Dans la Grèce antique, le mariage était-il avantageux pour une jeune femme?

Mylène Lalonde, Histoire et civilisation

Dans l’Antiquité, à l’époque classique de la Grèce, nous vîmes apparaître un système d’éducation révolutionnaire chez les citoyens. À Athènes, les jeunes garçons se devaient d’apprendre avec des maîtres les rudiments de l’écriture, de la philosophie, des mathématiques et de bien d’autres sujets encore. Cependant, que faisaient les filles dans leur jeunesse ? Pendant l’enfance, elles étaient éduquées par leur mère à la poésie, à la musique, à la danse, mais surtout à prendre soin d’une maison. Entre douze et seize ans, on mariait les jeunes filles de citoyens à des hommes dans la trentaine. Était-ce un avantage pour elles ? Avaient-elles plus de droits en étant mariées ? D’après les recherches actuelles, nous constatons que même si elles avaient un peu plus d’importance, elles demeuraient soumises à l’autorité des hommes. Nous croyons qu’elles avaient donc peu de droits mais davantage de devoirs. Dans cet essai, nous tenterons de caractériser le mariage à cette époque en exposant le rôle des femmes à l’intérieur de la famille et en identifiant leurs droits légaux.

En observant les mécanismes du mariage dans la Grèce antique, nous nous rendons compte que la jeune femme n’a pas plus de droits en tant que femme mariée qu’en tant que fille. Pour le choix de son époux, la future épouse n’avait aucun droit de regard. L’amour dans le mariage n’existait pas avant l’union. La demande était une sorte de contrat entre un homme et le père de la jeune fille qu’il convoitait. Cet homme ne prenait d’ailleurs pas épouse pour le plaisir; le mariage était une obligation de citoyen. Cet acte ne changera donc pas la vision péjorative que l’homme avait de la femme. Sémonide résuma assez bien l’opinion générale des hommes de cette époque sur les femmes : «Car c’est le plus grand mal qu’a créé Zeus en nous entourant de liens intangibles . » Quand la demande était acceptée par le père, l’homme recevait une dot et amenait la jeune fille dans sa maison après une cérémonie religieuse. La femme mariée changeait alors son culte familial pour adopter celui de son mari. À cette époque, la perception du sacré se caractérisait par des rituels en l’honneur des ancêtres défunts. Par conséquent, la jeune femme changeait, par l’acte du mariage, ses liens familiaux; elle n’avait  donc plus de lien avec sa famille de sang. En résumé, avec le mariage, la jeune fille passait d’un état de soumission à son père à un état de soumission à son mari. Ses droits n’avaient pas changé. Si elle devenait veuve ou si elle était répudiée, elle passait sous la tutelle d’un autre homme. La femme grecque était une éternelle mineure du point de vue juridique. Ce qui nous amène à réfléchir sur son statut légal.

Comme l’âge de la majorité était inexistant pour les femmes, on pourrait croire que le mariage des filles de citoyens apportait à celles-ci le droit de décider du sort de leur nation et le droit d’action dans la vie politique de la cité-État. Il n’en était rien. D’ailleurs, leur éducation ne leur permettait en rien de s’impliquer dans la vie hors de la maison. Alors qu'avant son mariage, la jeune fille ne pouvait pas sortir de chez elle autrement qu'en  la présence de son père, une fois mariée, elle ne pouvait sortir autrement qu'accompagnée de son mari.  Elle ne pouvait pas non plus participer, à quelques exceptions près, aux fêtes et aux événements sportifs de la cité. La femme n’avait pas le droit de  faire appel à la justice à moins que son mari ne le fasse pour elle. Par conséquent, la jeune fille, même mariée, ne pouvait être propriétaire et ne gérait aucuns biens par elle-même. L’octroi de la dot est un bon exemple de cela. Qu’elle soit mariée, répudiée ou veuve, l’argent passait toujours aux mains d’un tuteur citoyen. De plus, la jeune fille ne pouvait prétendre à aucun héritage. Le mari laissait tout l’héritage à ses fils et le père ne reconnaissait plus le lien de parenté l’unissant à sa fille. Le statut de la femme dans la société grecque se résumait à être la fille de son père puis l’épouse de son mari. Il n’en reste pas moins que son rôle dans la famille et dans l’État-cité était très important.

Le rôle et les responsabilités de la jeune fille étaient très différents après son mariage. À vrai dire, cela n’améliorait guère sa condition et ses droits. Tout en obéissant à l’homme de la maison, la femme devait superviser le travail domestique dans la maison.  Elle devait aussi s’occuper de l’éducation des enfants en bas âge. Ainsi, cela libérait l’homme qui pouvait alors s’adonner totalement à sa vie de citoyen. Le rôle le plus important de l’épouse était de donner des citoyens à la société grecque pour continuer le culte des ancêtres et apporter la richesse dans la maison. Alors que son seul rôle social était la procréation, les enfants qu’elle mettait au monde ne lui appartenaient pas. La décision de vie ou mort était prise par le mari et la femme n’avait rien à y voir. De plus, si après huit ans de mariage le couple n’avait pas eu d’enfants, le mari pouvait renvoyer son épouse, sans son consentement, chez son père. Il arrivait aussi souvent qu’après la naissance du fils tant attendu, le mari la répudie. Comme nous pouvons le constater, même si la jeune femme avait toujours un statut d’enfant, ses devoirs n'étaient plus ceux d’une mineure.

Nous constatons donc que la jeune fille nouvellement mariée n’était pas avantagée par rapport à sa situation précédente. Ses droits n’avaient pas changé avec l’acquisition de son statut d’épouse tandis que ses responsabilités au sein de la société et de la famille avaient beaucoup augmenté. Cependant, nous oublions trop souvent qu’en Grèce les citoyens n’étaient qu’une minorité. Qu’en  était-il des femmes des autres couches sociales ? La concubine et la courtisane étaient-elles mieux traitées, plus libres? …

Le Passé composé, no 5 (mars 2003)

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