René Descartes

par Raymond-Robert Tremblay, du cégep du Vieux Montréal

 

Né en 1596, mort en 1650. Philosophe et savant français qui a fortement marqué le XVIIe siècle.

Sa vie

La plupart des gens connaissent le plan cartésien, sur lequel on dessine des graphiques représentant des formules algébriques. Mais peu savent qu'il a été ainsi nommé en l'honneur de René Descartes, pour sa contribution à la naissance de la géométrie analytique. Ce dernier a aussi mené des études en optique, en astronomie et en médecine. Mais sa renommée est surtout due à la révolution qu'il provoqua en philosophie.

Fils d'un conseiller du parlement de Bretagne, il perd sa mère à l'âge d'un an. De santé fragile, il poursuit des études sous la direction des jésuites. Très impressionné par la condamnation de Galilée par l'Inquisition, en 1633, il publie ses premiers ouvrages sous le couvert de l'anonymat. Craignant l'intolérance, il se réfugie pendant vingt ans en Hollande, pays réputé pour son ouverture d'esprit. Tout au long de son existence, Descartes poursuit de nombreux débats intellectuels contre la philosophie dominante (la scolastique) et mène une vie mondaine assez active, comme sa correspondance en témoigne. Il donnera des cours de philosophie à la reine Christine de Suède. C'est le climat rigoureux de ce pays, conjugué avec une santé chancelante, qui est la cause de son décès.

Son oeuvre

Les deux ouvrages philosophiques les plus importants de Descartes sont sans conteste le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences (1637) et les Méditations touchant la première philosophie dans lesquelles l'existence de Dieu et la distinction réelle entre l'âme et le corps de l'homme sont démontrées (1641). Le Discours de la méthode étonne par sa brièveté et aussi par le fait qu'il est d'abord publié en français. À cette époque, toute philosophie qui se respecte était publiée en latin et tous les érudits maîtrisaient parfaitement cette langue morte qui servait de langue universelle de la science. Mais Descartes se veut accessible et se méfie des lourds traités remplis d'arguments complexes et de sophismes!

Le Discours de la méthode

C'est dans le Discours qu'on trouve l'explication du doute méthodique et l'énoncé de la première vérité indubitable de sa philosophie : "je pense donc je suis". Descartes y constate d'abord que toutes les sciences de son époque étaient peu sûres d'elles-mêmes et que leurs "vérités" étaient bien fragiles. Puis, il pose que la réalité pourrait fort bien n'être qu'un rêve. Comme toutes ces idées sont douteuses, il faut les considérer comme si elles étaient fausses, de crainte de tomber dans l'erreur. Son doute systématique semble nous mener au scepticisme le plus extrême.

Mais tel n'est pas le cas. Examinons le coeur de son raisonnement: si je doute de tout, il est certain que je doute. Si je doute, alors je pense. Et si je pense, il faut bien que j'existe! D'où nous trouvons cette première vérité apodictique (parfaitement claire et irréfutable) qui est la base de sa philosophie : "je pense donc je suis". Ainsi, le doute méthodique nous mène-t-il à la certitude!

Descartes est confiant que cette idée puisse être comprise et acceptée par tous, car nous avons tous la raison (ou le bon sens), c'est-à-dire la faculté de distinguer le vrai du faux et le bien du mal. Le problème de l'humanité consiste en ceci que nous ne savons pas nous servir correctement de notre raison. C'est pourquoi il nous faut une méthode nouvelle, inspirée de la seule science certaine qui soit, la géométrie. Cette méthode peut se ramener à quatre principes :

1- Ne recevoir pour vraies que les idées dont nous n'avons aucune raison de douter. Seules les idées claires et distinctes ont cette qualité.

2- Diviser chaque difficulté en autant de parcelles que nécessaire.

3- Conduire par ordre ses pensées en passant des objets les plus simples aux plus complexes.

