Henry David Thoreau et la désobéissance civile

Frédéric Brosseau (Histoire et Civilisation)

Né sous le nom de David Henry Thoreau, cet homme est l’un des plus brillants représentants de la littérature américaine. Écrivain pacifiste et panthéiste, il est l’auteur de plusieurs textes et livres dont le célèbre essai La désobéissance civile. Afin de mieux comprendre la pensée de cet homme, je commencerai par faire une bref résumé de sa vie. Par la suite, je me pencherai sur son engagement politique et finalement, je parlerai des répercussions qu’eut son texte La désobéissance civile à travers le monde.

Henry David Thoreau est né le 12 juillet 1817 à Concord dans le Massachusetts. Fils de Cynthia Dunbar et de John Thoreau, la famille déménagea à Chelmsford et passa quelques années à Boston, pour ensuite revenir s’établir à Concord où son père ouvrit une petite fabrique de crayons. En 1828, Henry David et son frère John entrent à la Concord Academy pour y étudier le grec et le latin. Cinq ans plus tard, Thoreau recevra une bourse qui lui permettra de poursuivre ses études à Harvard. En 1838, après avoir été mis à la porte de l’école où il enseignait parce qu’il avait refusé d’utiliser les châtiments corporels, il ouvrit avec son frère une école à Concord et commença à prononcer des discours (La société, au Lyceum et Discours de l‘École de théologie, à Harvard). L’année d’après, les deux frères Thoreau firent un voyage sur les fleuves Concord et Merrimac, périple qui inspira à Thoreau son livre Une semaine sur les fleuves Concord et Merrimac. De 1841 à 1843, il habita chez le philosophe Ralph Waldo Emerson, ce qui lui permit de connaître la transcendantaliste Margaret Fuller qui publia quelques années plus tard plusieurs poèmes de Thoreau dans sa revue transcendantaliste (1840-1844). Deux ans plus tard, il prit la décision de mener une vie ascétique et partit vivre dans une petite cabane qu’il construisit de ses mains sur le bord du lac Walden Pond. Consacrant la majeure partie de son temps à se promener dans les bois et à étudier la nature, il vivait de jardinage simple et de menuiserie.

Quand un séjour dans les bois mène à la désobéissance civile

Après deux ans, étant convaincu qu’il avait appris les meilleurs enseignements de cette vie dans les bois et craignant de ne plus progresser, il décida de quitter sa cabane. À son retour, après avoir séjourné durant quelques temps chez Emerson, il retourna vivre dans la maison familiale. C’est en 1849 qu’il écrivit Une semaine sur les fleuves Concord et Merrimac, où il évoque de façon nostalgique le mode de vie des Indiens en harmonie avec la nature et son texte La désobéissance civile, évoqué précédemment. Il écrivit par la suite Walden ou la vie dans les bois, où il explique les raisons pour lesquelles il a choisi une vie contemplative et raconte la période de sa vie qu’il a passée en bordure de ce petit lac. Il mourut le 6 mai 1862.

C’est seulement en 1849, dans La désobéissance civile, que Thoreau mit par écrit ses positions politiques et idéologiques. Il y fait valoir la résistance passive en tant que moyen de protestation. Toutefois, son engagement politique se situe surtout sur le plan individuel. Ainsi, pour contester la guerre contre le Mexique, il refusa de payer ses impôts, ce qui lui valu une nuit en prison. Il a également pris la défense de John Brown, abolitionniste anarchiste ayant attaqué la réserve d’armes de Harper’s Ferry, qui fut tout de même condamné à mort. Thoreau prenait aussi position contre l’esclavagisme. Par exemple, dans La désobéissance civile, après avoir dit qu’un homme ne saurait s’associer au gouvernement des États-Unis sans se déshonorer, il va même jusqu’à dire : “Je ne puis reconnaître un seul instant comme mien ce gouvernement-là, car il est en même temps celui de l’esclave. ” C’est la nuit qu’il passa en prison qui est à l’origine de ce discours sur la désobéissance civile. En effet, il le prononça au Lyceum de Concord afin d’expliquer à ses concitoyens son action. Ce discours n’eut, sur le coup, aucune répercussion importante. Toutefois, nous pouvons maintenant voir qu’il a eu une très grande influence dans le dernier siècle et ce, à travers le monde. Gandhi par exemple, s’étant grandement inspiré de La désobéissance civile, organisa des campagnes massives de désobéissance civile en Afrique du Sud pour s’opposer aux lois discriminatoires. Il retournera ensuite vivre en Inde où il mena pendant trente ans des campagnes de non-violence active. Durant la Deuxième Guerre mondiale, le Danemark s’inspira de ce texte afin de résister aux nazis. Lorsque les nazis imposèrent une loi selon laquelle tous les juifs devaient porter une étoile jaune au dos de leurs vêtements, la quasi totalité des citoyens du Danemark, juifs ou non, y compris le roi, cousirent une étoile jaune au dos de leurs vêtements, ce qui rendit la loi inefficace. Ce n’est qu’un exemple des nombreuses campagnes de désobéissance civile que fit le Danemark durant la Deuxième Guerre mondiale.

Martin Luther King s’inspira lui aussi grandement de La désobéissance civile, afin de lutter contre le ségrégationnisme aux États-Unis. Dans les années soixante, pour manifester contre la guerre au Vietnam, des contribuables américains refusèrent de payer leurs impôts et envoyèrent au gouvernement une copie de La désobéissance civile à la place de leur déclaration fiscale. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres des répercussions qu’eut ce fameux texte d’Henry David Thoreau.

Nous pouvons donc dire que cet écrivain est l’un des plus grands que les États-Unis ont vu naître, autant par son œuvre littéraire que par ses positions politiques et idéologiques. Les répercussions mondiales qu’eut son texte sur la désobéissance civile et le succès de son livre le plus connu Walden ou la vie dans les bois, nous permettent de nous rendre compte de l’importance de cet écrivain, autant à son époque qu’actuellement.

Le passé composé, vol.1, no2 (avril 2000)

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