LA DANSE AU FIL DES ÂGES

par Michel Landry

Pour parler de la danse et bien en comprendre l'évolution, il est utile, voire nécessaire, de retourner à la période néolithique. En effet c'est lors de cette période, que les historiens situent de l'an 6000 à l'an 2500 avant Jésus-Christ environ, que l'on vit apparaître les premières formes de danse ou plutôt les premières formes de mouvements humains rythmés, qui allaient devenir danse. En effet plusieurs éléments permettent d'affirmer que l'homme des cavernes de l'âge de la pierre dansait. Citons à ce sujet les scènes de danse de la grotte de l'Addaura à Palerme en Sicile, de Lérida en Espagne, de Luxor en Haute-Égypte et de Tende, dans les Alpes-Maritimes, citons en plus cette sculpture en terre cuite de l'île de Chypre datant du VIe siècle avant Jésus-Christ et exposée actuellement au Louvre de Paris.

Il est évident que la danse exécutée par des primitifs était fort différente de celle d'aujourd'hui, quelques 8000 ans plus tard. Les historiens de la danse s'entendent en général pour dire qu'à cette époque la danse était largement instinctive et spontanée dans sa forme, sérieuse et utilitaire dans ses buts et immensément religieuse et sociale dans sa valeur. La danse en réalité occupait une large part de la vie de l'homme préhistorique. Les découvreurs et les ethnologues des temps plus modernes donnent exactement les mêmes qualificatifs aux tribus primitives découvertes depuis quelques siècles. Ainsi les danses amérindiennes, que les premiers découvreurs de la Nouvelle-France ont vues, ressemblaient étrangement à celles exécutées plusieurs siècles plus tôt par l'homme préhistorique européen ou asiatique. Les danses retrouvées dans les peuplades primitives d'Afrique ou d'Amérique du Sud présentaient les mêmes caractéristiques.

La religion, les rituels et les croyances ont constitué une part importante de la vie de l'homme primitif et la danse était utilisée pour actualiser, réaliser ces croyances et ces rituels. On peut dire que la danse de l'homme primitif était concrète, c'est-à-dire qu'elle représentait véritablement et le plus exactement possible les événements tels qu'on désirait les voir se dérouler dans la réalité. Ainsi, dans certaines danses primitives telle la danse du bison, l'homme recrée sous forme de rituel de danse, les mouvements qu'il fait, en réalité, à la chasse. Il utilise ces mouvements pour imiter le comportement de l'animal dont il convoite la capture. Cette danse imite en fait, la chasse de l'animal avec la mise à mort du gibier, la lutte et le terrassement de l'adversaire nécessaire à l'existence et au développement prospère de l'exécutant. Elle est donc essentiellement figurative ou concrète. C'est aussi le cas de certaines danses guerrières. Les danses concrètes ont donc un but et une forme bien déterminés. Les plus anciennes parmi celles-ci sont celles où le sorcier (chaman) danse seul afin de pouvoir exercer son pouvoir magique. Peu à peu certains hommes du clan y ont pris part. Ces danses concrètes représentent les toutes premières formes de danse connues aujourd'hui.

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La danse de l'ours

À un stade plus élevé de civilisation, on retrouve un autre type de danse non figurative ou abstraite. Ces danses supposent en général une plus haute intellectualité chez l'exécutant. On peut définir ces danses abstraites comme celles ne décrivant pas exactement dans la forme et dans les mouvements les faits qui les motivent, mais ces formes et ces mouvements sont remplacés par des généralisations plus ou moins symboliques et méthaphoriques. Citons en exemple les danses primitives, où l'exécutant devait faire des sauts destinés à favoriser la levée de la semence confiée à la terre, et celles faisant partie d'un rite telles les danses de mariage. Ces deux types de danse symbolisent essentiellement la fertilité.

