Bertrand Russellpar Martin Godon, du cégep du Vieux Montréal
Né à Trellek, pays de Galles, en 1872, décédé en 1970. Homme infatigable et aux talents multiples, il a apporté une contribution dynamique et significative autant du côté des mathématiques et de la logique que de la morale. Il s'est également occupé de sociologie, d'éducation et de politique. Petit fils d'un premier ministre d'Angleterre, il fut orphelin dès l'âge de 4 ans.
Un homme débordant d'énergie
A l'Université de Cambridge, il s'intéresse particulièrement aux mathématiques et aux sciences morales. Sa thèse de doctorat traite du fondement de la géométrie. En 1894, il travaille à l'ambassade d'Angleterre à Paris. De 1900 à 1910, il entreprend des recherches sur la logique et la philosophie des mathématiques. Ces travaux vont être couronnés par la publication de Principia mathematica, écrit en collaboration avec A. N. Whitehead.
A partir de 1912, Russell va s'intéresser à la philosophie de la connaissance et à l'épistémologie. Aux yeux de ses concitoyens, son enseignement et son comportement sont parfois jugés scandaleux. Ainsi, en 1916, il sera expulsé de l'Université de Cambridge à cause de ses opinions anti-militaristes. Son pacifisme radical lui coûte également 6 mois de prison en 1918. Il profite de cette inaction forcée pour écrire une introduction à la philosophie des mathématiques.
Dès sa sortie de prison, et ce jusqu'en 1938, il gagne sa vie comme écrivain, journaliste et conférencier. Durant ces vingt années, Bertrand Russell va multiplier les prises de position dans les domaines éthique, social et politique. Malgré son individualisme, il se rapproche des socialistes anglais qui ont le souci du respect des libertés fondamentales. Durant l'entre-deux guerre, il s'engage activement dans la vie politique anglaise: en témoignent ses défaites électorales et ses nombreuses interventions à la Chambre des Lords à partir de 1931. Il va également visiter l'URSS et, au retour, il critique énergiquement le bolchévisme.
Durant les années trente, il s'occupe d'éducation (il fonde une école expérimentale) et des questions de morale conjugale. Influencé par Freud et particulièrement attaché à la liberté, il dénonce les tabous sexuels et prend position en faveur de l'union libre (il s'est marié à 4 reprises). Durant la seconde guerre mondiale, il enseigne aux États-unis. De retour en Angleterre, il milite activement contre la guerre, contre l'utilisation de l'arme nucléaire et contre les excès du nationalisme. En 1950, il reçoit le prix Nobel de littérature pour ses célèbres Essais sceptiques. Russell s'y déclare partisan d'un scepticisme modéré, mais néanmoins ennemi de la religion et des idéologies politiques. Au début des années 60, avec Jean-Paul Sartre et quelques intellectuels européens, il crée le célèbre Tribunal Russell. Ce tribunal dénonça notamment les activités de guerre américaines au Viêtnam.
Une oeuvre immense
L'oeuvre de Russell est vaste et diversifiée. Outre sa contribution magistrale à la philosophie des mathématiques avec Principia mathematica (1910-1913) et Introduction à la philosophie des mathématiques (1919), il écrit des ouvrages sur la logique et la philosophie de la connaissance: Essais philosophiques (1910), Analyse de l'esprit (1921) et L'analyse de la matière (1927). Il traite de morale: Le mariage et la morale (1929) et La conquête du bonheur (1930). Il fait également paraître des oeuvres qui concernent la politique et la sociologie. En 1950, il publie une autobiographie intellectuelle dans laquelle il explique que sa préoccupation première le conduit à tenter de comprendre le monde, à distinguer entre connaissance et opinion sans fondement. Selon lui, le philosophe a la responsabilité de trouver des fondements théoriques qui doivent permettre la plus grande certitude possible. En conséquence, le philosophe doit élaborer des démonstrations logiques rigoureuses. Plusieurs reconnaissent en Bertrand Russell le fondateur de la logique moderne. Il a donné une impulsion sans précédent à la philosophie analytique.
Une philosophie rigoureuse
Russell s'inscrit dans le mouvement de critique des sciences qui caractérise la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. A cette époque, on recherche le sens et la valeur des concepts fondamentaux dont se sert la science. Insatisfait par les systèmes philosophiques modernes, il crée son atomisme logique.
L'atomisme logique est une méthode d'analyse des propositions qui vise les éléments ultimes de la connaissance. Ainsi, on décompose les propositions complexes (propositions moléculaires) afin d'obtenir les propositions les plus simples (propositions atomiques). La proposition atomique est une proposition simple qui indique la qualité d'une chose.
Cherchant les fondements des propositions et des notions mathématiques dans la logique, il a été conduit à traduire les propositions mathématiques en propositions logiques. En cela, il prétend pouvoir constituer un système qui rendrait possible la reconstruction complète des mathématiques à partir d'une vingtaine de concepts logiques premiers. Afin d'y parvenir, Russell a du rejeter la distinction traditionnelle entre sujet et prédicat pour la remplacer par celle entre variable et fonction. Puis, il a analysé les nombreuses déterminations des rapports entre les variables et les fonctions. C'est par ce travail minutieux qu'il a créé la logique moderne, logique qui est en rupture avec celle d'Aristote.
Un humanisme actif
Réfléchissant sur le bonheur, il observe que les malheurs de ses contemporains proviennent en partie de causes psychologiques et en partie de causes sociales. Le chemin du bonheur passerait par la prise de conscience et le dépassement de ces causes. Alors, le bonheur serait plus une conquête épanouissante fondée sur l'acceptation joyeuse de la vie qu'une résignation. Le bonheur aurait pour fondement une vie sans conflit, une vie sans passions égocentriques, une vie caractérisée par l'ouverture à autrui. S'opposant radicalement aux systèmes moraux qui se fondent sur l'habitude et l'inertie, il propose plutôt une éthique de l'émancipation qui serait fondée sur le démontrable et l'acceptable.
Le rôle de la raison est obscur dans le domaine de la morale, selon Russell. Il va donc tenter de l'éclaircir. Il en arrive à prétendre que la fonction de la rationalité consiste essentiellement dans le choix des moyens en vue de la fin désirée. La raison n'est donc que la régulatrice des actions.
Son ouvrage intitulé Problèmes de philosophie (1912) est considéré encore maintenant comme l'une des meilleures introductions à la philosophie.
© CVM, 1997