4- Passer toutes les choses en revue afin de ne rien omettre.

Avec ces principes, Descartes est confiant de faire progresser la science.

Les Méditations

Les méditations métaphysiques de Descartes sont plus difficiles que le Discours, car plus profondes. Elles ne procèdent pas du même esprit démocratique. Écrites en latin (puis traduites en 1647), elles s'adressent d'abord aux savants. C'est l'oeuvre philosophique la plus importante de Descartes. Elle est à l'origine d'une bonne partie de la philosophie moderne. On retient des six Méditations l'hypothèse du malin génie, l'image du morceau de cire, la preuve de l'existence de Dieu, et l'explication de la différence entre le corps et l'âme.

Dans la première méditation, Descartes reprend le thème du doute méthodique et lui donne une forme générale : il se peut qu'un malin génie nous trompe systématiquement sur tout et nous rende incapable de comprendre vraiment quoique ce soit.

Dans la deuxième méditation, il montre que même dans ce cas de doute extrême, il est certain que "je suis, s'il me trompe". En examinant un morceau de cire, Descartes montre que son intelligence vient de l'esprit et non des sens. Je suis un esprit qui voit, touche, sens, le morceau de cire.

Dans la troisième, il avance qu'un être fini ne peut pas avoir de conception de l'infini. Or, puisque nous avons une conception de l'infini en nous, il faut qu'elle y ait été mise par un être infini. Seul Dieu possède les attributs d'un être infini. Son existence est donc certaine.

Mais alors d'où vient l'erreur ? C'est l'objet de la quatrième méditation. Descartes y conclut que c'est la volonté qui est à l'origine de l'erreur, lorsque la volonté excède les possibilités de l'entendement. C'est alors que l'on fait preuve de précipitation dans son jugement.

Dans la cinquième, Descartes revient sur le problème de l'existence de Dieu, qu'il fait découler des perfections que je me vois contraint de lui attribuer lorsque je pense à lui. Dieu est le garant de la conception des idées claires et distinctes et donc le garant de ma propre raison.

Dans la dernière méditation, l'être humain apparaît comme une combinaison de l'âme et du corps. Le corps est une machine qui appartient au monde matériel, le monde des choses étendues (mesurables). Mes sens m'informent de ce monde matériel. Alors que l'âme, qui est mon véritable moi appartient à la chose pensante (au monde de l'esprit). Il faut y distinguer l'imagination (qui a partie liée avec les sens) et l'entendement (qui est pur).

Influence et critiques

Bien entendu, la philosophie de Descartes sera autant portée aux nues que critiquée. Certains y verront une philosophie dangereuse car Descartes affirme que la vérité ne peut être découverte que par les lumières naturelles de la raison (en opposition avec la révélation de la foi religieuse). D'autres, au contraire, trouveront qu'il ne va pas assez loin dans la voie du matérialisme, puisqu'il fait de Dieu le garant de la raison humaine. On critiquera sa conception du moi, identifié à l'esprit et en quelque sorte désincarné. Berkeley traitera son doute de " ridicule " et réaffirmera la primauté des sens. Hume, tout en y trouvant un antidote contre l'erreur et la précipitation du jugement, refusera d'admettre la conception d'une vérité première et d'appliquer le doute systématique aux choses de la vie quotidienne. Peirce trouvera son doute artificiel et remettra en cause sa méthode axée principalement sur l'usage de la raison, plutôt que sur l'expérience.

Quoi qu'il en soit, tous reconnaîtront en Descartes une intelligence supérieure et une audace incroyable. Descartes occupe une place unique dans l'histoire de la philosophie. On dira qu'il a donné à la science de Galilée la philosophie dont elle avait besoin pour s'épanouir. Son influence sur les philosophes qui l'ont suivi, et notamment sur Malebranche, Leibniz, Spinoza et les encyclopédistes, se répercute jusque dans les discussions philosophiques contemporaines.

© CVM, 1997