Que les danses soient concrètes ou abstraites, un fait persiste: l'homme préhistorique danse. Il a exécuté des danses guerrières, des danses funèbres, des danses d'initiation, des danses religieuses et de chasse. On peut dire que presque toute activité humaine de ce temps a donné naissance à des danses. C'est surtout dans l'esprit de cet ancêtre qu'il faudrait chercher la principale différence entre la danse concrète et abstraite plutôt que dans la concrétisation d'une danse. En réalité une danse guerrière pouvait parfois être abstraite, parfois concrète, dépendant de l'idée ou des buts que poursuivait l'exécutant de cette danse. Un détail important à souligner à ce stade-ci est qu'il semble que, dans les sociétés primitives, les hommes se réservaient naturellement les danses de chasse et de guerre. Ce sont encore eux qui pratiquaient les danses chamaniques et les danses de guérison, en fait on pourrait presque dire que toutes les danses concrètes étaient du domaine masculin. Au contraire les femmes participaient aux danses abstraites relatives aux rites de fertilité végétale, et parfois même en raison de leur fécondité personnelle. Les danses d'initiation féminine et les danses funèbres étaient aussi de leur ressort dans la préhistoire. Quoi qu'il en soit, il est assez extraordinaire de constater que plusieurs de ces danses ont pu se transmettre de génération en génération. Car il est possible aujourd'hui d'en retrouver certaines plus ou moins à l'état primitif. Certains historiens de la danse prétendent même que la quasi-totalité de notre folklore subsistant encore est le reliquat de rites néolithiques de fécondité. C'est d'ailleurs ce à quoi le folklore s'attarde principalement: retrouver des situations actuelles présentant des origines symboliques lointaines. Ce symbolisme est l'idée qui préside à la danse, qui l'explique et qui la justifie. C'est ce qu'elle veut représenter; c'est la raison pour laquelle on l'exécute.

Égypte

C'est toutefois chez les Égyptiens que la danse a atteint ses premières formes réellement organisées. Il est important de signaler que la danse a quand même conservé ici ses valeurs religieuses et sociales acquises chez l'homme des cavernes. C'est surtout sa forme et ses buts qui ont subi une évolution. Sur le plan de la forme, on retrouve ici des danses moins instinctives, moins spontanées, plus préparées, plus organisées. C'est d'ailleurs aux Égyptiens que l'on accorde l'invention de l'art de la chorégraphie, c'est-à-dire l'art de décrire sur papier ou papyrus, à l'aide de caractères ou de symboles, des danses. C'est en Égypte aussi que l'on retrouve les premières danseuses professionnelles que l'on nommait Awalim, c'est-à-dire "sages ou éduquées". En général elles étaient des esclaves dont le travail consistait à divertir le maître. Sur le plan des buts poursuivis par la danse à cette époque, elle était de moins en moins utilitaire dans la vie de l'homme, c'est-à-dire qu'elle perdait de plus en plus son caractère concret pour tendre vers l'abstraction.

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Danseuses égyptiennes à un banquet

On retrouve plusieurs manifestations de la danse en Égypte de cette époque: peintures murales, bas-reliefs, vases et hiéroglyphes. La danse s'exécutait en solo ou en groupe. Il n'apparaît pas encore à ce niveau des danses de couple. Les Égyptiens vénéraient Bès comme le dieu de la danse. Ils pratiquaient la danse astrale, c'est-à-dire des danses illustrant le mouvement des planètes et les danses de fertilité. Tout comme chez les primitifs, la religion a joué un rôle important en Égypte et la danse était un moyen privilégié pour rendre hommage aux dieux. Les Awalims étaient aussi utilisées à ces fins religieuses, pour illustrer les croyances et les rituels.

Non loin de l'Égypte, de l'autre côté de la mer Rouge, les Hébreux s'adonnaient aussi à la danse. Si l'on ne retrouve pas ici de murales, ni de bas-reliefs pour en témoigner, on peut toutefois retrouver dans l'Ancien Testament de nombreuses références à la danse: "David et toute la maison d'lsraël dansaient devant l'Éternel." (2 Samuel, 6:14); "Alors la Vierge se réjouira dans la danse." (Jérémie, 31:13); "Louons Son nom dans la danse, chantons-lui des louanges." (Psaume 149,1:3). En plus le sujet de Salomé dansant devant le roi Hérode et celui des Hébreux dansant autour du veau d'or ont inspiré plusieurs peintres durant des générations.

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Salomé dansant devant le roi Hérode

On y retrouve encore ici deux principaux types de danse: la danse religieuse et la danse en tant qu'amusement social. La danse, activité d'amusement social, était perçue comme impie et perverse et était condamnée par la religion hébraïque. La danse en tant que pratique religieuse était l'expression de la joie et d'une action de grâce pour la délivrance du peuple. Les deux sexes dansaient séparément. La majorité des termes utilisés dans la Bible nous laisse supposer que dans sa forme la danse d'alors était pratiquée surtout en cercle. Les participants étaient choisis parmi les plus vieux citoyens possédant un passé irréprochable. C'était une marque d'honneur et de dignité que d'être choisi pour la danse chez les Hébreux.

