Parménide

par Isabelle Rivard, de l'université de Montréal

Né à Élée (colonie grecque de l'Italie du sud) au Ve siècle avant l'ère chrétienne, Parménide aurait été initié à la philosophie par un pythagoricien. La tradition le considéra également, à tort ou à raison, comme un disciple de Xénophane de Colophon. On croit qu'il fit partie d'une secte ou d'une communauté médicale, et qu'il rédigea les lois de sa ville natale.

(Image ci-contre: philosophe représenté sur un sarcophage)

Nous ne possédons plus de lui que cent soixante vers, vestiges d'un Poème dont nous aurions égaré une part importante. Depuis le XVIe siècle, on en a souvent tenté la reconstitution. Selon les plus récentes recherches, le Poème se composerait d'un Prologue et de trois sections distinctes: une introduction méthodologique, un discours sur la Vérité et un discours sur les Opinions.

Par des images mythologiques et allégoriques, voire initiatiques, le Prologue raconte le chemin d'un Voyageur en route vers le royaume d'une Déesse anonyme. L'introduction méthodologique, par la voix de la Déesse, enjoint le Voyageur à s'informer de tout, de la Vérité et de l'Opinion. Entre deux voies se proposant à la pensée, la voie de l'affirmation de l'être et celle de la négation de l'être, la Vérité se prononce pour la première: la Vérité c'est qu'il y a l'Etre. Avant de rechercher un principe d'explication du monde dans des éléments fondamentaux comme l'eau, l'air, la terre ou le feu, il est primordial de reconnaître qu'il y a l'Etre. Le fait d'être n'a ni commencement ni fin (il est éternel), il est présent absolument, indivisible et homogène. L'Opinion est fausse parce qu'elle favorise le refus de l'être, et qu'elle pose un double principe à la base du réel, le feu (ou la lumière) et la nuit (ou l'obscurité), alors qu'il n'y a qu'un seul vrai principe: l'Etre est.

On considère généralement que la pensée de Parménide et celle d'Héraclite sont opposées: à la conception parménidienne de l'être comme principe un, homogène et immuable, Héraclite opposerait la thèse du mouvement perpétuel.

Ses conceptions de l'être et de la vérité ont été reprises dans la doctrine de Platon et dans la philosophie chrétienne. Le Dieu des chrétiens porte ainsi les attributs de l'Etre de Parménide: il est éternel, un, et la Vérité qu'il révèle est immuable. Par contre, Platon se distinguera de Parménide en remettant en question le principe selon lequel "l'être est et le non-être n'est pas".

© CVM, 1997