Aperçu d’un mouvement de libération nationale: le PKK ( Partiya Karkeren Kurdistan)

Sara Mathieu Chartier

Le parti des travailleurs du Kurdistan (le PKK) est un mouvement né d’un groupe d’étudiants de gauche dans la ville d’Ankara en Turquie. Abdullah Öcallan, surnommé Apo (signifiant oncle en turc), est le principal fondateur de ce groupe marxiste-léniniste. C’est en 1977 que cette organisation, qualifiée de terroriste, fait son apparition officielle à la suite d’une longue répression du peuple kurde par la Turquie. C’est au lendemain de la Première Guerre mondiale que les  puissances coloniales européennes, soucieuses de démanteler à leur avantage l’Empire ottoman qui avait pris parti pour l’Allemagne durant la guerre, refirent la carte du Moyen-Orient. Le Kurdistan a alors été réparti entre quatre États : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie où sont actuellement disséminés trente millions de Kurdes. Déjà en 1924, la répression politique et culturelle des Kurdes se fait sentir par l’interdiction de l’enseignement de la langue kurde, la dissolution des associations kurdes, l’interdiction de parler kurde, etc. Jusqu’en 1965, le Kurdistan reste une zone interdite aux étrangers; le gouvernement allant jusqu’à nier complètement la nationalité kurde en les dénommant « Turcs des montagnes ». C’est donc dans ce contexte qu’apparaît un PKK organisé et financé par des moyens illégaux tels le trafic de drogue et le braquage de banques. Son organisation va jusqu’à la création d’un poste de télévision depuis la Belgique (Medya-TV) et d’un parlement parallèle.

Les revendications de cette organisation ont changé avec le temps. À l'origine, le but à atteindre, par différents attentats, était l’édification d’un État kurde indépendant qui se serait étendu sur les quatre pays touchés. Ces objectifs étaient nettement indépendantistes et nationalistes tout en se revendiquant de l’idéologie communiste pour combattre prioritairement la bourgeoisie et les féodaux kurdes collaborationnistes.  De nos jours, avec l’emprisonnement d’Öcallan en 2000 et plusieurs défaites, les revendications du PKK se sont « adoucies » : c’est maintenant une fédération qu’on demande à l’État turc. Peu importe la période de la lutte, le PKK a toujours privilégié la violence armée en s’attaquant prioritairement aux militaires, mais aussi aux journalistes, aux enseignants et plus récemment aux touristes.  Cependant, trois cessez-le-feu furent annoncés par le PKK  afin de résoudre pacifiquement le problème kurde : en 1993, en 1995 et enfin en août 1998. À chaque fois, l’État turc a rejeté tout pourparlers avec les séparatistes.  Il faut noter que le Kurdistan détient deux forces indéniables sur son territoire: une source importante de pétrole et d’eau (le Tigre et l’Euphrate).  Il n’est donc pas dans l’intérêt de la Turquie, ni des trois autres États, de laisser une certaine autonomie dans la gestion de ces ressources. Bref, nous voilà en 2003 avec pour bilan plusieurs dizaines de milliers de morts, la majorité du côté des Kurdes vu les moyens militaires du gouvernement turc, sans qu’aucune révolution n’ait aboutie. Malgré tout, le nombre de partisans croît non seulement en Turquie, mais aussi dans la diaspora partout en Occident. L’objectif à atteindre pour le PKK est maintenant l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne qui exige un respect minimum des droits humains, entraînant par le fait même une reconnaissance de la problématique  kurde d’un côté et une diminution de la violence terroriste de l’autre.

Le passé composé, avril 2004

© CVM, 2004

Bibliographie :

BALENCIE, Jean-Marc et GRANGE de la, Arnaud, Mondes Rebelles, Paris, Édition Michalon, 2001.

CHALIAND, Gérard, Les Kurdes et le Kurdistan, Paris Édition François Maspéro,  coll. Textes à l'appui, 1978.

ISITAN, Isaac, « La tragédie oubliée des Kurdes », in  Relations, juillet-août 2001.

POPE, Nicole, « Turquie : voyage au pays des loups gris », in Le Devoir, Horizons, mercredi 30 juin 1999.

VERRIER, Michel, « Quelle stratégie pour le Kurdistan », in Le Monde diplomatique, février 1999.

VERRIER, Michel, « Poursuite de la répression, refus de l’autonomie », in Le Monde diplomatique, juin 1999.