 Grèce antique

Chez les Grecs, la civilisation a atteint un degré de maturité et d'organisation encore inégalé auparavant. Les arts en général y tinrent une place prépondérante. L'enseignement des arts était partie intégrante de l'éducation du futur citoyen et du futur soldat. Aussi, Platon, Socrate et Aristote se sont prononcés respectivement en faveur de l'utilisation de la danse dans leur philosophie respective de l'éducation du jeune homme. La danse était utilisée afin de permettre l'intégration, l'unité du corps et de l'esprit. On était convaincu que ceux, qui honoraient les dieux dans l'exécution des plus belles danses, étaient de meilleurs soldats. La danse faisait donc partie de l'entraînement militaire du futur soldat car elle devait développer la beauté physique, la santé et le courage. Il existait au moins dix-huit danses pyrrhiques, en solo, en duo, ou en ensemble, qui étaient des danses de guerre mimées, par lesquelles les soldats devaient atteindre la coordination entre le corps et l'esprit, la force musculaire et la discipline nécessaire afin de devenir un soldat supérieur sur le champ de bataille. Les gymnopédies possédaient des vertus semblables aux pyrrhiques, c'est-à-dire celles d'exalter les vertus guerrières des soldats.

En Grèce, on dansait aussi en l'honneur des dieux, afin de leur rendre hommage et d'apaiser leurs colères, car encore là les croyances ont joué un rôle important. Terpsichore était la muse de la danse et c'est elle qui présidait aux assemblées religieuses. Terpsichore était la fille de Zeus et de Mnémosine et c'est elle qui devait intercéder auprès des dieux de 'Olympe pour que la paix et la prospérité règnent sur l'empire grec.

Le théâtre grec a utilisé aussi largement la danse qu'on nommait alors "Cheironomie" et qui s'apparentait plus à une pantomine rythmée qu'à la danse telle que nous la connaissons aujourd'hui, car alors elle incluait tout l'art du mouvement humain.

Ces trois catégories de danse: guerrière, religieuse et de tragédie, étaient considérées par Platon comme étant des danses nobles. Il n'est pas certain que les Grecs les divisaient ainsi car le théâtre grec était souvent l'endroit où s'exécutaient les cérémonies religieuses, tout comme c'était l'endroit où l'on racontait l'histoire des guerres passées. Le théâtre était l'illustration de la vie grecque et cette vie était largement imprégnée de traditions et de croyances. En plus des danses nobles, Platon considérait qu'il existait une seconde classe de danse: les danses ignobles. Ces danses illustraient ce qui était misérable et laid. On y retrouvait les danses Bacchiques, réalisées lors de fêtes, la Cordax, danse comique et lascive, accompagnée de déhanchements immodérés et de mouvements vulgaires, et aussi la Sikinnis, danse de satire.

Qu'elles soient nobles ou ignobles, les danses grecques antiques avaient atteint un raffinement plus poussé que celui des sociétés précédentes. Elles étaient plus artistiques, plus expressives et variées que celles des Égyptiens. Elles permettaient la représentation physique d'une idée.

Rome

Plus tard, les Romains tentèrent de reproduire chez eux le degré de raffinement réalisé par les Grecs, sans toutefois y parvenir. La différence fondamentale entre ces deux civilisations résidait dans le fait que pour les Grecs la vie possédait un sens esthétique, alors qu'il n'en était rien chez les Romains. L'exaltation de la force et de la beauté du corps chez les Grecs devint licence entre les mains des Romains. La danse devint, ici, une source de plaisir des sens plus qu'une expression de nature artistique. C'est ce qui entraîna la religion catholique à dénoncer la danse, car elle faisait partie de la vie corrompue de Rome et de ses sujets. Il semble que l'utilisation de la danse par les Romains se résumait à l'élément social. C'est cette utilisation sociale de la danse que l'église dénonçait, car de son côté elle utilisait la danse pour accompagner certaines cérémonies religieuses. Ces cérémonies étaient particulières chez les Chrétiens. En effet on n'adorait pas les planètes, ni les animaux, ni certains objets, mais Dieu. Alors il ne serait être question de danses religieuses telles que rencontrées dans les religions précédentes, mais plutôt de danses exécutées pour plaire à Dieu.

