Hannibal : un as de la stratégie militaire

Anca Seculin (Histoire et Civilisation) 

Nous sommes dans la période de l’expansionnisme romain.  Rome, devenue République 250 ans plus tôt ( en ~509 ), s’est rendue maître de toute l’Italie.  Elle ne tarda pas à attaquer sa seule ville rivale : Carthage.  C’est à cette époque que vécut Hannibal, un grand général carthaginois.  Dans ce texte, je vous parlerai d'abord du contexte historique dans lequel a vécu Hannibal.  Je présenterai ensuite le personnage et je montrerai l’héritage qu’il nous a laissé.

À la veille des guerres puniques, Rome traverse une période de stabilité socio-politique.  En face de Rome, Carthage, ville phénicienne fondée en ~814, est une riche cité marchande et industrielle, amarrée à la terre africaine.  Les deux villes sont des républiques aristocratiques (oligarchiques).  Carthage est gouvernée par un sénat de 300 membres choisis parmi les familles les plus importantes.  Une d’entre elles est le fameux clan des Barcides.  Les exclus de la société sont les esclaves publics (mineurs et travailleurs en industrie) qui n’ont aucun droit.  La religion carthaginoise montre son spécifique avec le “signe de Tanit”, la déesse lunaire.  Une autre originalité de la cité réside dans l’existence possible du tophet ( infanticides officiels ).

À cette époque, Rome et Carthage entretenaient de bons rapports et avaient pour ennemi commun les Grecs.  Carthage a dû les combattre pour s’implanter dans l’Ouest de la  Sicile.  Cependant, vers ~283, des mercenaires campaniens, les Mamertins, s’emparent de Messine, en Sicile.  Menacés par les Carthaginois, ils appellent les Romains à l’aide.  Cet événement déclenche la première guerre punique (~264-~241).  Enfin, la ténacité et le grand nombre de soldats romains portent à l’échec le général carthaginois Hamilcar Barca.   Souffrances et rancœurs accumulés font désormais de Rome et de Carthage des ennemies “héréditaires” : Hamilcar aurait ainsi exigé de son fils Hannibal la promesse de venger la défaite punique.

Hannibal Barca est né à Carthage en ~247.  Il faisait partie de la puissante famille des Barcides et il a eu une éducation soignée à laquelle président des précepteurs grecs, en particulier le lacédémonien Sosylos, qui sera son historien.

Sous la conduite d’Hamilcar Barca et de son fils, les Carthaginois se lancent avec succès, à partir de ~237, à la conquête de l’Espagne, riche en mines d’argent. Le général punique Hamilcar administre cet éphémère empire des Barcides.

L’attaque d’Hannibal contre Sagonte, cité alliée de Rome, marque le début de la seconde guerre punique : “ La Guerre d’Hannibal” (~218-~201).  Après la prise de Sagonte, Hannibal se rend en Italie avec 80 000 hommes et 37 éléphants qu’il veut utiliser pour écraser l’armée romaine.  Il franchit les Alpes, où il perd la moitié de ses éléphants.  L’utilisation guerrière d’éléphants était déjà connue des Romains, mais elle était toujours aussi terrifiante.  Plusieurs batailles sont nécessaires pour réussir à écraser l’armée romaine :  en ~218 sur Tessin et sur Trébie, en ~217 au lac Trasimène et en ~216 à Cannes.

À cette date, l’armée romaine est décimée, mais elle refuse de s’avouer vaincue.  Fabius rassemble les débris de l’armée et va, de ~216 à ~212, harceler les Carthaginois qui attendent en vain l’arrivée des renforts.  La maîtrise romaine des mers et l’armée de Scipion opérant en Espagne empêchent Carthage d’envoyer de l’aide à Hannibal.  En ~204, le général de 21 ans, Scipion, débarque en Afrique.  L’armée d’Hannibal, rappelée d’Italie pour défendre Carthage, affronte en ~202 celle de Scipion dans un ultime combat à Zama qui se solde avec la défaite des Carthaginois.

Pendant les vingt ans qui lui restent à vivre, Hannibal fera plusieurs métiers : homme politique, diplomate et chef des services secrets, général, amiral, mais aussi architecte et urbaniste.  Il fit construire un nouveaux quartier sur le sommet de la colline Byrsa, à Carthage.  Mais lorsqu’il est élu suffète, ses adversaires alertent Rome, qui exige son élimination (~195).  Hannibal quitte précipitamment sa patrie et demande asile au roi de Bithynie qui avait l’intention de le livrer aux Romains.  Hannibal n’aura d’autre issue que le suicide en ~183.

Pendant ce temps, Carthage est de nouveau écrasée par d’énormes indemnités de guerre.  Rome devient la première puissance de la Méditerranée occidentale, mais elle est déstabilisée.  Une troisième guerre punique éclatera en ~149, qui entraînera la ruine définitive de Carthage.

En conclusion, les campagnes d’Hannibal sont très appréciées par les historiens militaires.  D’un point de vue tactique, la bataille de Cannes demeure, au niveau des principes, un modèle.  Elle faisait l’objet du travail de fin d’études du général Norman Schwartzkopf, commandant des forces terrestres américaines pendant la guerre du Golfe.  Hannibal est aussi un exemple de courage et de détermination.  Napoléon lui-même professait une admiration sans bornes pour le génie de celui qui “ mit plusieurs fois à deux doigts de sa perte la terrible et redoutable Rome”.  Hannibal nous a laissé le souvenir d’une fière civilisation marchande au nord de l’Afrique qui a pris fin brusquement à l’époque de l’expansionnisme romain.

Le passé composé, vol.1, no1 (avril 2000)

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