant qu’une espèce de singe serait l’ancêtre de l’homme, Darwin nous force à repenser la distinction classique entre l’humain et l’animal. Sa théorie nous conduit à admettre que nous sommes le résultat improbable d’un long processus biologique qui a débuté il y a plusieurs millions d’années. Depuis Darwin, on ne peut donc plus prétendre scientifiquement que Dieu a créé directement l’être humain.

 

Sa vie

Né en 1809, Charles Darwin est le fils du médecin Robert Darwin et le petit fils d’Erasmus Darwin, un naturaliste. Le petit Darwin est âgé de 8 ans à la mort de sa mère, Suzanne Wedgwood.

On raconte que tout jeune, il se passionne déjà pour les coquillages, les insectes, les œufs d’oiseaux. Bien que n’étant pas un écolier particulièrement doué, il se montrait curieux des sciences naturelles et de la poésie. Il a fait des études de médecine à l’université d’Édimbourg et des études en théologie à Cambridge. Dans les deux cas, Darwin abandonne car il a l’impression de perdre son temps. On peut donc dire que le naturaliste Charles Darwin a une formation d’amateur et d’autodidacte. Son œuvre témoigne tout de même d’une véritable maîtrise de l’univers biologique tel qu’il est connu à son époque.

En décembre 1831, Darwin va s’embarquer pour une expédition autour du monde à bord du bateau " Beagle " en tant qu’accompagnateur du capitaine Fitzroy. Une excursion autour du monde est certainement une affaire hautement captivante à cette époque. Il faut cependant se rappeler que le danger est toujours présent. Plus le voyage avance et plus Darwin se sent préoccupé par ses observations zoologiques, botaniques et géologiques. Il semble qu’il ait eu sa première " rencontre " avec l’évolution dans la région de Montevideo en Uruguay, en novembre 1832. Il trouve alors des fossiles de grands tatous, un animal disparu qui serait l’ancêtre des petits tatous qu’on rencontre fréquemment à l’époque dans cette région de l’Amérique du Sud.

En 1835, l’exploration des îles Galápagos (un archipel situé dans l’océan Pacifique) est peut-être le moment scientifique le plus intense du périple de Darwin. Enfin, il est de retour en Angleterre en octobre 1836. Ce voyage a joué un rôle déterminant dans le développement de la théorie de l’évolution. C’est durant cette longue aventure que les idées de Charles Darwin se sont éloignées de certains préjugés communs à cette époque et l’ont amené à inventer sa célèbre théorie.

De 1838 à 1859, Darwin va peaufiner les divers aspects de sa théorie dans le secret de sa demeure dans la banlieue de Londres. Durant cette période, il va minutieusement collectionner une montagne d’informations se rapportant à la diversité des espèces vivantes. La théorie de Darwin est moins l’invention glorieuse d’un génie inspiré que le fruit d’un labeur quotidien et méthodique d’observation et de comparaison.

En janvier 1839, il va fonder une famille avec sa cousine Emma Wedgwood.

Durant l’hiver de 1858, Darwin apprend que le naturaliste Alfred Wallace (1823 – 1913) a conçu une hypothèse qui ressemble beaucoup à sa théorie. Cela va inciter Darwin à publier son livre sans plus attendre. Le premier juillet 1858, les deux naturalistes vont présenter ensemble leur théorie à la Société linnéenne de Londres. Cependant, Wallace va toujours reconnaître magnanimement la priorité de Darwin.

Le livre de Darwin, L’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, est publié le 24 octobre 1859. À partir de ce moment, jusqu’à sa mort, il va devoir défendre sa théorie contre les attaques mesquines de ceux qui ne comprennent pas sa doctrine. La critique ironique mais injuste de monseigneur Wilberforce, évêque d’Oxford, mérite par-dessus tout d’être rappelée : " Est-il vraiment croyable que des variétés favorisées de navets aient tendance à devenir des hommes? "

Néanmoins, vers la fin de sa vie, Charles Darwin va connaître le bonheur de voir sa théorie acceptée par la plupart des biologistes sérieux, partout dans le monde. Sa réputation universelle et la satisfaction d’un travail bien fait vont réconforter les jours maladifs de sa vieillesse. Le père de la théorie de l’évolution est mort le 19 avril 1882. On a déposé sa tombe juste à côté de celle d’Isaac Newton.

 

Son œuvre

L’œuvre de Darwin est diversifiée. Il a notamment publié le récit de son voyage autour du monde, Voyage d’un naturaliste autour du monde (1839), des traités de géologie, des ouvrages de botanique, de zoologie et d’entomologie, en plus de l’œuvre majeure dans laquelle il nous explique sa théorie concernant l’évolution des espèces vivantes: L’origine des espèces. En 1871, il va montrer comment l’être humain est lui aussi le résultat du processus d’évolution dans La descendance de l’homme et la sélection sexuelle. L’année suivante, il va revenir sur le sujet dans une recherche sur L’expression des émotions chez l’homme et les animaux.

 

Conclusion

Les plus grands mérites de Darwin sont assurément d’avoir découvert le mécanisme qui mène à la formation des espèces, soit la sélection naturelle et d’avoir forgé les arguments qui vont permettre à sa théorie de s’imposer. Néanmoins, depuis 1859 jusqu’à aujourd’hui, on a formulé de nombreuses critiques à l’égard du darwinisme. Si les biologistes de notre époque ont pris leurs distances vis-à-vis de certaines idées du naturaliste anglais, il faut reconnaître que sa doctrine de la sélection naturelle domine encore dans la conception actuelle de l’évolution.

© CVM, 2003