Europe

Cette position adoptée par la religion chrétienne s'est perpétuée jusqu'au Moyen-Âge et durant le Moyen-Âge. De nombreux conciles des évêques catholiques condamnaient l'utilisation de la danse et simultanément l'on pouvait voir la danse utilisée lors de certaines cérémonies religieuses. Il existe certains faits qui prouvent que durant tout le Moyen-Âge, soit entre l'an 476 et l'an 1453, la danse fut utilisée aussi à des fins sociales, du moins en Europe. Le premier de ces faits est justement la série d'interdits et de condamnations que l'Église a jeté à la danse. En fait, au Moyen-Âge, on peut dire qu'il existait plus d'écrits contre la danse que pour la danse. La chose s'explique facilement. Les seules personnes instruites, en ce temps, étaient les moines. Or Si la religion était contre la danse, ils n'allaient certainement pas en assurer la diffusion par des écrits. Toutefois on dansait quand même. Les fêtes constituaient la principale occasion de danser. La fête la plus populaire au Moyen-Âge était sans contredit la fête du mai. Celle-ci constituait l'occasion pour le peuple de célébrer le renouveau de la nature et incluait de nombreuses réjouissances qui se poursuivaient tout le long du mois de mai. Le rituel du mois de mai débutait par la plantation d'un arbre sur la place du village ou dans un endroit approprié. Cet arbre était ensuite décoré de fleurs, guirlandes et rubans. La danse et les jeux s'exécutaient autour de cet arbre. On y exécutait entre autres la danse des épées, la danse du cheval ainsi que plusieurs rondes. Les différentes corporations de métiers venaient y exécuter leur danse particulière: bouchers, forgerons, pêcheurs, coutelliers, pelletiers, cordonniers, mineurs, bottiers, tisserands, vignerons, laboureurs, soldats et autres. Ces danses étaient habituellement extrêmement simples et étaient accompagnées de chants, de battements de mains et de frappements de pieds. Certains documents permettent de fixer vers l'an 1400 l'utilisation de la musique dans les danses. Les mélodies et les chants d'accompagnement de ces danses se transmettaient de siècle en siècle oralement. Les principales danses du Moyen-Âge et les plus populaires étaient la Carole et la Tresque, sorte de chaîne fermée ou ouverte de danseurs et de danseuses. Certaines danses de fête étaient exécutées en couple. Nous reviendrons plus tard à ces fêtes populaires, mais il est important de souligner que plusieurs historiens de la danse sont d'avis qu'elles constituent le prolongement médiéval d'anciennes traditions préhistoriques de fertilité. De plus certaines danses utilisées, notamment celles des épées et du cheval, ont comme ancêtres certaines danses phalliques et concrètes exécutées par l'homme du néolithique plus de 6000 ans avant Jésus-Christ.

Le Moyen-Âge est caractérisé, entre autres choses, par la présence d'un système féodal. Si le peuple dansait, le seigneur dansait aussi. Les troubadours, allant de château en château, eurent tôt fait d'utiliser la danse comme élément de divertissement de la cour. Plusieurs types de danse furent introduites dans les châteaux du Moyen-Âge. Les danses paysannes furent copiées par la noblesse, mais sous une forme plus raffinée et courtisane. D'ailleurs, l'utilisation de la danse à la cour des principaux châteaux du Moyen-Âge s'est faite sous deux principales formes. La première consistait à l'utilisation sociale de la danse: les membres de la cour participaient à l'exécution de danses apprises antérieurement. La seconde forme consistait à présenter à la cour des spectacles de danse.

Si la première forme a permis la naissance d'une nouvelle profession, les maîtres à danser; la seconde a permis l'établissement des premières troupes de danseurs professionnels. Cette division aura sur l'époque suivante une certaine importance.

Durant la Renaissance, les arts de la musique et de la danse avec les habiletés de guerrier et de chasseur étaient partie intégrante de l'éducation des courtisans de tous les châteaux d'Europe. Parmi ces danses citons: l'allemande, la courante, la sarabande, la gigue, la gavotte, la bourrée, le rigaudon, le menuet, la pavane, la gaillarde et la polonaise. Certaines de ces danses étaient allemandes, d'autres françaises, espagnoles ou italiennes et tenaient leurs origines des danses du peuple, qui étaient transposées en des formes plus appropriées pour la cour. En réalité on classait les danses de cette époque en deux principales catégories. Les "basses danses" étaient exclusivement des danses de cour, s'exécutant près du sol, sans grand mouvement à cause principalement des costumes que portaient, alors, les courtisans, et aussi à cause du caractère plus austère que présentait la cour. Au contraire les "hautes danses" étaient les danses du peuple, où il était beaucoup plus facile, à cause du costume moins lourd, de sauter et de se déplacer.

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Bal français, époque 1660

Les spectacles de danse présentés à la cour vers la fin du Moyen-Âge, prirent de la popularité à la Renaissance. Les historiens de la danse considèrent habituellement l'an 1581 comme étant la période où fut présenté le premier ballet. Celui-ci était appelé "Le Ballet Comique de la Reine" et fut présenté à la cour du roi Henri III de France, à Fontainebleau, par Balthasar de Beaujoyeux, un italien dont le nom réel était Baldassarino Belgioioso. Ce dernier était le premier valet de chambre de Catherine de Médicis, femme d'Henri Il et mère de Henri III. C'est encore sous le règne de Henri III que fut introduite comme danse de cour la pavane, d'origine espagnole ou italienne. C'était une danse majestueuse et lente, aux gestes harmonieux, solennels et effacés. On prétend qu'elle imitait les mouvements du paon, "pavone", dont elle aurait tiré le nom. C'était une danse des plus estimées de la cour d'Henri III. Elle se répandit dans toutes les grandes cours d'Europe.

Sous Henri IV, successeur de Henri III et dont le règne s'étendit de 1589 à 1610, plus de quatre-vingt ballets furent présentés à la cour. Son fils et successeur Louis XIII fut aussi un défenseur de la danse et du ballet. Il participa lui-même à de nombreux ballets, en y tenant le premier rôle, durant son règne, soit de 1610 à 1643. On prétend que sous son règne, le menuet fut introduit à la cour de France. Son fils, Louis XIV, participa aussi à de nombreux ballets durant son règne, soit entre 1643 et 1715. En réalité Louis XIV fut sûrement le plus ardent défenseur de la danse en Europe durant la Renaissance. C'est lui qui demanda à son maître de ballet, Charles Louis, (que certains auteurs nomment Pierre Beauchamp), d'établir les lois et les règles du ballet, de décrire les positions de bras et de pieds, ainsi que les différents mouvements du ballet. Beauchamp établit ainsi les bases de la technique du ballet, qui allait se développer durant les siècles suivants.

En plus, en 1661, Louis XIV, conseillé par le cardinal Mazarin, créa l'Académie Royale de Danse, dont le but était de pourvoir les personnes intéressées d'une instruction en ballet. L'accent était porté exclusivement sur la perfection et la technique du geste et du mouvement. Dix ans plus tard, Jean-Baptiste Lully accepte la responsabilité de l'Académie Royale de Danse et de Musique. Il collabore avec Molière pour les comédies-ballets et compose la musique et la danse d'un grand nombre de ballets. L'académie de danse cessa son activité en 1780. Neuf ans plus tard, c'était la Révolution Française.

Durant cette période le peuple continuait à se divertir à sa manière. Les fêtes décrites précédemment se poursuivaient au fil des siècles. Le mois de mai était particulièrement privilégié pour les fêtes dans tous les pays, mais il existait, en plus, plusieurs autres prétextes à la fête et à la danse, la récolte du maïs, la cueillette des noix au Poitou, des olives en Provence, les vendanges et les récoltes. Plusieurs autres circonstances donnaient aussi lieu à des réjouissances et à des danses: baptêmes, mariages, anniversaires, funérailles. Les danses n'étaient pas aussi difficiles que celles pratiquées à la cour, ou dans les ballets, mais permettaient aux sujets du Roi de se divertir quand même.

Le clergé, de son côté, poursuivait son interdiction envers la danse d'autant plus qu'on y voyait fréquemment des relations avec la sorcellerie et le diable. Les danses du peuple étaient souvent dirigées par Arlequin, issu de la Commedia dell'Arte italienne, qui symbolisait Satan en personne. De plus ces fêtes populaires, où l'on retrouvait la danse, donnaient souvent lieu à des scènes grossières et dégénéraient souvent en orgies. On rapporte que l'on préférait parfois se présenter à ces fêtes masqué, de peur d'être reconnu. Plusieurs de ces fêtes eurent lieu même à l'intérieur des églises et des cimetières, et des membres du clergé y prirent part. C'est une autre raison qui fit que l'Église, lors de nombreux conciles, défendit l'exécution des danses impies. L'Église protestante réagit de la même façon que l'Église catholique envers la danse et en défendit l'exécution. C'est à cette période que s'établissaient les nouvelles colonies outre-mer de Nouvelle-France et de Nouvelle-Angleterre.

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La valse

Au début du XIXe siècle, un professeur français, François Delsarte (1811-1871), influença beaucoup l'évolution de la danse, en développant un système d'exercices qui avait pour but principal de relier les mouvements corporels aux sentiments intérieurs. Ce système, nommé gymnastique esthétique ou calisténisme esthétique, était supporté par certains exercices qui utilisaient la détente, les positions fixes et des tableaux afin d'illustrer certaines émotions internes. On y utilisait aussi la danse. Il divisait le corps humain en trois zones de représentation: la tête, zone mentale et intellectuelle; la poitrine ou torse, zone de l'émotion, de la moralité et de l'esprit; et enfin les membres, zone physique vitale. Delsarte peut être considéré comme le précurseur de la danse moderne américaine.

Six ans après sa mort, soit en 1877, naissait à San Francisco celle qui allait introduire cette danse moderne, Isadora Duncan, qui reçut chez Geneviève Stebbins sa formation basée sur les principes de l'harmonie corporelle de Delsarte.

Les débuts du XXe siècle sont caractérisés par les travaux d'Émile Jacques-Dalcrose, compositeur et pédagogue suisse, mais qui poursuivit la plus grande partie de ses travaux en France. Il élabore principalement un système d'éducation musicale: la rythmique, basée sur l'alliance de l'esprit et de la matière, considérant le rythme comme agent de liaison. Il poursuit donc dans le sillon tracé par Delsarte, mais en proposant un lien entre le sentiment interne et la manifestation corporelle externe: la rythmique.

La danse moderne a été influencée par les travaux d'un troisième chercheur européen, Rudolf von Laban. D'origine hongroise, il travaille en Suisse et en Allemagne avant de se fixer en Angleterre. On lui doit la découverte des quatre principaux éléments entrant dans la composition du mouvement humain: le temps, présence ou absence de rapidité; l'énergie, degré de force dégagé dans le déplacement de son propre corps ou d'un objet; l'espace, environnement utilisé et la fluidité, degré de liberté ou de retenue exercé. Il explicitait et approfondissait ainsi la rythmique de Jacques-Dalcrose, tout en demeurant delsartien.

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  Le quadrille français, figure 1: Le Pantalon   

 Le quadrille français, figure 2: L'Été

Le quadrille français, figure 3: La Poule

                                     

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 Le quadrille français, figure 4: La Trénisse 

Le quadrille français, figure 5: La Finale

                                 

Cette nouvelle forme de danse, la danse moderne, fut introduite aux États-Unis, au début du siècle, par des artistes tels Isadora Duncan, Ruth St-Denis et Ted Shawn. Vers le milieu du XXe siècle, ils avaient cédé leur place à Martha Graham, à Doris Humphry, à Charles Weidman et à José Limon.

Sur le plan social, le XIXe et le XXe siècle sont caractérisés par l'apparition de nombreuses danses. En France, suite à la révolution de 1789, une nouvelle danse fut introduite dans les salons de la Première République, la valse. D'origine allemande, elle avait été popularisée dans ce pays un siècle plus tôt par une chanson populaire "O die lieber Augustin". Mais l'histoire de la valse allemande peut être retracée jusqu'à une ancienne danse française de Provence "La Volta", qui avait été populaire durant quatre siècles dans cette région. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, une autre danse étrangère fit son apparition en France, la polka. On situe son origine en Bohème vers les années 1830 et de là, elle fut introduite dans les salons parisiens. Le nom "Polka" ou "Pulka" signifie "moitié" en langue tchèque. Peu après l'introduction de la polka, les Polonais firent connaître la Mazurka qui connut ses plus grands moments de gloire sous le Second Empire de Napoléon III. Une autre danse populaire tout le long du XIXe siècle est le quadrille. C'est une danse française composée de cinq parties, exécutées à tour de rôle par chaque participant. Les parties sont les suivantes: 1) chaîne anglaise ou pantalon; 2) avant-deux ou l'été; 3) la poule; 4) trénis ou pastourelle et 5) la finale, qui porte plusieurs noms tels: Saint-Simonienne, chassé-croisé, galop, boulangère ou corbeille. Une grande variété de quadrilles furent composés durant cette période. Les plus populaires furent le quadrille croisé, le quadrille américain et le quadrille des lanciers. Les cinq parties de ce dernier étaient: 1) les tiroirs ou le dorset; 2) la victoria ou les lignes; 3) les trois saluts, la double chaîne ou les moulinets; 4) les visites et 5) la grande chaîne plate ou les lanciers. Durant ce siècle, quelques autres danses étaient relativement populaires: la farandole, danse assez ancienne mais qui jouissait toujours de la faveur populaire et qui était utilisée surtout à la fin des quadrilles; et le cotillon, qui était plutôt un jeu de danse. Un dictionnaire de la danse publié en 1895 en cite 183 formes différentes. Le siècle suivant vit apparaître le cake-walk, le tango, le two-step, le fox-trot, la java, la samba, le paso-doble, le charleston, le lambeth-walk, le boogie-woogie, le jetterbug, le cha-cha-cha, le rock'n roîl, la bossa nova et plusieurs autres.

Au niveau du ballet, le mouvement entrepris au XVIIIe siècle par l'Académie Royale de Danse s'est poursuivi, en dépit de l'arrêt des activités de l'académie et en dépit de la Révolution Française. Plusieurs grands chorégraphes, danseurs et danseuses s'illustrèrent tour à tour en Europe, particulièrement en France. Certains de ceux-ci furent invités à Saint-Petersbourg, à la cour des tsars russes, afin d'y fonder un mouvement de ballet qui s'est perpétué même postérieurement à la révolution russe du début du XXe siècle. Ce mouvement gagna en plus les États-Unis dès les débuts du XXe siècle. Aujourd'hui encore on peut considérer Moscou, Paris, et New-York comme étant les grandes capitales du ballet.

Ce rapide tour d'horizon sur l'histoire de la danse nous permet de réaliser que cet art a pris ses racines dans les ténèbres de l'histoire de l'homme et constitue aujourd'hui la forme d'expression artistique la plus ancienne que possède l'humanité.

Types de danses

Aujourd'hui ce qui est convenu d'appeler danse pourrait se définir ainsi: expression individuelle ou collective d'une idée ou d'un sentiment, par un mouvement ou un ensemble de mouvements corporels, exécutés dans un espace donné, dans un temps donné et avec une certaine énergie. Ce concept se subdivise selon Richard Kraus présentement en six principaux courants.

1) Le Ballet: activité scénique, hautement spécialisée et codifiée, appuyée sur des siècles de tradition de mouvements, et possédant un répertoire tiré des spectacles de l'époque classique (XVIIe) aussi bien que contemporaine.

2) La Danse Moderne: quelquefois appelée danse contemporaine, est une forme individuelle d'expression artistique rejetant le formalisme et la rigidité du ballet traditionnel. Elle s'appuie sur l'expression artistique de l'individu et est presque totalement dénudée d'approche technique.

3) La Danse Sociale: forme de danse regroupant les activités de danse les plus populaires des dernières décennies: fox-trot, valse, tango, rumba, rock'n roll jusqu'au disco.

4) La Danse Scénique: forme hybride de danse retrouvée habituellement dans certaines comédies musicales ou à la télévision, regroupant des éléments de ballet-jazz, de ballet, de claquette. Elle tend à être spectaculaire afin de plaire à un grand public.

5) La Danse Folklorique: plusieurs individus s'adonnent à la pratique de la danse traditionnelle folklorique internationale, soit à cause de leur héritage ethnique personnel, ou soit comme culture générale. La majorité du répertoire de cette catégorie est constituée des principales danses sociales, populaires et folkloriques du XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle.

6) La Danse Ethnique: cette catégorie englobe les types de danses produites par les différents groupes ethniques. Ces danses sont de nature traditionnelle et souvent liées aux pratiques religieuses ainsi qu'aux habitudes sociales du peuple où elles se retrouvent. Elles sont habituellement produites en spectacle.

La danse est aujourd'hui un phénomène universel important autant chez les sociétés orientales qu'occidentales et le fait qu'elle existe encore aujourd'hui après plus de huit millénaires d'histoire est la preuve même de sa valeur pour l'homme.